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Exportations L’année des records pour les céréales françaises

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Alors qu’un vent de pessimisme couvre les analyses du commerce extérieur français, le marché des céréales affiche des records. Suite au retrait de la Russie du marché mondial du blé tendre, la France a connu des niveaux inégalés d’exportation en 2010-2011. Le chiffre de 12,1Mt exportées vers les pays tiers a été évoqué dernièrement par FranceAgriMer lors de son conseil spécialisé pour les céréales, le 9 février à Montreuil. D’autres productions, tels le blé dur, ou l’orge ont aussi profité de bons débouchés à l’export.

«Les grèves touchant les principaux ports français ces derniers temps n’ont pas eu tendance à freiner les exportations françaises. En revanche, elles renchérissent la gêne des éleveurs quant à leurs achats de matières premières importées », a indiqué Rémi Haquin, président du conseil spécialisé de FranceAgriMer pour les céréales, lors de sa réunion mensuelle le 9 février. Ce dernier a d’ailleurs affiché un bilan prévisionnel des exportations françaises de blé tendre encore en hausse ce mois-ci vers les pays tiers.

Stocks réévalués en fin de campagne

« Une collecte haussière en blé tendre, près de 80% au 1er janvier, à 25,779Mt, et une baisse de son utilisation en alimentation du bétail, au profit du maïs et de l’orge, permet de rehausser les prévisions d’exportations françaises vers pays tiers à 12,1Mt, contre 11,8Mt un mois plus tôt », a indiqué Christian Vannier, directeur de l’animation des filières chez FranceAgriMer. Une hausse d’environ 300 000t, qui, selon les spécialistes, ne devrait pas changer fondamentalement la tendance de marché. La preuve, le relèvement des stocks de fin de campagne passant de 1,968Mt, il y a un mois, à 2,212Mt aujourd’hui, n’a pas déprimé les prix affichés sur le marché à terme pour la prochaine récolte. Cependant, les responsables de FranceAgriMer se sont voulus rassurants en indiquant que les bilans construits par l’organisme tenaient compte des besoins domestiques français. De plus, Christian Vannier a insisté sur le fait que les opérateurs qui souhaiteront acheter du blé tendre pourront le faire jusqu’à la fin de la campagne, mais a rappelé que les prises de position devraient être opérées rapidement afin d’éviter d’acheter sur des prix encore plus hauts.

Des exportations régulées par les marchés

« Aujourd’hui la France a exporté ou contractualisé 11Mt de blé tendre à l’export vers les pays tiers et cela pourrait aller jusqu’à 12,5, voire 13,5Mt. Cependant, la compétitivité des origines françaises sera conditionnée par les parités euro/dollar », explique Didier Nedelec, directeur d’InVivo marchés des grains. Selon lui, au-dessus des 12,5Mt, la période de soudure pourrait s’avérer tendue en France. « Mais l’efficacité du marché devrait réguler les échanges par les prix. D’ailleurs, le dernier appel d’offre égyptien n’a pas été emporté par les origines françaises, car elles se situaient 7 à 8$/t au-dessus de leurs concurrents », a indiqué Didier Nedelec. Ce dernier fait remarquer que, « aujourd’hui, on observe une spécialisation des grandes régions de production. L’Amérique du nord trouve son avantage comparatif avec le maïs, l’Amérique du sud est sur le soja et la grande Europe, la France plus la mer Noire, sur le blé tendre. A terme, la fourniture du marché mondial du blé tendre pourrait se jouer principalement entre pays de l’Europe élargie aux pays comme l’Ukraine, la Russie ou le Kazakhstan ». Enfin, Didier Nedelec insiste sur le fait que les tensions actuelles sont le fruit d’un manque d’investissement dans l’agriculture en général. D’après lui, malgré un message clair des marchés agricoles en 2007/2008, qui avait incité à réinvestir sur ce secteur, les deux bonnes années qui ont suivi ont ralenti l’intérêt pour ces investissements.

Des exportations qui devraient se maintenir sur de bons niveaux

« Depuis deux ans, les exportations françaises de blé tendre panifiable tournent aux alentours des 9Mt et cette année on parle de 12Mt. Malgré tout, cela reste difficile à anticiper », indique Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export Céréales. Il explique que ce qui était déjà exporté physiquement est bien déterminé grâce aux relevés des douanes, mais qu’en revanche, les volumes contractualisés pour des livraisons à terme sont plus difficiles à estimer. Cependant, selon lui, « les exportations devraient atteindre des niveaux records cette année en blé tendre avec près de 30% de la production française à destination des pays tiers. Le blé dur connaît aussi une bonne année avec l’arrivée du Maroc aux achats sur des origines françaises, en raison d’une qualité canadienne Quad1 moins disponible sur le marché cette campagne. Enfin, les orges françaises de qualité brassicole ont connu de bons débouchés vers les malteries chinoises, avec environ 400 000t exportées. La France devenant ainsi 2e pays fournisseur de la Chine en orge de brasserie, devant le Canada. Enfin, les orges fourragères françaises ont été très demandées par l’Arabie Saoudite principalement ».

L’export vers pays tiers n’est plus une variable d’ajustement

« Afin de consolider nos exportations de céréales vers les pays tiers, qui depuis trois ans sont sur de bons niveaux, au moins en ce qui concerne le blé tendre, il va falloir s’adapter », explique Jean Pierre Langlois-Berthelot. C’est-à-dire produire, car ces débouchés ne peuvent plus être considérés comme des variables d’ajustement vu leurs volumes, selon le président de France Export Céréales. Il signale en outre qu’il va falloir répondre aux exigences qualitatives de ces clients afin de rester compétitif en termes de prix, mais aussi de qualité. « Chaque année, les consommations de céréales augmentent de 2,4% au niveau mondial », indique Didier Nedelec expliquant cette hausse par l’augmentation des revenus dans les pays émergents dont les populations ont tendance à consommer plus de produits d’origine animale. Mais pour lui, les pays structurellement déficitaires devraient mettre en place de façon croissante
des politiques agricoles incitant à l’investissement dans l’agriculture. Selon lui, « la création d’un prix d’intervention pour le blé en Algérie, équivalent à deux fois le prix mondial, devrait inciter aux investissements agricoles, et permettre l’émergence de politiques agricoles dans les pays structurellement déficitaires ». Les exemples du Maroc, avec son plan Maroc Vert, ou les annonces de la Chine, qui compte investir 1,44Mds€ dans son agriculture pour lutter contre la sécheresse et produire plus, démontrent qu’une tendance aux politiques agricoles se dessine dans les pays émergents.

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