En créant un registre, le gouvernement entend établir des prix de référence fiables et rendre le marché transparent.
LE ministère de l'Agriculture argentin et la Commission nationale des valeurs (CNV), qui est l'autorité de régulation des marchés financiers, ont publié conjointement au Journal officiel argentin, le 10 juillet dernier, une résolution qui établit un registre obligatoire des opérations d'achats de grains sur une plateforme numérique interconnectée entre les places d'échanges (bourses aux céréales) et le ministère de l'Agriculture, dont les résultats seront rendus publics.
Cette résolution, qui devrait être réglementée ces prochains jours, obligera les opérateurs du marché à déclarer le volume, la qualité, le prix et l'identité du vendeur de leurs achats effectués sur le marché physique. Le texte stipule que ces données devront être d'accès public, sauf l'identité des parties.
Un système de référence fiableSelon le secrétaire d'État à l'Agriculture, Gabriel Delgado, « ce mécanisme rendra le marché des grains transparent et permettra aux producteurs de compter sur des prix de référence valables », a-t-il dit en référence aux moyennes de prix historiquement établis par les Bourses aux céréales de Rosario et de Buenos Aires qui sont critiquées, quand ils existent. En blé et en tournesol, la mention « non coté » est courante alors que les échanges existent mais ne sont pas déclarés, ou les cours sont fixés sur la base de prix à l'avantage de l'acheteur (exportateur).
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La nouvelle mesure ne concerne pas les producteurs mais les courtiers, stockeurs, exportateurs, intégrateurs avicoles, propriétaires de parcs d'engraissement de bovins, huiliers, entre autres, qui sont à ce jour au nombre de 1 019 inscrits au Registre unique du secteur agroalimentaire du ministère de l'Agriculture, dans un pays qui a produit près de 100 millions de tonnes de grains lors de la campagne 2013/2014. Les courtiers en grains Mariano Torti, de la Bourse du commerce de Rosario, et Javier Bujan, de la Bourse aux Céréales de Buenos Aires, s'accordent à dire que le nouveau système bénéficiera à eux-mêmes et aux producteurs en leur fournissant des prix de référence fiables. Par contre, il désavantagera les stockeurs et surtout les exportateurs dont l'amplitude des marges de leurs transactions sera ainsi indirectement dévoilée.
La participation de la CNV dans la gestion de ce registre obligatoire, point encore en discussion à la veille de la réglementation de la résolution, suscite les craintes de la Fédération des centres de stockeurs dont le président, Raúl Dente, souligne que « la CNV n'a pas la faculté d'intervenir sur un marché de biens comme l'est le marché physique des grains ». Il redoute que l'intervention de cette autorité sous l'égide d'un ministère de l'Économie qui, depuis 2012, a exproprié le pétrolier YPF du groupe espagnol Repsol, puis démantelé le groupe de médias Clarín par le biais d'une loi anti-trust, représente une menace latente pour les entreprises du secteur agricole. « La participation de la CNV à ce registre donnerait à celle-ci des instruments légaux qui pourraient mettre en péril la liberté et le secret commerciaux », a-t-il dit à Agra Presse le 18 juillet dernier.