Les chambres d’agriculture (APCA) ont évalué les politiques agricoles dédiées à la performance « environnementale ». Elles en tirent un livre blanc dans lequel elles proposent, à quelques jours de la clôture des États généraux de l’alimentation, la rénovation de quatre politiques : le PCAE (plan de modernisation), les Mesures agroenvironnementales (MAEC), les GIEE/groupes 30 000 Ecophyto, et le transfert de la recherche vers les agriculteurs.
Après cinq années marquées par l’agroécologie et la régionalisation, les Chambres d’agriculture (APCA) se sont prêtées à un exercice d’évaluation des politiques publiques agricoles, plus particulièrement celles qui portent sur l’accompagnement de la performance environnementale (PCAE, MAEC, Plan Bio, GIEE/groupes 30 000…).
Elles en tirent un « livre blanc sur la multiperformance ». À quelques jours du discours de clôture du second chantier des États généraux de l’alimentation (EGAlim) qui portent sur les pratiques agricoles, les chambres d’agriculture ont mis en avant quatre propositions à destination du gouvernement, lors de la présentation de ce livre blanc le 13 décembre.
PCAE : « ne pas écrire les innovations à l’avance »
Première proposition des chambres d’agriculture : rénover une partie du PCAE (plan de modernisation), en y accordant plus de place aux Régions, et en ouvrant les règles d’éligibilité. Profitant de l’annonce du plan d’investissement de 5 Mrd€ sur cinq ans, l’APCA propose de sanctuariser un fonds de 500 millions d’euros (crédits d’Etat) qui serait conduit selon de nouvelles modalités. Il serait mis en œuvre par les Régions dans le cadre du PCAE.
Dans ce fonds, l’APCA souhaite que ce ne soit plus le ministère de l’Agriculture qui écrive précisément la liste des investissements éligibles, mais les Régions réputées plus proches du terrain. L’APCA souhaite également que les listes d’investissements éligibles soient moins précises ; l’objectif est d’offrir un choix plus grand aux agriculteurs qui souhaiteraient investir dans des outils innovants. « Nous ne voulons pas écrire les innovations à l’avance, mais redonner aux exploitants leur capacité d’innover », a expliqué Sébastien Windsor.
Étendre l’aide à la conversion bio à d’autres transitions
Autre chantier de rénovation, les mesures agroenvironnementales (MAEC). L’APCA reproche aux MAEC d’imposer des changements de pratiques trop précis et coûteux, sans aboutir à de nouveaux équilibres économiques lorsque ce soutien se termine. Avec le risque de voir les agriculteurs revenir sur les pratiques mises en place à la fin de la MAEC, ou de mettre à mal leur équilibre économique.
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L’APCA propose de les remplacer par une « aide à la transition », voulue plus souple par l’APCA et qui permettrait d’accompagner des « prises de risque techniques ». Elle permettrait de « compenser de manière transitoire les pertes de revenu liées à l’introduction de nouvelles pratiques et les incertitudes de revenu et de production liées aux changements de systèmes », détaille l’APCA. Sur le principe, il s’agirait d’étendre l’aide à la conversion bio à d’autres « adaptations » (climatique, phytos, stockage de carbone…), expliquent les chambres. Cette aide serait attribuée par appels à projets régionaux pour une durée de 3 à 5 ans.
Investi sur ce dossier, Sébastien Windsor (membre du bureau de l’APCA) a pris l’exemple personnel d’un récent investissement de 37 000 euros dans une bineuse pour expérimenter le désherbage mécanique en culture de betterave : « J’ai réussi une partie de mes parcelles, mais j’ai perdu 30 % de rendement sur l’une d’elles. Et ça sera le cas chez tous les agriculteurs ».
Groupes d’agriculture innovants : une politique plus homogène et stable
La troisième proposition porte sur les groupes d’agriculteurs innovants (Geda, GIEE, groupes 30 000 Ecophyto…). L’APCA constate que les financements de ces groupes sont très variables en fonction des régions et des groupes concernés, et qu’ils sont parfois précaires, ou intermittents. Le montage de ces groupes est également trop lourd aux yeux des chambres d’agriculture. « Nous souhaitons une politique plus homogène et stable dans le temps », explique Eric Collin, directeur entreprise et conseil à l’APCA.
La dernière proposition concerne le transfert des connaissances et des innovations des instituts vers les agriculteurs. L’APCA propose de créer une « cellule de transfert », incluant les instituts techniques, les chambres d’agriculture et l’Inra. Cette cellule identifierait le plus rapidement possible des innovations à transférer sur le terrain ; elle coordonnerait des programmes dédiés au transfert qui mutualiseraient les moyens des différentes structures. L’Inra partage déjà des stations d’expérimentation ou des laboratoires de recherche avec les instituts techniques ou les chambres d’agriculture ; mais ces synergies aboutissent à des transferts trop régionalisés au goût de l’APCA. « L’enjeu c’est la massification – que les innovations touchent le plus grand nombre – et l’accélération », explique Eric Collin.
Une « aide à la transition » qui permettrait d’accompagner des « prises de risque techniques »
Créer une « cellule de transfert » qui identifierait rapidement les innovations à transférer sur le terrain