Le succès du vin de Champagne conduit à prévoir une augmentation de la production au terme d’une extension de la zone d’appellation à horizon 2015 et la mise en place d’une réserve qualitative chez le vigneron jusqu’en 2012. Le CIVC (Centre interprofessionnel du vin de Champagne), qui par ailleurs se bat parfois avec succès pour la protection internationale de l’appellation, a présenté à la presse les dispositions envisagées pour cette révision de l’aire délimitée de production, une procédure complexe pilotée par l’Inao et qui va prendre encore huit ans avant de produire ses premiers effets.
Les ventes de Champagne, si elles sont stables en France, sont sur une pente ascendante dans le reste du monde. Atteignant 330 millions de bouteilles sur les douze derniers mois (+4,6 %), elles pourront être accrues en fonction des besoins du marché grâce à une production de l’ordre de 400 millions de bouteilles, permettant même de continuer à constituer une réserve qualitative chez les vignerons.
Paradoxe de la situation champenoise : les 35 000 hectares contenus dans l’aire géographique délimitée sont quasiment tous plantés (32 500 a). « Afin de remédier aux imperfections de la délimitation de la Champagne qui a été effectuée au début du XX e siècle, une procédure de révision a été engagée en 2003 », a rappelé le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) lors d’une rencontre avec la presse le 11 octobre à Paris. La commission d’enquête de l’INAO a récemment présenté le rapport de révision de l’aire au syndicat de défense des vignerons qui l’a validé. Une liste de 40 nouveaux villages qui pourraient entrer dans l’appellation (portant ainsi leur nombre à près de 350) sera soumise dans les jours qui viennent au comité national. Mais « la Champagne ne peut pas s’agrandir pendant les huit ans à venir », a précisé Ghislain de Montgolfier (Maison Bollinger), coprésident du CIVC. Après ce délai qui sera nécessaire pour redéfinir l’aire de production, les nouveaux vignobles ne pourront avoir leur première vendange qu’en…2017. Dix ans de possible surchauffe sont donc prévisibles et l’interprofession devra se serrer les coudes pour assurer en quelque sorte la gestion de la pénurie.
Au 31 juillet 2006 les stocks étaient de 1,123 milliard de bouteilles, réserve qualitative incluse, soit un peu plus du triple d’une année de commercialisation comme 2006 (330 millions de bouteilles). C’est peu pour le champagne et les prix du raisin augmentent, sans parler bien sûr de celui des vignes.
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Savoir raison garder
Mais « il faut savoir raison garder », temporise Patrick Le Brun, lui-même vigneron et co-président du comité interprofessionnel, qui met en avant le dispositif de réserve individuelle expérimenté avec la vendange 2007 et qui se prolongera jusqu’à la campagne 2011-2012. 110 millions de bouteilles de réserve qualitative sont aujourd’hui dans les caves (elles ne pourront être mises en vente qu’à partir de 2010). Pour l’instant la production arrive à répondre à la demande mais malgré « l’effet dollar », les expéditions vers certains pays émergents progressent fortement : +39 % en Russie, +50 % en Chine, +126 % en Inde l’an passé.
Un succès qui suscite contrefaçons, usurpations et usages abusifs contre lesquels le CIVC engage de nombreuses actions pour un coût annuel de plus de 2 millions d’euros. Depuis dix ans, des progrès notables ont été enregistrés avec la reconnaissance de la spécificité du champagne issu de la seule aire d’AOC champenoise par des pays comme le Canada, la Chine, l’Inde et 17 pays d’Afrique…
En revanche, des efforts sont encore à déployer pour faire reculer les contrefaçons vendues par des grands groupes de vin aux Etats-Unis (Constellation, Gallo, Korbel ont été cités par le CIVC). En attendant de pouvoir faire évoluer la loi américaine qui autorise l’emploi de termes qualifiés de semi-génériques par l’administration fédérale, les Champenois ont lancé des campagnes d’opinion sur le thème « c’est légal mais pas correct (« might be legal, but it isn’t fair »).