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Organisation professionnelle/Emploi L’agroalimentaire réclame une action ciblée pour l’emploi

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Les partenaires sociaux du secteur agroalimentaire de l’UE invitent les décideurs politiques au niveau européen et national à prendre en compte les conclusions d’une étude conjointe en vue d’assurer la croissance continue et la compétitivité du secteur de l’alimentation et des boissons, « le plus grand secteur manufacturier de l’UE en termes de chiffre d’affaires et d’emplois ». Ils réclament en particulier des mesures politiques ciblées de la Commission européenne afin de mieux relier les mondes de l’ entreprise et celui de l’éducation ainsi que d’exploiter le potentiel des nouvelles technologies pour booster les qualifications et favoriser l’innovation.

La Fédération des syndicats de l’alimentation et de l’agriculture de l’UE (Effat) et FoodDrinkEurope (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE), ont publié le 4 novembre les résultats d’un projet de recherche sur l’emploi et les compétences dans le secteur de la production et de la transformation des produits agricoles et des boissons. L’étude a été présentée lors d’une conférence à Bruxelles en présence de représentants des syndicats de travailleurs, de l’industrie agroalimentaire, de la Commission européenne, de consultants en matière de compétences et d’emploi ainsi que de chercheurs universitaires. L’étude qui a servi de base aux travaux des ateliers a été menée par le consultant britannique Improve, lequel a fourni une analyse économique de la structure et de la composition démographique du secteur FDMP ainsi que de sa main-d’œuvre. Elle donne des informations mises à jour sur les compétences actuelles et à venir de la main-d’œuvre ainsi que les besoins en matière de compétences. Cette étude met en relief une série d’exemples de meilleures pratiques de l’employabilité et des mesures visant à améliorer les qualifications ainsi que des voies de progression de carrière dans le secteur. Les résultats de cette étude devraient figurer sur l’agenda des travaux futurs des partenaires sociaux, lesquels ont déjà mené de nombreuses initiatives conjointes depuis le lancement du Dialogue social européen de l’industrie alimentaire et des boissons, en janvier 2012.
 
Un secteur moins qualifié que d’autres
Selon l’étude, le secteur agroalimentaire emploie collectivement environ 4,5 millions de personnes (27 États membres), dont 4,1 millions d’employés et 0,4 million d’indépendants. Il est affecté par le vieillissement de la main d’oeuvre et a connu une baisse de 30 à 40 % du nombre de jeunes employés âgés de 15 à 24 ans ces dernières années. Autre tendance observée au cours des dix dernières années : l’augmentation du nombre de contrats temporaires au détriment des emplois permanents. Les travailleurs migrants issus de l’UE et de pays tiers sont devenus, au cours de la dernière décennie, une catégorie de plus en plus importante de la main d’oeuvre de nombreux États membres (tous les pays ne sont pas concernés). Une estimation de 2011 évalue à quelque 400 000 personnes le nombre de travailleurs migrants dans le secteur agroalimentaire, dont 200 000 ressortissants de l’UE. L’effectif total du secteur agroalimentaire s’est contracté dans tous les États membres au cours de la dernière décennie, en raison de la crise économique et de la tendance à long terme à l’automatisation et autres mesures visant à augmenter la productivité. Cette réduction de l’ensemble des effectifs a toutefois davantage touché les hommes employés à temps complet que les femmes, plus susceptibles de travailler à temps partiel et pour lesquelles la baisse a été moins prononcée. L’étude révèle aussi que la main d’oeuvre du secteur agroalimentaire est globalement moins qualifiée que la population active générale de l’UE (30% dans le secteur agroalimentaire contre seulement 21% dans l’ensemble de l’économie de l’UE). Elle fait également pâle figure par rapport à la population générale en ce qui concerne les qualifications supérieures (seulement 14% des travailleurs du secteur sont hautement qualifiés contre 30% en moyenne pour l’ensemble des secteurs).
 
Encourager la formation
Bien que le taux global de formation soit raisonnablement élevé dans le secteur agroalimentaire, les éléments mis en lumière par l’étude suggèrent que l’approche des entreprises agroalimentaires en matière de formation et de développement de la main d’oeuvre privilégie généralement le respect des exigences législatives et réglementaires, ainsi que celles de leurs principaux clients, tels que les grands détaillants. La formation est, par conséquent, généralement considérée comme un moyen de marquer le respect de la règlementation, plutôt qu’un instrument dynamique de développement de l’entreprise. Les formations ainsi dispensées ont trait à la sécurité des aliments, à la santé et sécurité et à l’intégration des employés ; un nombre relativement limité d’entre elles privilégie les activités susceptibles de rendre l’organisation plus productive. Les auteurs de l’étude suggèrent que les partenaires sociaux devraient, pour convaincre que la formation est un investissement plutôt qu’un simple coût, rédiger un ensemble d’études de cas détaillées sur les retombées financières et commerciales réelles de la formation et du développement de la main d’œuvre pour les entreprises qui ont utilisé la formation comme instrument de développement de l’entreprise et de promotion de l’innovation. Une méthode possible consisterait à réaliser des études comparatives ciblant différentes unités de production afin de démontrer le retour sur investissement de la formation et du développement de la main d’oeuvre.
Il est également nécessaire de soutenir les employeurs du secteur agroalimentaire pour que ceux-ci étudient les moyens de développer les possibilités d’évolution de carrière qui permettront aux employés de passer des rôles de production de premier échelon à des fonctions supérieures techniques ou de gestion.
 
