Abonné

L’année 2016, une année sacrifiée pour le secteur laitier

- - 5 min

Difficile de dire quand le prix du lait va remonter. Une chose est sûre, l’année 2016 ne verra pas d’embellie. Bien au contraire. De nombreuses exploitations risquent bien de mettre la clef sous la porte dans les mois à venir. Par contre, l’année 2017 pourrait bien voir l’horizon s’éclaircir. Tout dépendra du comportement de certains pays européens.

L’année 2016, « une année sacrifiée ! ». C’est ainsi que la qualifient certains acteurs du secteur laitier, avec « les fondamentaux lourds du marché ne trouvant pas de nouveaux éléments pour permettre un rebond des cours durable », selon Agritel. « Dans ce contexte de prix peu porteurs, les niveaux de production pourraient marquer une pause dans la hausse », est-il écrit dans la lettre d’information économique de l’organisme en date du 11 avril. Effectivement, « la situation dégradée des marchés est liée à une surproduction laitière au sein de l’Union européenne », observait Benoit Rouyer, économiste au Cniel, le 4 avril dans la vidéo de conjoncture mensuelle mise en ligne par l’interprofession. Il citait une hausse de la production de 3,4 % depuis le 1er avril 2015, « avec une progression accentuée ces derniers mois : +5,6 % en décembre 2015 et +4,6 % en janvier 2016 ». De plus, entre hausse et baisse, les productions des pays tiers comme la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, l’Australie ou l’Argentine se compensent. Ainsi, « l’offre ne progresse pas vraiment chez nos concurrents des pays tiers », constatent Benoit Rouyer et Philippe Chotteau, chef du département économie à l’Institut de l’élevage (Idele), le 12 avril lors de la journée Grand Angle Lait, organisée par l’Idele. « Le commerce mondial se maintient en volume malgré le recul de deux marchés clefs, la Russie et la Chine », continuent-ils.

La surproduction européenne à l’origine de la baisse du prix du lait

Avec la sortie des quotas, la hausse de quelques pourcents de la production européenne a donc fait basculer le marché à la baisse. Trop d’offres face à une demande plutôt stable. Seule solution : marquer la fameuse « pause » dans la production européenne dont parle Agritel. « Pour que les cours se réveillent un peu, il faut que la croissance de la production européenne s’arrête », estime Gérard You, chef de service conjoncture laitière à l’Idele. Bruxelles semble avoir pris conscience de la problématique. Pour autant, si la France défend une régulation de la production, d’autres pays n’ont pas vraiment envie d’arrêter d’inonder le marché, comme l’Irlande (+33 % en janvier et février/2015). « Un ralentissement de la production irait à l’encontre des investissements entrepris et de l’évolution récente du cheptel », observait Philippe Chotteau, le 12 avril. Entre l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark ou l’Irlande, ce sont plus de 20 millions d’euros d’investissements concernant les produits laitiers secs, entre 2012 et 2015, qui ont été annoncés dans la presse, rapporte-t-il. Et la taille des cheptels a aussi progressé dans ces pays-là (+9 % en Irlande en 2015). Difficile donc pour ces pays ayant tablé sur la production laitière de déjà la freiner. Pourtant, l’Allemagne commence à décapitaliser avec un « boom des réformes » de vaches laitières, selon la lettre économique Tendances lait et viande de l’Idele d’avril. D’après la publication, « sur les quatre premières semaines de mars, les abattages de vaches ont fortement augmenté (+11 %/2015 et +18 %/2014) », en lien avec la mauvaise conjoncture laitière. « À l’est de l’Europe, des pays vont caler », imagine Gérard You. En France, il table sur une stabilisation de la collecte pour 2016. « Les transformateurs ont mis le holà », continue-t-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Une possible reprise mi 2017, mais…

La reprise du marché va dépendre de la capacité de résistance des entreprises face aux prix bas. « En Irlande, un accident climatique, comme une année très humide, pourrait faire reculer la production », analyse Gérard You. De plus, certains collecteurs commencent à diminuer le prix du lait, faute de pouvoir jouer encore longtemps « un rôle tampon ». Aux Pays-Bas, les éleveurs vont probablement réajuster leur cheptel mais ils attendent l’instauration d’une réglementation contraignante sur les émissions de phosphate, basée sur des quotas de vaches, d’où une forte capitalisation, selon lui. De plus, les transformateurs ont les reins solides. « Ils continuent à proposer un prix du lait au moins aussi bon qu’en France », est-il écrit dans Tendances. Pour Gérard You, « au Danemark, les éleveurs et transformateurs sont exsangues sur le plan financier. En Belgique, le prix du lait est épouvantable. Vont-ils tenir encore longtemps ? En Italie, la même question se pose sur le créneau du lait standard. Dans tous les cas, la variable d’ajustement sera le rythme des cessations d’activité des élevages ». Il imagine un arrêt de la croissance laitière européenne pour le début du deuxième semestre 2016 et un « réveil du marché un peu au début de 2017 du fait de la saisonnalité des grands pays laitiers, mais plutôt mi-2017 ». Rien n’est dit dans tous les cas puisque comme le fait remarquer un acteur du secteur : « Tout va dépendre aussi des décisions européennes », qui influenceront le marché, sans parler d’un éventuel accident climatique en Nouvelle-Zélande ou d’une détente politique entre l’Europe et la Russie. Pour autant, l’eldorado chinois est à prendre avec des pincettes, surtout dans un contexte économique « de lourdeur général ».