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Cours du lait Lait : des différences de prix et d’organisation en Europe

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Malgré un marché commun et des acteurs transnationaux, les tarifs du lait payés aux producteurs différent entre pays européens, avec de fortes variations dans le temps. Des différences de structuration des filières expliquent ce phénomène.

Pour juillet 2013, le prix moyen de la tonne de lait était de 362 euros en France, de 368 en Allemagne, de 383 en Italie, de 400 aux Pays-Bas et de 312 en Slovénie, selon les chiffres de la commission régulation de la Commission européenne. Selon le site internet milkprice.nl, sur lequel le principal syndicat agricole néerlandais (LTO) et l’association European Dairy Farmers répertorient le prix du lait en Europe auprès de plus de 400 éleveurs, la tonne de lait a été payée 375 euros par Lactalis en août, 413 par Friesland Campesina, la coopérative quasi monopolistique des Pays-Bas, et jusqu’à 422 euros par Granarolo, le plus grande coopérative laitière italienne. Si ces prix atteignent des sommets, les coûts de productions des éleveurs ont aussi flambé, même si une tendance baissière s’amorce. Dans un marché ouvert où les entreprises de collecte sont transnationales, le prix du lait payé au producteur connaît donc des écarts significatifs.
A tel point que la Coordination rurale qualifiait fin septembre tarif proposé aux producteurs français de « mascarade » dans un communiqué : « comme pour nos collègues allemands, les producteurs français sont payés 50 € de moins aux 1 000 litres que les producteurs italiens », pestait le syndicat.
 
L’Italie, un pays déficitaire avec une production en chute
Mais ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. D’abord, parce que les standards de qualité (taux de protéines, de matière grasse) sont différents selon les pays. Ensuite, parce qu’il faut regarder de près les évolutions de ces chiffres dans le temps. Et surtout parce que la situation et l’organisation des filières sont extrêmement différentes selon les Etats.
« L’Italie est très déficitaire en lait, il lui manque 20% de ses besoins, qu’elle doit acheter sur le marché spot en Europe », explique Gérard Calbrix, économiste à l’Association de la transformation laitière française (Atla), qui regroupe coopératives et industriels. Sur le prix de ces importations s’ajoute le coût du transport, et ce prix influe sur le prix local. « Le lait produit en Italie est utilisé essentiellement pour du fromage AOP, comme le parmigiano, qui a un très gros succès sur le marché intérieur comme international, avec une forte valeur ajoutée », développe-t-il, ce qui explique les prix élevés.
Et pourtant, ces tarifs sont loin de satisfaire les producteurs transalpins. « Quelques organisations de producteurs ont signé un prix de 42 centimes le litre avec Lactalis. On trouve que ce prix est trop bas alors que nos coûts de production sont de 46 centimes », explique Roberto Cavaliere, président du Copagri pour la Lombardie, un syndicat agricole membre d’European Milk Board. Selon lui, les coûts de productions sont élevés en Italie à cause de plusieurs facteurs, dont le coût de l’énergie et la logistique. « Ils ont un vrai problème de coûts de production, avec des exploitations hors sol qui doivent acheter l’alimentation. Malgré les prix élevés, leur collecte n’arrête pas de baisser », abonde Gérard Calbrix.
 
En Allemagne, des relations commerciales plus apaisées
Autre pays souvent cité, l’Allemagne. L’interprofession laitière, le Cniel, prend en compte le prix pratiqué par nos voisins germaniques pour définir ses indicateurs de prix. Traditionnellement, les prix français suivent ceux pratiqués outre-Rhin, quelques mois après, en atténuant les variations. Les prix français sont restés plus élevés qu’en Allemagne pendant l’été 2012. Mais les éleveurs tricolores ont trouvé long le début d’année 2013 et le temps de se hisser jusqu’aux tarifs germaniques, portés par une flambée des cours mondiaux des produits laitiers.
Pour Gérard Calbrix, cette différence entre les prix allemands et français met en évidence « le cœur du problème » que sont « les relations commerciales ». En Allemagne, « il y a des négociations commerciales au moins deux fois par an entre les industriels et la grande distribution, et l’évolution des prix qui correspond à l’évolution des cours mondiaux. En France, les négociations ont lieu une fois par an. Elles se font sans aucune référence à quoi que ce soit », explique t-il. Par exemple, « la grande distribution avait refusé toute augmentation début 2013, alors que les Allemands ont négocié le tarif du lait à la hausse en octobre 2012, mai 2013, avant une nouvelle hausse qui devrait intervenir début novembre ». Depuis juillet, les prix français et allemands sont équivalents.
 
Pays-Bas, un monopole qui a investi à l’étranger
Depuis le début de l’année, la collecte laitière est globalement en baisse en Europe, à quelques exceptions notables, principalement grâce à une bonne rémunération des éleveurs, analysait la note Agreste conjoncture du 27 septembre, publiée par le service Statistique et prospective du ministère de l’Agriculture français : en chef de file, les Pays-Bas dont « la collecte s’est accrue en juillet 2013 de 7,5 % par rapport à juillet 2012, stimulée par un prix du lait attractif stabilisé à 400 €/tonne depuis plusieurs mois », notait Agreste.
« La coopérative Friesland Campina est en situation de monopole aux Pays-Bas, le conseil d’administration décide chaque mois du prix », commente Gérard Calbix. Et elle dispose d’un autre atout, « la marge réalisée dans les autres pays où la coopérative a des installations, comme le Nigeria ou l’Indonésie, est reversée aux producteurs ».
 
Regarder les coûts de production
Plus que les prix payés aux producteurs, European Dairy Farmer s’intéresse aux coûts de production. « Il n’y a pas de lien entre la rentabilité de nos fermes et le prix du lait », regrette Katrine Lecornu, sa présidente. « L’Irlande et l’Angleterre ont les prix les plus faibles mais font les meilleures marges, avec une maîtrise des coûts de production très forte, une alimentation basée sur le pâturage et des exploitations peu modernes. À l’inverse, les Pays-Bas ont un prix élevé, mais les coûts de productions sont élevés » car les exploitations sont hors-sol, constate-t-elle. « En France, on a toujours eu un prix moyen élevé avec des coûts de productions élevés, mais aujourd’hui les prix payés aux producteurs ne suivent pas. Je ne sais pas comment les éleveurs vont tenir comme ça ». Car, pour elle aussi, le principal problème concerne les relations commerciales : « Les Hollandais ont confiance en leurs coopératives, quand les prix sont bas ils savent qu’un jour ils vont se rattraper. En France, on a l’impression que les transformateurs ne sont pas des partenaires mais des adversaires. On perd énormément d’énergie alors que le secteur laitier français a tout ce qu’il faut pour être le meilleur du monde ».

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