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L’Assemblée nationale repart à l’attaque du sucre dans les sodas

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Boisson trop sucrée, boisson plus taxée : au nom de la lutte contre l’obésité, l’Assemblée nationale devait s’attaquer le 26 octobre au soir, ou le 27 octobre, à une nouvelle formule de la « taxe soda » pour inciter les industriels à davantage de frugalité.

En France, depuis 2013, l’ensemble des boissons contenant une quantité – même minime – de sucres ajoutés sont taxées à raison de 7,53 euros par hectolitres. Une formule qui n’incite pas les industriels à lever le pied, alors que l’OMS préconise de relever les taxes, forte du récent constat que le nombre d’enfants obèses dans le monde a été multiplié par dix en l’espace de quarante ans.

Le rapporteur général du projet de budget de la Sécurité sociale Olivier Véran (LREM, ex-PS), médecin de profession, qui en a fait un cheval de bataille, propose de moduler la fiscalité en fonction du taux de sucre. Il devait soumettre au vote des députés dans l’hémicycle un amendement remodelé par rapport à celui voté en commission, avec l’objectif affiché d’éviter les effets de seuil par une augmentation plus progressive. La taxation se déclencherait à partir de 1 g de sucres pour 100 ml et progressera jusqu’à une vingtaine d’euros par hectolitre pour un produit dépassant 11 g de sucres ajoutés pour 100 ml, selon cette version.

« Les plus pauvres »

En commission, la mesure avait été adoptée de façon plutôt consensuelle, même si des élus LR s’étaient inquiétés du risque de « mettre en difficulté » certaines entreprises françaises. Mais tous les groupes ont déposé des amendements allant sur le principe dans ce sens pour la séance.

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La ministre de la Santé Agnès Buzyn semblait initialement réticente. Elle avait notamment plaidé en commission que cela revenait « quelque part (à) taxer les personnes les plus pauvres », plus consommatrices de boissons sucrées, préférant l’éducation à la santé. Mais, le 24 octobre, cette médecin de profession a affirmé que l’amendement revu et corrigé lui convenait, observant que la mesure visait « non pas à gagner de l’argent sur la vente des boissons sucrées mais surtout à inciter les industriels […] à mettre moins de sucre », substance qui « tue énormément ». « Aujourd’hui, les Français consomment en moyenne 100 grammes de sucre par an. Mais les adolescents entre 11 et 17 ans en consomment 242 grammes. Or l’OMS dit que le sucre devrait représenter moins de 10 % de nos apports caloriques journaliers », a-t-elle aussi relevé.

Le Cédus invite Agnès Buzyn à ne pas prendre le sucre comme « bouc émissaire »

Après que la ministre de la Santé Agnès Buzyn a déclaré « le sucre tue énormément ! », pour justifier la revalorisation de la taxe soda lors d’une interview sur Cnews le 24 octobre, le Cédus lui a demandé le 26 octobre de revenir sur ses propos. L’antenne de communication de l’interprofession sucrière y voit un « raccourci » sur les excès de consommation des sucres et des produits sucrés : « Ces excès entrent sans aucun doute dans les mécanismes à l’origine de l’obésité et des maladies associées, mais au même titre que tous les glucides représentant la moitié de l’alimentation des Français, selon un communiqué. Il est trop facile de prendre le sucre de betterave et de canne comme bouc émissaire. » D’après les chiffres du Cédus, les Français consomment en moyenne 80 g de sucres/jour, contre une limite de 100 g/jour (tous sucres hors lactose) fixée par l’Anses. Les surconsommations de sucres concernent 20 % des adultes et 3 % des enfants.