Abonné

Amérique du Sud L’Argentine joue sur ses taxes pour doper la compétitivité de son agroalimentaire

- - 4 min

Les taxes de l’Argentine sur les exportations de soja, de maïs et de viandes ont un impact majeur sur les coûts des producteurs et la rentabilité du négoce à l’étranger. La suppression récente de ces droits de douane sur les produits laitiers montre une certaine ouverture d’un gouvernement qui promeut la création de valeur ajoutée sur place. Le niveau de ces taxes à l’exportation de poulet et de bœuf pourrait évoluer. Décryptage depuis Buenos Aires.

L’existence depuis 2003 de lourdes taxes sur les exportations de fèves de soja et de maïs grain, dont le niveau actuel est de 35% et 20% respectivement, abaisse d’autant leur valeur locale, en Argentine. Quand la tonne de soja vaut 350 euros prix Fob Golfe du Mexique, par exemple, elle est cotée 250 euros à Buenos Aires. Lorsque le maïs vaut 200 euros prix Golfe du Mexique, il est rarement coté à Buenos Aires et Rosario, valant à peine 100 euros.
Les engraisseurs de bovins en parc et les intégrateurs d’éleveurs de volaille ont donc le soja et le maïs à bas prix. Le gouvernement de Cristina Kirchner voudrait-il par là encourager la création de valeur ajoutée, en favorisant les producteurs de viandes au détriment des céréaliers ? « C’est plus simple que cela, répond l’analyste Gustavo López. Le gouvernement tire une rente considérable de ces taxes au moment où il affronte des problèmes de trésorerie ».

Un poulet sur cinq exporté

« Ce soja et ce maïs bon marché est certes un avantage comparatif sur les autres exportateurs de viandes, lequel peut devenir un avantage compétitif », nuance Roberto Domenech, le président de l’association argentine des transformateurs et exportateurs de volaille (CEPA) et à ce titre, l’interlocuteur privilégié du gouvernement de Cristina F. de Kirchner. L’homme participe régulièrement aux voyages officiels à l’étranger pour vendre le poulet argentin, comme en mars dernier en Angola.
« L’incidence du maïs et du soja sur notre coût de production total est de 37%. Les avoir à bas prix du fait des taxes à l’export de grains nous permet de produire le poulet 6,2% moins cher », précise-t-il. Mais les exportations de poulet aussi sont taxées, à 5%. « 5% du prix de vente d’une tonne de poitrine, c’est beaucoup », souligne Roberto Domenech.
L’industrie avicole argentine exporte en moyenne un poulet sur cinq. Une douzaine de sociétés fournissent le marché externe. Elles transforment 77% de la production nationale, selon le CEPA. Pour les engraisseurs de bovins, dont le coût alimentaire représente 80% de leur coût total et le maïs la moitié de ce coût alimentaire, selon Juan Carlos Eiras, un membre de la chambre argentine des engraisseurs de bovins en parc : « L’effet taxe sur les exportations de maïs grain rabaisse de 8% notre coût total. Mais le bœuf est taxé à 15% à l’exportation. Sur une tonne de bœuf exportée vers l’Europe à 12 000 dollars, 15% c’est 1 800 dollars ».

Suppression des taxes sur les produits laitiers

Les produits laitiers aussi étaient taxés à la douane jusqu’à mars 2009. La décision de supprimer la taxe à l’exportation de poudres et de fromages a été prise au nom de la création de valeur ajoutée sur le lieu d’origine. Ce fait montre une ouverture relative du gouvernement argentin à lâcher du lest lorsque de nombreux emplois sont en jeu. Les filières viandes pourraient-elles prochainement bénéficier d’une éventuelle baisse du niveau, ou suppression, des taxes à l’exportation de poulet et de bœuf ? Rien ne permet de l’affirmer.
« De façon générale, notre avantage en tant que pays producteur de maïs est de le cultiver à 80% en sec. Son coût de production réel est très bas. Dans la pratique, la majorité des engraisseurs intensifs, comme moi, sèment du maïs pour le transformer en viande dans leurs enclos », dit Juan-Carlos Eiras. Moralité : l’Argentine a bien l’intention d’utiliser ses matières premières pour exporter de la valeur ajoutée.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

exportations
Suivi
Suivre