La FNCL défend la coopération face aux attaques de la FNPL. Si les deux organisations s'écharpent, elles se rejoignent sur certains sujets et font d'ores et déjà valoir leurs idées pour la Pac post-2020. Les laiteries privées, elles, ont depuis longtemps la tête ailleurs.
La contractualisation devait assurer un peu de visibilité sur les volumes et les prix aux producteurs de lait dans un monde sans quotas. L'annonce d'un audit mené sur le sujet par Yves Berger, ancien directeur d'Interbev, Yves Riou et Yves Marchal du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) témoigne des questions que se pose le gouvernement sur l'efficacité du dispositif.
Alors que Dominique Chargé, président de la FNCL, s'inquiétait, dans son discours de clôture de l'assemblée générale de la fédération, le 23 avril, de ce que l'audit demandé par la FNPL vise particulièrement les coopératives laitières, Jean-Guillaume Bretenoux, qui représentait Stéphane Le Foll (il fait partie du cabinet), a tenu à le rassurer : « Le ministre n'a aucune arrière-pensée par rapport à la coopération, a-t-il déclaré. La question qui est posée est la suivante : la contractualisation peut-elle être un outil pour pérenniser la filière laitière post-quota ? »
LES GRIEFS DES PRODUCTEURS FACE AUX TRANSFORMATEURS
De fait, dans son livre blanc publié le 14 avril, la FNPL exprime désormais ouvertement ses griefs à l'encontre de la coopération, estimant que certains prix pratiqués ne peuvent que dissuader les éleveurs d'augmenter leur production et que la vie « démocratique » de la coop n'est pas toujours au rendez-vous. Mais les laiteries privées ne sont pas épargnées, notamment sur les clauses de sauvegarde, qui prévoient dans quelles conditions économiques le contrat peut cesser de s'appliquer. En trame de fond se pose aussi la question de la règle de l'apport total, par laquelle tout le lait de l'éleveur transite par un collecteur unique. Ce système, qui permet aux laiteries de sécuriser leurs approvisionnements, place les producteurs dans une situation de dépendance et devrait, pour la FNPL, faire l'objet d'une compensation.
Face à ces critiques, Dominique Chargé a longuement défendu la coopération laitière dans son discours de clôture. Mais entre certaines coopératives contraintes très financièrement et des organisations de producteurs peu opérantes face aux laiteries privées, on peut comprendre que la FNPL ait tant réclamé un audit sur la contractualisation.
FNPL ET FNCL SE REJOIGNENT SUR LA GESTION DE CRISE ET LE PRINCIPE ASSURANTIEL
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Au-delà de ces différences, la FNPL et la FNCL se rejoignent davantage dans les principes de gestion et d'accompagnement de la volatilité. C'était d'ailleurs le thème de la table ronde de l'assemblée générale de la FNCL. C'est ainsi que cette dernière plaide pour un système de gestion de crise réactif au niveau européen. « Sur l'embargo russe, nous avons manqué de réactivité pour éviter que le marché s'effondre », a estimé Dominique Chargé lors d'un point presse. Et qu'elle appelle de ses vœux des « mécanismes de sécurisation de la marge des éleveurs laitiers », dans l'esprit du Farm bill américain (1), même s'il ne s'agit pas de dupliquer le modèle à l'identique.
LES LAITERIES PRIVÉES, ELLES, ONT LA TÊTE AILLEURS
Si le détail des propositions diffère, les producteurs plaident, via la FNPL, pour développer le même type d'outils, et espèrent bien faire valoir leurs positions dans le cadre de la PAC post-2020 (même si le “résultat des courses” dépendra principalement des marchandages entre Etats). Mais le développement de systèmes assurantiels – à budget constant, voire déclinant – ne va pas de soi. « Sortir de “qui gagne, qui perd ?” n'est pas simple. Un bouleversement complet de la Pac n'est pas évident à mettre en œuvre », a observé Jean-Guillaume Bretenoux.
Et les laiteries privées dans tout ça ? La gestion des approvisionnements en France est nécessairement un sujet pour des entreprises comme Lactalis, Danone ou Bongrain. Mais sans doute pas central quand la stratégie de ces entreprises consiste surtout à développer les ventes dans des zones de croissance, donc ailleurs qu'en France.
(1) Notons que sur l'efficacité du Farm bill, des évaluations en partie contradictoires circulent. Une chose est sûre, en ce qui concerne les soutiens publics, une majorité écrasante du dispositif repose sur l'aide alimentaire.