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L’assurance « paramétrique » remplace l’expert par l’indice

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Face aux assurances climatiques déjà présentes en agriculture, se sont développées ces dernières années des offres d’assurances « paramétriques », dont la logique est de s’appuyer sur des indices (température, pluviométrie…), plutôt que des experts de terrain. Ces contrats « sur mesure », destinés à prévenir les risques climatiques, doivent rester « des alternatives » lorsque l’assurance traditionnelle ne peut pas fonctionner, estiment les assureurs du secteur, dans un contexte où le ministère de l’Agriculture souhaite améliorer la couverture assurantielle des agriculteurs.

Meteo Protect, Climate Insurance… Les noms de courtiers d’assurances spécialisés dans les offres d’assurances « paramétriques » sonnent comme un rappel des craintes provoquées par le changement climatique. Leur principe : remplacer les experts par des indices (températures, précipitations, mais aussi marges ou rendements).

Leur fonctionnement ressemble à ce qui existe déjà dans le secteur agricole avec l’assurance prairie, une offre apparue en 2016 et permettant aux éleveurs d’assurer la pousse de l’herbe sur la base d’un indice de production d’herbe calculé par images satellites et sans expertise de terrain.

Cette logique est cette fois-ci appliquée aux cultures (céréales, vignes, pommes de terre…) avec l’objectif de couvrir les conséquences d’un phénomène naturel sur une période donnée. Plusieurs risques peuvent être couverts, dont certains déjà pris en compte par les contrats socles des assurances climatiques, dont la diffusion est aujourd’hui autour de 30 % des exploitations agricoles, principalement en grandes cultures et en vignes.

« Tout est possible »

« À la fin du processus il faut être capable d’écrire une équation dans laquelle on a, en entrée, quelque chose qu’on mesure dans la nature. Et en sortie un montant d’indemnisation pour l’assuré », explique Gabriel Gross., le p.-d.g. de Meteo Protect, un courtier en assurance spécialisé sur ces offres. L’ensemble des paramètres sont proposés à la carte. Lors de l’établissement du contrat, le client peut décider d’assurer un risque en particulier, sur une partie seulement de son exploitation, pour une période limitée.

« Tout est possible, ce sont des contrats sur mesure pour assurer aussi bien des agriculteurs, des coopératives ou des industriels impactés par le manque de matières premières », indique Charles Maury, p.-d.g. de Climate Insurance, un courtier spécialisé apparu en 2017 et pour qui le secteur agricole représente 60 % de son activité, notamment auprès de coopératives céréalières ou viticoles.

Pour bâtir des indices, ces courtiers peuvent se baser sur l’historique des réseaux des stations Météo France, des images radars ou bien, dans le cas des températures, sur les réseaux de stations météo privées. Apparu en 2011, Meteo Protect est aujourd’hui présent dans huit pays en Europe. L’agriculture a représenté « de l’ordre de 75 % de son activité en France en 2018 », indique Gabriel Gross. Surtout dans la viticulture, les pommes de terre, les prairies et les grandes cultures.

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Pas éligibles aux aides Pac

Dans un contexte où le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a indiqué vouloir arriver d’ici la fin de l’année à améliorer la couverture assurantielle des agriculteurs, ces offres, qui ne sont pas éligibles aux aides Pac, viennent-elles concurrencer les assurances climatiques proposées par des assureurs comme Groupama ou Pacifica ? « Nous construisons des produits en priorité pour les segments de marché qui ne sont pas couverts », assure Gabriel Gross, pour qui l’assurance paramétrique répond à des cas où les assurances climatiques ne sont pas adaptées.

« Un agriculteur qui opterait pour une offre paramétrique couvrant le gel sur ses pommes de terre ne va pas prendre d’autres types d’assurances que nous, ou d’autres assureurs, proposons, en particulier en multirisques climatiques », constate au contraire Delphine Letendart, directrice du marché agricole à Groupama. Si le groupe, principal assureur du secteur agricole, s’intéresse aux possibilités offertes par l’assurance paramétrique « partout où l’assurance traditionnelle a du mal à se diffuser », celle-ci est vue comme « une alternative quand l’assurance traditionnelle ne peut pas fonctionner », précise-t-elle, citant l’exemple de l’assurance prairie. « Là où l’assurance multirisques climatiques fonctionne bien, nous privilégions cette approche de la mettre en avant, car nous considérons qu’elle protège mieux les fermes françaises qu’une offre très ponctuelle qui ne couvrirait qu’un seul aléa sur une période très courte », ajoute-t-elle.

« Nous construisons des produits en priorité pour les segments de marché qui ne sont pas couverts »

Joël Limouzin (FNSEA) : « Je me refuse à rentrer dans un schéma à la carte »

Que peuvent apporter les offres d’assurances paramétriques pour la gestion des risques en agriculture ? « Notre volonté est de maintenir le contrat socle [ndlr : des assurances climatiques] avec un dispositif unique pour tout le monde et des dispositifs d’options », rappelle Joël Limouzin, président du Fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE) et vice-président de la FNSEA. « Autant ces outils technologiques (d’assurance paramétrique, NDLR) peuvent être utilisés tout au long de la période de culture pour dire que tels impacts climatiques ont eu lieu et apporter des éléments précis et incontestables, autant je me refuse à rentrer dans un schéma à la carte », précise-t-il. Pour lui ces outils pourraient permettre de « donner de la robustesse à un dispositif assurantiel qui soit incontesté et incontestable », notamment en améliorant la rapidité d’indemnisation ou en limitant les coûts des assurances traditionnels.