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Etats Unis L'amande californienne ne craint pas la sécheresse

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La progression fulgurante du secteur des amandes en Californie repose sur une alliance savante entre industrie, science et marketing. La sécheresse actuelle pèse au niveau des producteurs mais ne fait guère d'ombre pour l'instant à la prospérité du secteur dans son ensemble.

CETTE année encore, les indicateurs de la production californienne d'amandes sont au sommet : 954 000 tonnes récoltées, pour une valeur record de 5,77 milliards de dollars (4,6 Mrd€), et un prix moyen au producteur qui atteint son plus haut niveau depuis 20 ans : 6,39 dollars/kg (2,90 $/lb). À elle seule, la Californie produit l'équivalent de 82 % de la demande mondiale et assure presque toute la consommation des Etats-Unis. C'est le fruit de vingt ans de progression aux cours desquels surfaces et rendements ont doublé, la production quadruplé, tandis que triplait sa valeur par hectare.

Cette troisième année consécutive de sécheresse dramatique a de nouveau fait trembler les producteurs, sans pour autant pénaliser la dynamique générale du secteur. C'est que le succès de cette production en Californie est savamment construit pour s'assurer au moins à moyen terme, un avenir prospère.

D'abord, la Californie a un atout naturel majeur – son climat méditerranéen – et un atout historique : ses infrastructures d'irrigation dans lesquelles elle a très tôt investi. Cela change tout : les rendements dépassent les 2 500 kg/ha en Californie et en Australie où les champs sont majoritairement irrigués, alors qu'en Espagne ils plafonnent à 70 kg/ha. Mais l'eau ne suffisait pas, il fallait de la technique.

20 M$ pour la recherche agronomique

« En tant qu'industrie, nous avons développé des liens étroits avec la recherche, en particulier avec UC Davis (University of California, Davis), cotée première université agricole du monde », raconte Richard Waycott, p.-d.g. du Almond Board of California qui rassemble presque tous les producteurs et transformateurs d'amandes de l'État. Depuis 1973, l'Almond Board of California a investi 20,3 millions de dollars dans plus de 250 projets de recherche agronomique qui ont contribué à intensifier la production. Cet effort de recherche est le premier pillier de l'investissement massif de l'industrie californienne dans son succès.

Le deuxième pilier de la réussite de l'industrie californienne, c'est une demande en hausse continue depuis 10 ans. Un phénomène pour partie organique, mais aussi poussé par la profession. « C'est le fruit des quinze dernières années, où nous avons travaillé sur la recherche en santé et nutrition », analyse Richard Waycott. Depuis 1995, l'Almond Board of California a injecté 18,3 M$ dans le financement de 80 projets d'études sur les bienfaits des amandes pour la santé. Leurs résultats font partie intégrante de la stratégie marketing de l'organisation.

Marketing axé sur la santé

Et le message a fait mouche : aux Etats-Unis, « les amandes, première noix consommée par les Américains sont désormais considérées un snack sain et de haute qualité », selon l'Almond Board of California ; leur consommation par tête a doublé en 20 ans. L'Europe, vers laquelle la Californie expédie 27% de sa production, semble s'y convertir progressivement, notamment grâce à une campagne publicitaire lancée en 2013, des partenariats avec des personnalités médiatiques, des bloggers et des professionnels du fitness, axés sur le message santé.

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Récolte 2013/14 : 954 000 tonnes Surfaces : 350 000 hectares d'amandiers en production Rendement : 2 680 kg/ha Exportations : avec 3 387 M$ en 2012, les amandes sont en valeur en tête des exportations agricoles de Californie, devant le vin et le raisin (2 085 M$).

Dans l'immédiat, l'industrie californienne ne voit tout simplement pas de pays producteur en mesure de la détrôner. Même son premier rival, l'Australie, est loin derrière avec ses 7% du marché.

Demande, offre et prix à la hausse

La situation étonne même les professionnels : « C'est contre-intuitif, pose David Doll, conseiller technique à l'extension de Merced de UC Davis : la demande ET l'offre augmentent simultanément, de même que les prix ». Conséquence, la production d'amandes, historiquement rentable malgré les instabilités annuelles, reste une production hautement rémunératrice pour les producteurs locaux. Depuis 2008, le rendement brut à l'hectare a plus que doublé, pour atteindre 16 968 $/ha. Toutefois, les coûts annuels de production élevés – 9 081 $ha/an, selon une modélisation réalisée en 2012 dans la vallée de Sacramento – réduisent le rendement net à 976 $/ha. Par ailleurs, le coût d'établissement d'un verger doit, lui aussi, être amorti. « Si vous m'aviez demandé, il y a trois ou cinq ans, si le secteur allait continuer à grimper, je vous aurais dit non... et j'aurais eu tort », sourit Karen Klonsky, du département Agricultural and Resource Economics de UC Davis, auteur de ces études de coûts de production locaux. Mais lorsqu'on lui demande si la Californie est toujours le paradis pour les producteurs d'amandes, elle répond : « S'il n'y avait pas le problème de la sécheresse je vous aurais dit oui ».

Résilience

Cette troisième année de sécheresse ne menace guère, dans l'immédiat, l'équilibre général de l'industrie californienne ni sa place de leader mondial. C'est au niveau de chaque exploitation qu'elle rend les choix plus risqués : celui de produire ou non des amandes, d'arracher un peu prématurément une parcelle ou de sacrifier certaines productions annuelles pour maintenir son verger. La sécheresse pèse aussi directement sur les coûts d'exploitation car le rendement peut être réduit, mais aussi parce que le manque d'accès à l'eau de surface a poussé un certain nombre de producteurs à forer plus profond pour chercher l'eau dans les nappes dont les niveaux sont au plus bas, ou à creuser de nouveaux puits.

Aucun producteur n'en est pourtant encore à mettre la clé sous la porte et les surfaces de vergers arrachées au printemps resteront probablement dans la fourchette habituelle. Notamment parce que la richesse créée ces dernières année garantit une certaine résilience et permet aux producteurs... de forer plus profond pour continuer à irriguer en quantités satisfaisantes. À terme, le risque associé au manque d'eau pourrait surtout éliminer du jeu ceux qui n'ont économiquement pas accès à suffisamment d'eau, et redistribuer géographiquement l'emplacement des amandiers dans la Central Valley.