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Recherche L’amélioration des plantes indispensable à la production de biomasse

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De la plante au produit. C’est cette voie qui permettra à l’utilisation de la biomasse par l’industrie de réellement connaître un essor. Pour les chercheurs de tous horizons réunis au sein de l’atelier de réflexion « Quels végétaux pour la biomasse du futur ? », l’amélioration des plantes et des techniques industrielles doit être menée de conserve.

L’Atelier de réflexion prospective (ARP) VegA « Quels végétaux pour la biomasse du futur ? » financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), a rendu, mercredi 13 janvier, ses conclusions après deux années de travaux. Pour ces experts, issus des agences de recherche publiques (Inr, CNRS, CEA…) mais aussi des Instituts techniques agricoles et du secteur privé, l’essor des bioproduits dans les années à venir tiendra au développement de plantes adaptées. Les espèces déjà cultivées comme le maïs, les oléagineux (colza, tournesol…) ou les ligneux (peuplier, pin…) restent les meilleures cibles pour développer la production de biomasse. Le potentiel d’espèces sauvages comme le miscanthus ou les micro-algues marines doit encore être confirmé. Selon des scenarii prospectifs de l’Inra, il faudra mobiliser d’ici quelques dizaines d’années entre 270 millions et 1 milliard d’hectare dans le monde pour la production de carbone renouvelable (biocarburants, bioplastiques…). Pour Agnès Kammoun, chef de projet ARP VegA à l’Inra, « il faut donc s’attendre à des tensions très fortes sur les surfaces agricoles ».

Cultures dédiées ?
Les orientations qui sont sorties de ces deux années de travaux devraient servir à lancer des appels à projet pour les années à venir. Les principaux efforts de la recherche devront porter sur l’amélioration des plantes cultivées et sauvages et des voies industrielles de transformations de la biomasse… le tout dans le respect de l’environnement. Sur le volet de l’amélioration des plantes, quelques exemples montrent qu’il n’y a pas de recette miracle. Dans certains cas, des cultures dédiées sont nécessaires et dans d’autres pas. L’amidonnerie fonctionne aujourd’hui avec les mêmes variétés de blé que les filières alimentaires. Au contraire, le tournesol à « haute teneur oléique » développé pour l’alimentation et la production de biodiesel doit être cultivé sur des parcelles différentes du tournesol classique pour éviter tout croisement entre les variétés.
Quant aux espèces sauvages dignes d’intérêt comme le miscanthus en Europe ou le Swich grass aux États-Unis, « je suis convaincu que nous allons pouvoir bénéficier des progrès génétiques de ces 20 dernières années pour avancer très rapidement sur l’amélioration de ces plantes », indique Hélène Lucas, chef du département de génétique et d’amélioration des plantes de l’Inra.

Recherche finalisée
Pour Valérie Lucas responsable innovation de l’Union des industries chimiques, « aujourd’hui, l’industrie chimique française utilise 400 millions de tonnes de carbone par an. Au maximum on en substituera 25% avec du carbone renouvelable ». Les industriels de la chimie se sont engagés lors du Grenelle de l’environnement à intégrer 15%M de carbone renouvelable dans leur production d’ici 2017. Problème : « Il y a un décalage entre les besoins immédiats de l’industrie et le temps de la recherche. Il y a un risque que, quand les plantes nécessaire auront été mises au point, les molécules qu’elles produisent ne soient plus utiles pour l’industrie », souligne Bernard Mompon, directeur général de la société Archimex. C’est pour cela que « les industriels de la chimie doivent s’impliquer davantage dans la recherche fondamentale pour l’enrichir des applications possibles », répond Isabelle Ricco-Lattes, directrice du programme « Chimie pour le développement durable » au CNRS. Actuellement, les bioproduits remplace simplement des produits issus de la pétrochimie. Le défi pour l’avenir sera également de produire des matériaux, fluides (solvant, lubrifiants) ou intermédiaires qui soient totalement nouveaux. « Il faut laisser une place dans nos programmes de recherche pour ces innovations de rupture », confirme Michael O’donohue, directeur de recherche de l’Inra.

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