Au terme d’un processus de négociations à rebondissements, un « accord définitif » a été signé entre Boizel Chanoine Champagne (BCC) et les actionnaires de Lanson International selon un communiqué de BCC : « l’acquisition de 99,9% » du capital de Lanson, « moyennant un prix de 122,7 millions d’euros ». La transaction devrait être financée par un endettement bancaire ainsi qu’une recapitalisation de BCC – société cotée au second marché. Si l’opération reste encore soumise à l’approbation des autorités de la concurrence, le comité d’entreprise de Lanson International a ouvert la voie au processus de rachat en formulant un « avis motivé » au cours du comité central d’entreprise du 19 janvier dernier. Les élus ont pu constater que ni le démantèlement de Lanson, ni aucun plan social ne semble être à l’ordre du jour.
La messe est dite. Lanson International change de mains : Boizel Chanoine Champagne (BCC) a conclu un « accord définitif » avec les actionnaires du groupe. Le nouveau propriétaire de la prestigieuse maison de Champagne annonce dans un communiqué « l’acquisition de 99,9 % » du capital « moyennant un prix de 122,7 millions d’euros ». Un dénouement attendu, qui met un terme à plus de six mois de suspens et de longues négociations riches en rebondissements Cf. Agra alimentation n°1911 du 5 janvier 2005, p.18. Pour avaler le bœuf Lanson (220 millions d’euros de chiffre d’affaires), la grenouille BCC (91,24 millions d’euros de chiffre d’affaires) va inévitablement avoir recours à l’endettement, appuyée par un pool bancaire qui réunit le Crédit agricole du Nord-Est et le Crédit lyonnais. Pour financer cette transaction, « l’émission d’obligations remboursables en actions (ORA) souscrites par le groupe Caisse d’épargne » est également prévue, précise le communiqué. Une augmentation de capital à hauteur de 23 millions d’euros qui devra être entérinée le 30 janvier prochain par une assemblée générale des actionnaires de BCC, maison de champagne cotée au second marché.
Pas de démantèlement en vue
Même si l’opération reste encore soumise à l’approbation des autorités de la concurrence, le comité d’entreprise de Lanson International a ouvert la voie au processus de rachat en formulant un « avis motivé » au cours du comité central d’entreprise du 19 janvier dernier. Les représentants du personnel, qui déploraient au début du mois de n’avoir aucun élément pour se prononcer, ont finalement pu disposer d’un « business plan » concocté par BCC. Les « élus du personnel regrettent que le repreneur pressenti soit aussi peu disert sur l’intérêt de l’opération pour son groupe », et notent dans leur avis – dont Agra alimentation s’est procuré une copie – « que le projet (de BCC) exclut toute hypothèse de démantèlement des sites (…), de cession de marque(s), (…), de revente massive de stocks (…), d’une quelconque redistribution de nos contrats d’approvisionnement à des tiers. » Point crucial qui concentrait toutes les inquiétudes du côté des salariés de Lanson, aucun plan social ne serait prévu dans un premier temps. De 2005 à 2008, « les charges de personnel devraient passer de 25,7 millions à 23 millions d’euros, essentiellement en raison des départs naturels en retraite et d’une diminution de la rémunération de la direction », confie Dominique Lemaire, secrétaire du comité d’entreprise (CE) de Champagne Lanson.
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Un groupe « déjà surcapitalisé »
Mais les élus n’en perdent pas moins de leur faconde : ils dénoncent une « démarche spéculative » des actuels actionnaires de Lanson International, la famille Mora (56 %) et la Caisse nationale des Caisses d’épargne (44 %). Le montant « disproportionné et dénué de sens » de cette vente, « au vu des multiples valorisations qui ont été effectuées depuis plusieurs années » et la reprise des 410 millions d’euros de dettes de Lanson par BCC permet effectivement à chacun des actionnaires de sortir de cette affaire sans y avoir laissé des plumes. Restent des interrogations sur le devenir de ce groupe « déjà économiquement surcapitalisé et (qui) possède certains actifs dont la valorisation est actuellement douteuse » selon l’avis du comité d’entreprise. Pour rassurer les syndicats, Bruno Paillard, p.-d.g. de BCC a démenti toute idée de vente par appartement de Lanson. « Le groupe a besoin d’une remise en ordre car il est en mauvaise santé», martèle le dirigeant. La vente de quelques cols des imposants stocks de Lanson (56 millions de bouteilles) serait envisagée. Le nouvel acquéreur doit également préciser une stratégie pour déboucher l’horizon commercial d’un groupe qui a subi en 2004 une perte nette de 10 millions d’euros. Et comme le rappelle le CE de Lanson, ne pas oublier que « devenir le deuxième groupe de champagne n’est pas une fin en soi »…