La filière laitière peine à recruter de nouveaux talents. L’échéance du renouvellement des générations approche. Le risque de perte de capacité de production inquiète tous les acteurs qui redoublent d’effort pour attirer.
« La filière laitière recrute », scande le Cniel. Enfin, elle essaie ! À l’occasion de la Journée mondiale du lait, le 1er juin, l’interprofession laitière organisait une conférence de presse au cours de laquelle elle a rappelé les nombreux défis et obstacles qu’elle affronte pour attirer de nouveaux talents tout au long de la filière. « Le renouvellement des générations est le vrai sujet de la filière », clame Thierry Roquefeuil, président du Cniel et de la FNPL (producteurs laitiers, FNSEA).
Comme l’illustre sa directrice générale Caroline Le Poultier, les soucis commencent dès l’aval, en laiterie, fromagerie et commerce, où 15 % des annonces d’emploi en CDI ne parviennent pas à trouver preneurs. Il faut en moyenne une année pour recruter un nouveau collaborateur. À l’amont, dans les fermes, on dénombre deux départs à la retraite pour une installation alors que 42 % des éleveurs laitiers ont plus de 50 ans.
« Même si la filière n’a pas encore perdu de capacité de production, le renouvellement des générations est un enjeu majeur », affirme Carline Le Poultier. D’autant que « le nombre d’éleveurs laitiers se réduit deux fois plus vite que celui du reste des agriculteurs », renchérit Benoît Rouyer, directeur prospective économique à l’interprofession.
Passion vs réalité
Pourquoi un tel manque d’engouement vers l’élevage laitier ? Interrogés dans le cadre du second baromètre social du Cniel, les éleveurs expliquent « être fiers de leur métier » mais qu’ils « ne le recommanderaient par forcément à un proche », indique Noëlle Paolo, responsable des études au Cniel. « Les jeunes ne veulent pas travailler 70 heures par semaine et le week-end », fait valoir Damien Lacombe, président du collège des coopératives laitières.
Pour le ministre de l’Agriculture, présent lors de l’évènement, c’est aussi une question de rémunération. « Nous avons une nouvelle génération qui vit aussi par cette passion d’honorer la noble mission de nourrir le peuple français, avance Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture. Mais la passion ne peut pas tout. La question de la rémunération est essentielle ». Plus globalement, un sondage de l’institut Kantar pour la place de marché en ligne Pourdebon montre que près d’un Français sur quatre ne soutiendrait pas ses enfants s’ils voulaient devenir agriculteur.
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Rendre visibles les métiers
Alors pour attirer les Français vers la filière laitière, les acteurs mettent les bouchées doubles. Sites pédagogiques, web documentaires, communication autour des métiers lors des salons, association avec les campagnes des pouvoirs publics sur les métiers du vivant… Elle cible notamment la nouvelle génération non issue du milieu agricole, en mobilisant les réseaux sociaux comme Tik Tok et Twitter.
« Par l’humour nous essayons de sortir des clichés et stéréotypes pour attirer des jeunes mais aussi des moins jeunes en reconversion », explique la directrice du Cniel. L’interprofession développe également des partenariats avec l’Onisep, Pôle emploi, les services déconcentrés des ministères ainsi que les collectivités locales. Objectif : diffuser le message ‘la filière laitière recrute’ le plus largement possible.
Le ministre s’en fait également le porte-voix : « La production laitière fait partie de notre identité, au service de notre souveraineté alimentaire […] elle fait partie de la renommée française à l’international, c’est une partie de notre histoire et de nos territoires. » Ce maillage territorial est également mis en avant par la filière qui compte 80 % de ces emplois dans des communes de moins de 15 000 habitants.
« Le renouvellement des générations c’est un juge de paix, nous saurons si nous avons réussi au moment de faire le bilan », conclut Julien Denormandie.