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L’AOP beurre Charentes-Poitou fait le pari de l’autonomie

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L’AOP beurre Charentes-Poitou renforce son cahier des charges avec de nouvelles contraintes pour les producteurs de lait, notamment sur l’autonomie fourragère. Malgré des délais obtenus avant sa mise en application, certains ont manqué le virage.

De nouvelles exigences se sont ajoutées au cahier des charges de l’AOP Beurre Charentes-Poitou dans l’optique de développer l’autonomie de la zone de production. Les producteurs de lait engagés ont désormais l’obligation de se fournir exclusivement en fourrages sans OGM et issus des cinq départements composant l’aire géographique de l’AOP (la Charente, la Charente-Maritime, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Vendée). De plus, la ration totale annuelle du troupeau, en intégrant les concentrés, doit provenir au minimum à 80 % de la zone géographique. Comme les fourrages, les autres composantes de la ration doivent être sans OGM. Le maïs, composante essentielle du goût du beurre, doit représenter au minimum la moitié de la ration. Dans cette région de polyculture-élevage, chaude et sèche en été, la culture des céréales et des plantes fourragères est très développée et prend une place importante dans l’alimentation des vaches. L’usage de l’urée et ses dérivés sont interdits. Le nouveau cahier des charges comporte également divers impératifs pour le bien-être animal : aération des bâtiments, couchage souple, litière sèche…

Si ces contraintes peuvent sembler aller de soit pour une production sous AOP, c’est une petite révolution dans le Poitou et les Charentes. L’ancien cahier des charges — inchangé depuis la création de l’AOC en 1979 — portait presque exclusivement sur la transformation du beurre. Les seules obligations pour les éleveurs concernaient le dépistage de la tuberculose et de la brucellose. Afin de renforcer l’ancrage territorial de la production, le syndicat des laiteries Charentes-Poitou, qui est l’organisme de défense et de gestion de l’AOP, a entrepris de réviser les exigences du cahier des charges. Les premières réécritures datent de 2008. Le changement de cahier des charges est surtout l’occasion de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs. L’accent a donc été mis sur l’alimentation non-OGM et locale des animaux.

La moitié des producteurs engagés

Au terme d’un long processus, le cahier des charges révisé est finalement entré en application le 21 août 2022. Sa mise en place a nécessité un accompagnement des éleveurs, notamment sur la fin de l’alimentation OGM. Si les 1 500 producteurs de lait de l’aire géographique entraient dans l’ancien cahier des charges, seule la moitié (750 producteurs) est engagée dans le nouveau. « Certains ont besoin de temps pour adapter leur système », explique le directeur du syndicat des laiteries, Laurent Chupin. La période de transition avant l’obligation de se conformer au nouveau cahier des charges a d’ailleurs été prolongée (6 mois au lieu de 3), car trop peu de producteurs s’étaient engagés. « Il y avait beaucoup d’incertitudes chez les producteurs, en lien notamment avec la guerre en Ukraine », précise Laurent Chupin. Le nombre d’exploitations converties est aujourd’hui suffisant pour répondre à la demande et assurer les 30 000 tonnes de production annuelle, assure le syndicat. « Si d’autres producteurs veulent entrer dans le nouveau cahier des charges, ils seront les bienvenus. C’est toujours plus confortable d’en avoir plus », ajoute son directeur.

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Un transformateur rencontre pourtant des difficultés. La célèbre marque « Beurre de Surgères » n’appose plus le logo de l’AOP sur ses emballages depuis la fin de la période de transition entre les deux cahiers des charges, le 21 février. « Dans le contexte laitier et de sécheresse 2022, les éleveurs n’ont pas pu tous basculer, pour le moment, sur le nouveau cahier des charges, contraignant pour leurs exploitations. Et ce, malgré nos actions d’accompagnement et nos engagements de promotion long terme du label AOP Charentes-Poitou », explique la marque appartenant au groupe Savencia dans une réponse écrite à Agra Presse. Elle assure que le lait collecté chez les éleveurs engagés dans le nouveau cahier des charges reste transformé en beurre AOP pour les fabrications des marques Lescure et Maison Lescure, également produit à la beurrerie de Surgères. Un retour sous label AOP pour le beurre de Surgères ne peut pas être confirmé « à date », précise la marque. « Dans certaines situations, il peut y avoir eu des difficultés à convertir certains éleveurs. Je suis convaincu de la volonté de Savencia d’apposer de nouveau l’AOP quand elle aura la capacité de le faire », assure Laurent Chupin.

Au défi de la sécheresse

La revalorisation du prix du lait, induite par les nouvelles exigences demandées aux producteurs, pourrait inciter à l’avenir plus de producteurs à revoir leurs systèmes pour intégrer le cahier des charges. En effet, les producteurs engagés touchent une prime qui s’établit « entre 30 et 60 €/1 000 l », explique Laurent Chupin. Ce n’était pas le cas auparavant, rappelle le directeur de la laiterie coopérative de Pamplie, Daniel Arlot. « Il n’y avait pas d’exigence qui justifiait une prime », souligne-t-il.

Avec des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, la sécurisation des volumes de lait est un enjeu croissant pour les AOP. L’épisode particulièrement dévastateur de 2022 a contraint une vingtaine d’AOP laitières à demander une modification temporaire de leur cahier des charges. C’est le cas de l’AOP Beurre Charentes-Poitou qui a assoupli les exigences d’approvisionnement local de l’alimentation animale et de part de maïs dans la ration. Ce problème de manque de ressources locales ne risque-t-il pas de se poser régulièrement ? « Nous avons largement de quoi nourrir les vaches », assure le président du syndicat des laiteries, Patrick Roulleau, lui-même producteur de lait. Dans cette bataille, l’AOP a tout de même un avantage : son aire de production très étendue.

Répondre aux nouvelles attentes des consommateurs

Les producteurs engagés touchent une prime