Impliquer le secteur de la grande distribution
Malgré l’importance des avancées technologiques et scientifiques pour l’industrie agroalimentaire, les entreprises, et en particulier les PME, sont réticentes à investir dans des méthodes de production nouvelles et alternatives. Cette attitude, disent les auteurs de l’étude, a contribué à faire du secteur agroalimentaire l’un des moins rentables de l’UE. L’UE et les gouvernements nationaux doivent examiner la façon dont ils peuvent aider les entreprises agroalimentaires, en particulier les PME, à exploiter le potentiel de productivité offert par les nouvelles technologies (réduire la production de déchets et accroître l’efficacité des techniques de transformation et de transport). Il est également nécessaire de convaincre les entreprises de la grande distribution de l’importance de coopérer de manière constructive avec leurs fournisseurs afin d’éviter les répercussions négatives potentielles pour le secteur agroalimentaire et la qualité de ses produits.
 
Défis du marché du travail
Les difficultés de recrutement ont été soulignées aussi bien par les experts que les partenaires sociaux du secteur, en particulier en ce qui concerne les fonctions de haut niveau liées à la science et la technologie alimentaires. Ils estiment que les candidats potentiels disposant de ces compétences sont souvent réticents à intégrer le secteur, compte tenu de son image peu attrayante par rapport à d’autres industries telles que les secteurs pharmaceutique, automobile ou aérospatial.
Dans de nombreux États membres, le nombre de candidats potentiels ne permet pas de pourvoir les postes de production en raison du nombre élevé de jeunes qui ont suivi des études universitaires. Les personnes interrogées estiment que les jeunes sont souvent mal préparés pour répondre aux exigences des postes de production et que les employeurs sont par conséquent contraints de renforcer les compétences de nouvelles recrues; que le niveau d’instruction des nouveaux venus sur le marché du travail a baissé au cours des vingt dernières années, obligeant les entreprises à renforcer les compétences de base en lecture et en calcul de certaines nouvelles recrues...
 
Une image du secteur pas vraiment sexy auprès des jeunes
La plupart des intervenants ont estimé qu’il est essentiel pour le secteur agroalimentaire d’améliorer son image, en particulier auprès des jeunes. Les conditions de travail sont considérées potentiellement difficiles et répétitives sans possibilités évidentes d’avancement de carrière, ce qui ne correspond pas aux attentes de nombreux jeunes. Les salaires relativement bas et non compétitifs contribuent également à ces problèmes dans la mesure où le secteur n’est pas en mesure de concurrencer d’autres industries pour recruter les meilleurs candidats et conserver les travailleurs hautement qualifiés. Ce déficit d’image pose particulièrement problème compte tenu de l’évolution démographique et du vieillissement de la main d’œuvre qui, sans réponse adaptée, pourraient donner lieu à une pénurie de personnel dans ce secteur dans les 15 à 20 prochaines années. Le secteur agroalimentaire n’est pas considéré comme un choix de carrière intéressant par les travailleurs, en particulier vis-à-vis des possibilités d’évolution de carrière. Cette situation a donné lieu à une pénurie d’employés hautement qualifiés, tels que les scientifiques et experts en technologie alimentaire, les nutritionnistes et les concepteurs de nouveaux produits. L’innovation technologique exige des employés flexibles, tels que les ingénieurs alimentaires qui peuvent utiliser des équipements sur mesure et les personnels de gestion et de supervision de qualité afin de mettre en oeuvre de nouvelles techniques de production et de transformation alimentaire. Les entreprises du secteur agroalimentaires doivent également développer les compétences de base du personnel occupant des postes de production et veiller à disposer d’employés suffisamment qualifiés pour accéder à des postes de gestion et de supervision. Celles-ci devraient inclure les compétences de négociation commerciale nécessaires pour traiter avec les clients de la chaîne d’approvisionnement, en particulier les sociétés de la grande distribution et les compétences nécessaires à la promotion des exportations. Les compétences en matière de direction sont également jugées insuffisantes. Des améliorations sont par ailleurs nécessaires en matière de communication et de planification de succession dans les entreprises.

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