L’industrie française de la charcuterie commençait à se structurer dans le sillage de groupes importants comme Nestlé et Sara Lee, mais pour de tels fabricants de grandes marques, il n’est plus tolérable de se faire déborder par la montée des MDD et du hard-discount qui n’autorisent pas les mêmes standards de rentabilité.
Ainsi, le groupe américain de grande consommation Sara Lee veut-il continuer de se désengager de l’Europe dans le cadre d’un vaste plan de réorganisation. L’entreprise de Chicago en a fait l’annonce en commençant, à la mi-janvier, par citer les marques Dim et Playtex et l’ensemble de ses activités textiles sur le Vieux continent et il vient de parachever l’effet de surprise en parlant de vendre aussi ses activités de charcuterie en France (Aoste, Justin Bridou,…) et au Benelux (Imperial).
La lingerie féminine et la charcuterie en Europe ne font plus suffisamment recette pour les actionnaires de Sara Lee dont la nouvelle stratégie, pour faire progresser les marges, est de traquer toutes les activités trop peu rentables pour les sortir de son périmètre. Le groupe a nommé dans ce but Brenda Barnes, une femme de tête, semble-t-il, pour succéder à l’actuel p.-d.g. Steve McMillan au cours des prochains mois.
Brenda Barnes, qui après en avoir conçu le plan l’an passé, est chargée d’orchestrer cette réorientation stratégique, va alléger de plus de 8,2 milliards de dollars le chiffre d’affaires actuel (19 milliards) du groupe familial américain. Outre des désengagements importants dans le commerce de détail et dans le textile aux Etats-Unis et en Asie, Sara Lee va donc s’alléger considérablement en Europe en ne gardant dans l’alimentaire que trois activités dont les croissances sont les plus élevées : café (Douwe Egberts, Maison du Café), boulangerie (Croustipâte) et snacks (Benenuts, …) A l’heure actuelle son projet de vendre son textile et sa charcuterie en Europe l’amputerait de respectivement 1,8 milliard et 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires. Une « broutille » par rapport aux autres cessions mais une révolution à notre échelle hexagonale !
Les méfaits de l'euro fort et des marges arrières
Le groupe de Chicago n’a pas détaillé dans quelle mesure ces activités n’étaient pas rentables, mais c’est le Vieux continent et son euro fort qui ont causé un avertissement sur résultats en janvier. Le textile souffre d’une vive concurrence dans le commerce de détail et de faibles dépenses des consommateurs européens, tandis que la charcuterie, avec des rythmes de croissance affaiblis par l’atonie de la consommation, est affectée par le coût des matières premières et, en tout cas en France, par le handicap croissant que constituent pour les grandes marques les marges arrière exigées par la grande distribution.
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Au-delà de ses autres motivations, « l a décision de Sara Lee de revendre le Groupe Aoste est un effet collatéral de la Loi Galland qui a fini par empoisonner la vie de telles entreprises », commente un professionnel du secteur. Le salut, en attendant, pour les transformateurs de viande ne peut provenir que des MDD ou des circuits alternatifs aux GMS comme la restauration, le BtoB, etc.
Pour un groupe – même familial comme Sara Lee – il est devenu impératif de dégager des profits supérieurs à ce que lui rapporte une part de son portefeuille européen. Sans avoir les ambitions de Procter & Gamble avec son OPA sur Gillette, ou des trois géants Unilever, Nestlé et Danone qui courent après un résultat net avant impôt de 15%, Sara Lee veut désormais miser sur des marchés de grande consommation qui puissent lui procurer un résultat de plus de 12% d’ici 2010 (contre 9,9% aujourd’hui et 8% seulement en charcuterie).
S’il est trop tôt pour évaluer le nombre d’emplois qui pourraient être supprimés, ni même si les marques en vente ont déjà des acheteurs potentiels, il est clair que les événements vont se précipiter d’ici le prochain semestre. Puisqu’ils sont entre Américains, il est possible que le groupe Smithfield, déjà très présent en France (Société bretonne de Salaisons, Jean d’Erguet et, depuis l’an dernier, Caby,…), ainsi qu’au Royaume-Uni, en Pologne et en Roumanie, se mette sur les rangs pour la reprise au moins du groupe Aoste (anciennement Reybier). A moins que la présence de Herta dans le portefeuille de Nestlé n’incite la multinationale suisse à faire davantage dans ce secteur difficile et plutôt considéré jusqu’ici comme l’apanage des PME …
Une division basée à Utrecht
Quoi qu’il en soit, Brenda Barnes a dévoilé son plan qui réorganisera le groupe en trois divisions seulement : deux pour l’Amérique du nord, North American Retail (boulangerie, café, viandes avec un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dollars) et North American Foodservice (boulangerie, café et viandes avec un CA de 2,2 Mds $) et un pôle Sara Lee International (boulangerie, boissons, textile et filiales viandes transformées européennes avec 4,6 Mds $). Ce pôle international sera basé à Utrecht aux Pays-Bas, Brenda Barnes précisant : « 2005 sera consacré aux désengagements, 2006 à la refonte et aux synergies en interne, et nous envisagerons des acquisitions à partir de 2007-2008 ».