L’assemblée générale de la Fédération des éleveurs de chèvres (Fnec) s’est tenue les 4 et 5 avril à Mâcon. Jacky Salingardes, son président, revient sur les grands enjeux auxquels doit faire face la filière: la gestion des volumes et la valorisation des chevreaux, mais aussi le renouvellement des générations, particulièrement difficile en production fermière, ainsi que la demande croissante d'animaux qui pâturent de la part des consommateurs.
Dans quel contexte s’est tenue l’assemblée générale de la Fnec ?
La conjoncture est plutôt favorable pour l’instant, mais il y a eu beaucoup d’importations en 2017 et cela interroge. Je ne veux pas revivre ce que j’ai déjà connu il y a quelques années : un télescopage entre des importations et de la production française. C’est un gros enjeu à venir. Les entreprises demandent du volume français, alors il va falloir qu’elles apprennent à gérer cela différemment de ce qui a été fait en 2010.
Car en 2018, nous allons avoir une bonne année laitière avec des volumes de lait qui augmentent. La Fnec demande aux entreprises de gérer cela intelligemment : faire du stockage s’il y a du stockage à faire et baisser leurs importations. Ce n’est pas plus compliqué que ça. En tant que président de l’Anicap, je vais marteler tout ça.
Pour les produits fermiers, la conjoncture est bonne. Un point négatif, nous sommes face à un réel problème de renouvellement des générations de façon générale, mais on renouvelle encore moins bien en fermier. Pendant des années, les producteurs étaient pour 50% fermiers et 50% des livreurs à l’entreprise. Aujourd’hui, les proportions sont plutôt à 40% de fermiers et 60% de livreurs.
Quelles sont les actions envisagées pour revaloriser la viande de chevreau ?
Le chevreau est presque devenu un sous-produit. Le prix du chevreau payé aux producteurs est très bas et il faut que ce produit ne soit pas un sous-produit mais un coproduit. Il faut rééduquer les consommateurs à déguster du chevreau. Nous allons essayer de redonner une place au chevreau sur le marché domestique. Car le chevreau a un marché mais il est principalement tourné vers l’export.
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Nous avons créé, il y a cinq ans, une section caprine au sein d’Interbev qui fonctionne très bien malgré ces petits moyens. Nous allons mettre en place un projet Casdar chevreau en vue de faire des études sur l’alourdissement de la carcasse. Il y a un vrai plan chevreau qui se met en place, avec la production, sûrement d’ici à la fin de l’année d'une charte de bonnes pratiques en élevage de chevreau.
Le thème de votre assemblée générale était « les enjeux sociétaux en élevage caprins : comprendre pour agir ». Quelles ont été les discussions ?
Aujourd’hui, il y a un gros débat autour des enjeux sociétaux comme le bien-être animal. Comme dans toutes les filières, aujourd’hui les éleveurs ont peur des ONG de protection du bien-être animal. On nous demande des choses que l’on fait déjà mais pour lesquelles ne nous communiquons peut-être pas suffisamment. Il ne faut pas avoir peur de communiquer auprès des consommateurs nos pratiques qui sont tout à fait honorables. L’élevage caprin est un très bel élevage, très particulier et méticuleux. Au sein de l’interprofession, nous avons ouvert une réflexion avec plusieurs ONG, Welfarm, CIWF et l’OABA (œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir) de façon à avoir une discussion large et transversale autour des pratiques d’élevage.
Nous sommes beaucoup interrogés sur le pâturage. Aujourd’hui, tous les élevages ne mettent pas les animaux dehors, moi le premier. Il faut faire en sorte que les choses se passent intelligemment: que celui qui le veut et le peut puisse pâturer. Et que celui qui n’en a pas envie ou ne peux pas puisse trouver des solutions d’aires de parcours par exemple. Mais on n'obligera pas les éleveurs à mettre leurs animaux dehors un couteau sous la gorge.
"Je ne veux, ce que j’ai déjà connu il y a quelques années, un télescopage entre des importations et de la production française."