Les initiatives se multiplient pour tenter de convaincre Bruxelles de mettre en place de nouvelles mesures de régulation dans le secteur laitier dans le contexte de chute du prix du lait et du prochain abandon des quotas de production.
LA chute des prix des produits sur le marché européen, conséquence entre autres, de l'embargo imposé à l'UE par la Russie, inquiète alors que se profile l'abandon des quotas laitiers fin mars.
« L'offre dépasse de loin la demande sur le marché du lait en Europe. Durant la seule année 2014, la production laitière a progressé d'environ 7,5 millions de tonnes par rapport à l'année précédente », s'est alarmé l'EMB (European Milk Board) qui demande une baisse immédiate de la production laitière partout dans l'UE, lors d'une conférence de presse le 15 janvier à Bruxelles. Même constat, mais solution différente. Lors d'une rencontre le 20 janvier avec des eurodéputés, le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE) a appelé la Commission européenne à actualiser le prix d'intervention pour le lait afin de tenir compte des coûts de production croissants.
« Une préoccupation à court terme »Le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, lors de son déplacement à Berlin pour la « Semaine verte internationale », a rencontré des représentants du secteur laitier. Il a répété que la situation actuelle sur le marché laitier est en partie une conséquence de l'embargo russe mais également de l'augmentation constante du niveau de production dans certaines régions suite aux prix élevés de l'année dernière et en prévision de la fin du régime des quotas. « De nombreux acteurs du secteur sont impatients. Mais la fin des quotas signifie également que le secteur doit apprendre à lire les signaux du marché. Et je crois qu'aujourd'hui le signal du marché est clair ! », a commenté le commissaire. Il a souligné que la création de l'observatoire européen du marché du lait allait améliorer la transparence. « Je suis préoccupé par la situation à court terme, mais à moyen terme, toutes les prévisions semblent d'accord pour dire qu'il y aura une croissance significative de la consommation – en particulier en Extrême-Orient – et que l'UE est la région de production la mieux armée pour répondre à cette demande », a conclu Phil Hogan qui ne semble donc pas prêt à proposer de nouveaux outils pour le secteur.
Des soutiens aux plus fragilesAu Conseil de l'UE, la France essaie pourtant de mobiliser, en particulier l'Allemagne, pour défendre la mise en œuvre de dispositifs de régulation du marché laitier (1). Mais rien n'a avancé pour le moment. Le sujet pourrait être débattu par les ministres de l'agriculture des Vingt-huit lors de leur réunion du 16 mars.
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Au Parlement européen, les députés socialistes aussi demandent des mesures dans ce sens. « Le marché ne se régule pas seul, contrairement à ce qu'une partie de l'échiquier politique et les grands groupes industriels tentent de nous faire croire depuis des années », constate le Belge Marc Tarabella. Parmi les idées avancées par les socialistes : des paiements contracycliques à court mais aussi long terme, un dispositif de gestion de l'offre en période de crise – comme l'avait demandé, en vain, le Parlement européen durant les négociations sur la réforme de la Pac – ou encore le renforcement du pouvoir de négociation des producteurs. La commission de l'agriculture du Parlement européen prépare un rapport – de Jim Nicholson (conservateur et réformistes, Royaume-Uni) – sur l'efficacité du paquet lait.
Dans un avis du 21 janvier, le Comité économique et social européen (CESE) estime pour sa part que l'expiration du régime des quotas ne devrait pas seulement servir la croissance et l'expansion, mais qu'elle devrait également éviter l'abandon des activités laitières dans les régions défavorisées et de montagne. Pour le CESE, « des mesures supplémentaires peuvent être nécessaires pour garantir à ces agriculteurs des revenus viables », et le niveau « inadéquat » du filet de sécurité prévu dans le cadre de la réforme de la Pac doit être révisé et faire l'objet d'un examen continu afin de garantir qu'il soit plus étroitement lié aux coûts de production réels.
(1) Voir n° 3476 du 22/12/2014