À l'initiative de l'Inra, plusieurs centres de recherches et entreprises privées des phytos et des biotechnologies se sont associés dans un consortium public-privé sur le biocontrôle, lancé le 26 février au Salon sous l'égide du ministère de l'Agriculture. Objectif : offrir aux agriculteurs des méthodes alternatives aux produits phytosanitaires tout en développant cette nouvelle industrie qu'est celle du biocontrôle.
Le consortium public-privé pour développer l'industrie du biocontrôle, lancé le 26 février au Salon sous l'égide du ministère de l'Agriculture, associe notamment l'Inra, l'Acta (tête de réseau des instituts techniques agricoles), le ministère de l'Agriculture, Bayer, Koppert France (solutions naturelles améliorant la santé, la résistance et la production des cultures). Il vise à offrir aux agriculteurs des méthodes alternatives aux produits phytosanitaires, et à consolider le secteur français du biocontrôle, « source de richesses et d'emplois », souligne l'Inra.
Dans son discours de présentation du consortium, le ministre Stéphane Le Foll a insisté sur l'innovation en matière organisationnelle : l'innovation doit porter aussi sur la capacité du monde scientifique à transférer les connaissances aux agriculteurs.
Porter la part du biocontrôle de 5 % à 15 % du marché
Le recours au biocontrôle « est une formidable opportunité pour les agriculteurs mais aussi pour les entreprises françaises à qui il offre des opportunités économiques prometteuses », a déclaré le ministre.
L'industrie française du biocontrôle a réalisé, en 2013, un chiffre d'affaires de 110 millions d'euros et a généré plus de 5 500 emplois, directs ou indirects, selon le ministère. La présente initiative devrait permettre de porter, à l'horizon 2020, la part du biocontrôle à 15 % du marché français de la protection des cultures (5 % aujourd'hui) et à multiplier par quatre les emplois générés par cette industrie, a-t-il ajouté.
Pour relever ce défi, il sera nécessaire de combiner une grande diversité de solutions allant de la sélection variétale au changement des pratiques et des systèmes de production agricole, comme « l'allongement des rotations des cultures et la diversification des assolements ou le recours aux méthodes de biocontrôle dans le cadre plus général de la lutte intégrée », ont indiqué conjointement l'Inra et le ministère de l'Agriculture dans un communiqué.
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Le biocontrôle fait bon ménage avec les techniques de criblage à haut débit
Stéphane Le Foll a répondu à ceux qui disent que les solutions alternatives « ne sont pas si simples », en recourant à une analogie avec le moteur à explosion et le véhicule électrique : ce n'est pas parce que le moteur électrique pour les véhicules n'a pas atteint les performances du moteur à explosion qu'il faut abandonner la R&D (recherche-développement).
Pour sa part, François Houllier, p.-d.g. de l'Inra, a indiqué que le biocontrôle « n'est pas radicalement nouveau », mais que ce secteur émergent a atteint un stade de « début de maturité ». Notamment parce que l'action des stimulateurs de défenses des plantes, tels les éliciteurs, peut maintenant se révéler efficace, a-t-il expliqué. Un éliciteur est une molécule produite par un agent pathogène des plantes ou un ravageur, qui induit chez une plante la production de phytoalexines et par extension, une molécule qui déclenche les mécanismes de défense des plantes avec production de substances défensives.
Avec ses firmes et ses PME dans ce domaine, la France « dispose de pépites » qu'il serait « dommage de laisser perdre », a-t-il constaté. Enfin, le biocontrôle « n'apporte pas tout ». Il faut aussi compter sur des technologies comme le criblage des molécules à haut débit pour trier celles qui présentent un intérêt et éviter de le faire à l'aveugle et de perdre ainsi du temps, a poursuivi le p.-d.g. de l'Inra.
La finalité pratique des recherches a été rappelé par Jean-Pierre Princen, président d'IBMA France, association professionnelle regroupant les entreprises du biocontrôle : « Nous avons besoin d'innovation dans les produits et les systèmes de culture ».
Ce consortium est pour l'instant un cadre assez général. Les intentions qui y figurent seront concrétisées dans une feuille de route : quel rôle pour chacun des partenaires du consortium, a commenté Gérard Thomas, directeur technique de Syngenta.