Le programme européen de réduction volontaire de la production laitière, dont les premiers chiffres ont été présentés par la Commission européenne, a porté ses fruits en permettant un redressement des cours. En 2017, la collecte, portée par cette hausse des prix et de bonnes exportations, devrait progresser modérément de 0,6 % avant, si cette situation se maintient, de repartir plus fortement à la hausse en 2018, selon les prévisions des experts de Bruxelles.
Selon les premiers chiffres reçus par la Commission européenne de la part des États membres pour la première période de réduction (octobre-décembre 2016) dans le cadre du programme européen de gestion volontaire de la production, 43 968 producteurs de lait ont atteint une réduction de leur collecte de 851 700 tonnes. Ce sont là des chiffres partiels puisque au total ce sont donc 58 035 éleveurs qui s’étaient engagés à réduire leur production de 1,07 Mt de tonnes, soit une baisse de 2,9 % sur un trimestre (1). Ce dispositif a permis en partie au « prix moyen du lait à la ferme dans l’Union d’augmenter de 31 % depuis l’été dernier, pour atteindre 33,7 cts/kg en février. Est-ce que cela représente un redressement des prix idéal ? À l’évidence, non. Mais est-ce que cela montre que les choses évoluent dans le bon sens ? Je dirais que oui », a commenté le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, lors d'une intervention devant la fédération des producteurs de lait français (FNPL) le 16 mars à Langres.
Des facteurs qui pèsent sur les prix
Dans leurs perspectives à court terme pour les marchés agricoles qui viennent d’être publiées, les experts de la Commission prévoient en 2017 une hausse de la production européenne modérée de 0,6 % (après une baisse de 0,4 % sur l’ensemble de 2016) puis, si la demande mondiale continue de grimper (et plus encore si l’embargo russe était levé), une augmentation plus importante en 2018. « Si les prix du lait cru restent stables en 2017, on pourrait assister à une hausse significative de la collecte du lait au cours du second semestre de cette année », a confirmé Phil Hogan au congrès de la FNPL.
Mais, préviennent les experts, en 2017, plusieurs facteurs pourraient peser sur les prix du lait et des produits laitiers : le pic saisonnier de production au printemps, le troupeau laitier encore important fin de 2016 et donc le potentiel d’augmentation de la production (la collecte laitière en janvier 2017 en Pologne était de 3,6 % supérieure à la même période en 2016), la reprise attendue de la collecte en Nouvelle-Zélande et les importants stocks d’intervention de poudre de lait (voir encadré).
Écouler des stocks de poudre
Côté marché, la Commission prévoit le maintien de bonnes exportations et d’une demande intérieure solide qui ont déjà permis d’atteindre des prix records pour le beurre et à une reprise significative pour les fromages. En revanche, le prix du lait écrémé en poudre devrait rester autour des prix actuels, très bas, compte tenu du niveau élevé des stocks et du pic saisonnier de la collecte qui est encore à venir. En 2017, l’UE pourrait être de retour sur le marché mondial grâce à des prix compétitifs, mais seule une augmentation substantielle des exportations de poudre et une réduction de la production pourraient conduire à un marché équilibré. Si la reprise en suffisante, les 22 000 t de poudre que la Commission cherche à écouler pourraient trouver preneur et les stocks privés pourraient revenir à des niveaux normaux à environ 130 000 t.
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(1) Voir n° 3563 du 03/10/2016
Le fromage pour stabiliser les revenus
Les producteurs laitiers européens ne sont pas tous exposés de la même manière à la volatilité des prix. C’est ce que montre notamment le rapport de la Commission européenne sur les perspectives à court terme des marchés agricoles. Ainsi en 2016, l’écart de prix entre le niveau le plus et bas le plus haut payé aux producteurs pour 100 kg de lait a atteint 12 € dans certains pays comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande et les pays baltes. Des États dans lesquels le marché intérieur est limité et qui ont une forte dépendance à l’égard des exportations. À l’inverse, un certain nombre de pays ont vu leurs prix à la production osciller dans une limite de 4 €. C’est le cas d’États où le marché intérieur est plus conséquent et surtout dont la production est utilisée pour produire des fromages comme l’Italie, la France, l’Espagne ou le Portugal. A cela s’ajoute qu’en France, l’offre est gérée par les transformateurs. Mais cela ne veut pas pour autant dire que les producteurs sont mieux payés.
Aucun intérêt pour les stocks publics d’intervention de poudre
La Commission européenne a une nouvelle fois rejeté toutes les offres qu’elle a reçues lors de son sixième appel d’offres pour la vente de quelque 22 000 t de poudre de lait écrémé issues des stocks d’intervention. Une décision soutenue à l’unanimité par les experts des États membres le 9 mars. Les offres ont été reçues pour la plus petite quantité depuis l’ouverture de cette procédure d’appel d’offres (136 tonnes) provenant de deux États membres (France et Pologne). Les prix offerts variaient entre 165 et 166,87 €/100 kg alors que le prix du marché est de 193 €/100 kg. « Les prix et les volumes proposés montrent qu’il n’y a aucun intérêt réel pour ces produits, ce qui est compréhensible étant donné l’offre abondante de poudre de lait fraîchement produite disponible sur le marché », ont expliqué les services bruxellois.
Seules 40t ont été vendus jusqu’à présent. C’était lors du premier appel d’offres en décembre. Un nouvel appel sera clos le 21 mars. « Je veux dire très clairement qu’en aucun cas la Commission ne vendra ces stocks tant que le prix n’atteindra pas un niveau juste. Nous sommes résolus à ne pas perturber le marché », a commenté le commissaire européen Phil Hogan lors de son intervention devant la fédération des producteurs de lait français (FNPL) le 16 mars à Langres.