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Tendances Lait : des prix élevés en attendant une année 2015 incertaine

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Le prix du lait payé aux producteurs français atteint des sommets, alors que les marchés internationaux chutent sous l'effet d'une production importante et de l'embargo russe.

Tout semble aller pour le mieux pour la filière laitière française, qui ne ressent pas encore l'onde de choc baissier qui frappe les cours mondiaux des produits laitiers. En juillet 2014, la collecte de lait de vache progresse de 6,6 % en France par rapport à juillet 2013, tirée par un prix en hausse (381 €/1 000 litres contre 369 € un mois plus tôt et 4 % de plus qu'en juillet 2013) et de bonnes conditions météorologiques. Cette tendance à la hausse de la collecte devrait se poursuivre en août, estime FranceAgriMer dans une note de conjoncture du 18 septembre. La production augmente surtout dans les régions de l'Ouest et du Nord (entre +8 à 11 % par rapport à juillet 2013), mais régresse dans le Sud-Ouest et PACA. En cumul depuis le début de la campagne 2014/2015, la collecte de lait est 7 % supérieure à la campagne précédente, mais reste en deçà du quota.

Inquiétudes pour 2015

Mais le ciel pourrait s'assombrir pour la filière laitière française, puisque les cours des produits laitiers sur le marché mondial sont nettement en baisse. En cause, une forte augmentation de la production dans les régions exportatrices, principalement en Europe, un fléchissement de la demande asiatique, le tout mis en exergue par l'embargo russe sur les produits agroalimentaires européens, qui touche les fromages.

« Le marché mondial concerne 8% de la production mondiale, c'est un marché étroit, et une inadéquation de l'offre et de la demande peut entraîner de gros problèmes », analyse Gérard You, économiste à l'Institut de l'élevage, lors d'un débat sur l'après-quotas laitiers, le 18 septembre au Space, à Rennes. L'expert semble toutefois mesuré et incertain quand aux conséquences à moyen termes, comme nombre d'observateurs du secteur.

Michel Nalet, directeur des relations extérieures du groupe Lactalis, a de son côté affirmé que la filière laitière « entre dans une zone de turbulence » avec des cours en baisse, s'estimant « réaliste » au vu des marchés mondiaux, mais se défendant « d'agiter un chiffon rouge ». « Le problème est que l'offre est aujourd'hui supérieure à la demande », ce à quoi vient s'ajouter « le catalyseur » de l'embargo russe, a-t-il développé lors du débat. Il a toutefois refusé de faire tout commentaire concernant les tendances de prix français, ce qui serait « irresponsable » alors que les éléments influant sur ces cours sont « très compliqués ».

Les relations commerciales, toujours...

Michel Nalet a également regretté des « relations commerciales difficiles avec la grande distribution, quelle que soit la taille des entreprises ». Selon les industriels laitiers, les acheteurs des distributeurs ont déjà annoncé vouloir renégocier à la baisse les prix des produits laitiers.

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De plus, les enseignes ont importé depuis les marchés voisins où les cours, qui subissent plus rapidement les fluctuations des cours mondiaux que la France, sont plus bas. Selon Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait, cela concerne « l'équivalent de 40 000 litres de lait » : « C'est inadmissible d'avoir une distribution qui profite de l'embargo pour acheter moins cher alors que les producteurs français ont besoin de débouchés ».

Quelle gestion après les quotas ?

ALORS que se profile une chute des cours des produits laitiers à la veille de la fin des quotas, qui régulent la production depuis 30 ans, les acteurs de la filière réclament une nouvelle forme de gestion publique.

A court terme, d'abord, pour Michel Nalet, directeur des relations extérieures du groupe Lactalis. Relayant les demandes de l'interprofession laitière (le Cniel) lors d'un débat au Space le 18 septembre, il demande à la Commission européenne de relever les prix d'intervention des produits laitiers pour désengorger le marché.

« La crise doit pouvoir se gérer, on voit que le marché ne peut pas se réguler tout seul. La Commission européenne doit apporter des réponses politiques », ajoute au Spa-ce Thierry Roquefeuil, président du Cniel.

Sur le salon, la Confédération paysanne a demandé la mise en place d'un « mécanisme de prévention des crises au niveau européen », via un « tunnel de prix » du lait payé aux éleveurs. Théorisé par l'European Milk Board, une telle mesure permettrait de gérer la production à la baisse en cas de crise mais aussi à la hausse en cas de demande élevée, selon le syndicat.

Pour François Lucas, vice-président de la Coordination rurale, « il faut remettre en place une régulation » : « Le lait est un exemple typique de la façon dont ou pourrait gérer les marchés en réduisant la production, mais aujourd'hui, tout le monde sait que les prix vont baisser, et personne ne fait rien, car on ne peut rien faire ».