La possibilité que des souches américaines de virus d’influenza aviaire arrivent en Europe existe, à la faveur des migrations d’oiseaux sauvages qui auront lieu à l’automne. Aux États-Unis, l’influenza aviaire a passé la barrière inter-espèces et touche une forte proportion des élevages bovins laitiers.
Des souches américaines du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) pourraient se retrouver en Europe à la faveur des mouvements d’oiseaux migrateurs qui auront lieu dans les prochains mois. En effet, c’est actuellement que les oiseaux migrateurs, canards et oies d’Europe et d’Amérique du nord, commencent à se rassembler aux abords du cercle polaire arctique. « Ces oiseaux qui viennent des voies de circulation Mississippi et Californie aux États-Unis, et de l’arc atlantique et de la voie Rhin-Rhône chez nous, se retrouvent au moment de la nidification, c’est-à-dire maintenant et dans les semaines qui viennent, au niveau du cercle polaire arctique. C’est à ce moment-là qu’ils peuvent se contaminer et passer d’un courant migratoire à l’autre ou changer de troupeau », a indiqué Gilles Salvat, directeur général délégué du pôle recherche et référence de l’Anses, dans une déclaration à Agra Presse le 19 mars. Les troupeaux entiers de volatiles ne changent pas de courant de migration, mais il arrive que des individus isolés changent de troupeau. Il rappelle aussi que c’est probablement ce qui s’est passé pour le H5N1, à l’origine présent sur les oiseaux utilisant les voies asiatiques et qui a contaminé des oiseaux redescendant en Europe.
Une fois contaminés au niveau du cercle polaire arctique, ces oiseaux peuvent emprunter les voies de migrations européennes et rejoindre nos régions dans les mois suivants, notamment à l’occasion de la migration descendante à l’automne. « Il n’est pas impossible que des souches américaines de la grippe aviaire se retrouvent sur les oiseaux migrateurs qui vont redescendre à l’automne en Europe », poursuit Gilles Salvat.
Dans ce cas de figure, le risque existe pour ce qui concerne les élevages de volailles, mais aussi les bovins laitiers. Si l’on regarde ce qui se produit actuellement aux États-Unis depuis le printemps 2024, près d’un millier de grands troupeaux sont concernés par une épidémie d’influenza aviaire. Cela représente les deux tiers des grands élevages bovins américains, répartis dans seize États différents. La présence de cette épidémie parmi les bovins est due à des transports d’animaux entre les élevages, après un franchissement de la barrière inter-espèces des oiseaux aux bovins.
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Virus sous surveillance
« Nous surveillons le risque possible d’introduction du virus qui circule actuellement aux États-Unis, et qui pourrait être introduit en Europe lors des mouvements migratoires des oiseaux sauvages au printemps et à l’automne ou à l’occasion d’une introduction du virus par un humain ou un animal contaminé dans un troupeau », explique Éric Cardinale, directeur scientifique Santé et bien-être des animaux de l’Anses sur le site de l’agence en date du 29 janvier 2025. Il rappelle que « les risques de transmission du virus aux bovins existent en France car il a été démontré expérimentalement que les virus circulant en Europe pouvaient infecter les ruminants. »
Le virus se retrouve ensuite dans le lait cru car les bovins ont des récepteurs pour les virus d’influenza aviaire dans la mamelle. Et même si le virus peut être détruit par la pasteurisation raide (flash pasteurisation) du lait, l’Anses se prépare en ayant mis au point une technique de détection du virus dans le lait cru. « L’Anses dispose d’une technique de détection de la présence du virus de la grippe aviaire dans le lait », indique Gilles Salvat. L’agence, en tant que laboratoire de référence nationale pour la grippe aviaire, dispose depuis l’automne 2024 de cette technique qui est opérationnelle en cas de besoin. « Nous pouvons transmettre cette technique aux laboratoires qui font les analyses de première intention mais nous n’avons pas, pour l’instant, de kits qui pourraient être fabriqués par les industriels. Cette possibilité est envisagée mais le marché n’existerait que si nous avions une présence du virus chez les bovins en Europe, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », conclut-il.