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Charcuterie/stratégie L’Atelier de l’Argoat réussit son pari

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Depuis qu’il a repris l’Atelier de l’Argoat à Plélan le Grand (35) en 2004, Joël Tingaud a patiemment organisé le redressement de l’entreprise en employant des méthodes originales, comme la valorisation des graisses animales.

On vient d’arriver à la fin du cycle de reconstruction, on va pouvoir accélérer le développement », se réjouit Joël Tingaud, p.-d.g. de l’Atelier de l’Argoat, spécialisé dans la production d’andouille (520 t) et d’andouillette (16 t, en forte progression) fabriquées à la main. Cet autodidacte qui a fait sa carrière dans la restauration collective a repris l’entreprise il y a huit ans. « J’avais l’amour du produit, j’ai perçu le capital immatériel lié aux salariés, et, même si je n’avais aucune expérience dans l’industrie, le compte d’exploitation se rapprochait de celui d’une cuisine centrale », résume-t-il.

Retour à une situation normale
L’entreprise était en extrême difficulté, avec de grosses lacunes de gestion. Le déséquilibre bilanciel s’est accentué pendant l’année et « nous avons fini 2004 avec des fonds propres négatifs de 635 000 euros. Ils sont à nouveau positifs depuis fin 2011. 2012 est la première année où j’ai l’impression d’approcher de la normalité, parce qu’en toute logique, on ne devrait plus être là ! » De 3,9 M EUR environ en 2004, le chiffre d’affaires est passé à plus de 5 M EUR en 2011 (70 % en GMS, à marque et sous MDD, le reste en RHD et chez les grossistes). Dans le même temps, le nombre de salariés est passé de 39 à 66. Si l’entreprise a renoué avec les bénéfices dès 2005, le chemin a été long pour revenir à une situation normale.

Revoir l’organisation de l’entreprise
« Dès janvier 2005, nous avons fourni aux banques une situation mensuelle. J’ai toujours mis en valeur le capital immatériel de l’entreprise, et ma première vie me donnait quelques jokers, les banques m’ont laissé le temps. » Outre la gestion, Joël Tingaud a complètement réorganisé la production. La fabrication de l’andouille est « détaylorisée ». « Cela a responsabilisé les gens, ils se sont réappropriés le produit. C’est un produit fait main, l’objectif n’est pas de faire plus mais de faire bien, et tant pis si tout le monde ne travaille pas à la même vitesse », explique Joël Tingaud. Cette nouvelle organisation du travail a aussi permis de régler des problèmes de trouble musculo-squelettiques.
Parallèlement, certains contrats sont remis en cause et l’offre est repositionnée. Rapidement, Joël Tingaud décide d’arrêter la production de certains produits fait à la machine pour se recentrer sur le fait main. « On a perdu des volumes, mais ces produits n’étaient pas concurrentiels », se rappelle-t-il.

Un projet partenarial européen
Rapidement aussi, Joël Tingaud s’intéresse à la question des déchets. « Sur 100 t de matière première achetée, on n’a que 28 t de produits finis. Tout le reste, ce sont des déchets ou de l’eau. » Il rencontre, via le Cluster West, un chercheur et un conseil industriel qui travaillent sur la transformation d’huile animale en biomasse. L’idée le séduit et il se bat pour obtenir les autorisations réglementaires nécessaires à l’utilisation d’huile d’origine animale comme biocombustible. Il réussit à convaincre un industriel allemand de s’associer au projet. L’installation, opérationnelle depuis début 2009, a permis de diminuer la quantité de déchets de deux tiers, de réduire les facteurs de pollution et les coûts d’enlèvement d’équarrissage, de diminuer de 60% la consommation de gaz, de 25% les consommations électriques et d’augmenter le taux de restitution d’eau. Récompensée par de nombreux prix, elle a également un vrai rôle dans la poursuite du redressement de l’entreprise. « Il s’agit d’un projet d’innovation européen. Ça nous a donné une vraie crédibilité », estime Joël Tingaud. Et c’est aussi cette installation qui donne aujourd’hui à l’Atelier de l’Argoat la possibilité d’envisager son développement. « Nous arrivions à notre capacité limite à polluer et la valorisation de nos déchets nous a redonné de la marge de manœuvre. »

Une croissance continue
L’entreprise a achevé en 2011 un investissement de 1,1 M EUR pour un agrandissement de 700 m2. La surface du laboratoire de fabrication a été multipliée par deux, des bureaux ont remplacé les Algeco dans lesquels la direction opérait depuis plus de six ans et la surface de stockage a également été augmentée.
Après une croissance de 11 % en 2011 (8 % en volumes), Joël Tingaud mise une nouvelle fois sur une forte croissance en 2012. Les prévisions de production sont de 520 t pour l’andouille en progression de 8 à 9 %, et de 16 à 17 t pour l’andouillette à la ficelle, en progression de 60 %.

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