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Lutte contre l’obésité L’audiovisuel, les publicitaires et l’agroalimentaire s’engagent dans une charte commune

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Publicitaires et professionnels de l’audiovisuel et de l’industrie alimentaire ont signé la semaine dernière une charte de bonne conduite contre l’obésité infantile. Ils se sont engagés à «promouvoir» un bon comportement nutritionnel, enterrant de fait toute idée de réglementation de la publicité alimentaire dans les programmes jeunesse comme l’avait d’abord envisagé la ministre de la Santé. Une façon de couper l’herbe sous le pied aux tenants d’une interdiction de certaines publicités qui reste en débat parmi les députés.

Les professionnels de l’audiovisuel et de l’agroalimentaire se sont engagés dans une charte signée le 18 février au ministère de la Santé, à financer, produire et diffuser des programmes valorisant les bons comportements en matière de nutrition et d’activité physique.

Les campagnes menées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, par exemple pour promouvoir la consommation de fruits et légumes, bénéficieront en outre de tarifs « attrayants », a indiqué la ministre de la Santé Roselyne Bachelot à l’issue de la signature de cette charte. Cette charte des professionnels est l’aboutissement de concertations engagées en avril dernier à l’initiative de Mme Bachelot dans le cadre de la lutte contre l’obésité infantile. Les motivations de santé publique avancées par la ministre de la Santé (près d’un jeune sur cinq en France est obèse ou en surpoids) se sont heurtées ces derniers mois aux arguments économiques du monde de l’audiovisuel. Après huit mois de tractations, les présidents des principales chaînes et les producteurs ont signé la charte, ainsi que l’industrie alimentaire et les publicitaires.

Incitation et pédagogie

Mme Albanel s’est félicitée que le gouvernement ait choisi « l’incitation » et « la pédagogie », plutôt que l’interdiction de la publicité qui aurait eu, selon elle, « des conséquences considérables pour l’ensemble des chaînes, des productions et pour le secteur de l’animation », particulièrement apprécié à l’étranger.

Pour Mme Albanel, les « héros positifs » des dessins animés sont un moyen privilégié d’influencer positivement la jeunesse, à l’exemple du personnage de Lucky Luke qui a troqué sa cigarette contre un brin d’herbe.

Pour sa part, Michel Boyon, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), chargé de veiller au respect de la charte, a estimé qu’il s’agit d’un « engagement lourd qui a des conséquences financières non négligeables ». Selon Gérard Noël, vice-président de l’Union des annonceurs (UDA), les industries agroalimentaires s’engagent par cette charte, qui a été aussi signée par l’Ania, à ce que leurs publicités s’inspirent « plus directement des recommandations des autorités sanitaires », et à parrainer des programmes d’éducation au bon comportement alimentaire. « Il n’y a pas d’encadrement financier de cet accord », a reconnu Jean-René Buisson, président de l’Ania, qui précise que « l’alimentaire investit 1,9 milliard d’euros brut en promotion, dont 76 % en télévision ».

Prochain débat à l’Assemblée

Le débat devrait maintenant se déplacer dans l’hémicycle du palais Bourbon, à l’occasion de la discussion début mars d’un amendement à la loi sur l’hôpital visant à interdire la diffusion pendant les programmes jeunesse de publicités pour les produits trop gras ou trop sucrés. Pour Olivier Andrault de l’UFC-Que Choisir, la charte sert de « contre-feu ». « Mme Bachelot est tenue par la solidarité gouvernementale, moi je ne me sens pas lié », a prévenu le député UMP Yves Bur, co-auteur de l’amendement avec Pierre Méhaignerie et Valérie Boyer. « Je me refuse une fois de plus à céder aux lobbies », a-t-il déclaré, qualifiant la charte de « leurre pour les gogos ».

M. Bur a regretté que les engagements pris échappent au contrôle des autorités sanitaires.

Pour Mme Boyer, « cette charte est une avancée importante », mais la question de la publicité reste posée. « Pourquoi trois gros industriels comme Kellogg’s, Danone et Nestlé ne se sont pas retirés des écrans jeunesse, alors que d’autres comme McDonald’s, Mars ou Coca-Cola l’ont fait ? », s’est-elle interrogée.

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La Charte en six points

La Charte «pour promouvoir une alimentation et une activité physique favorable à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision» prévoit essentiellement des programmes spécifiques sur la nutrition.

– Les chaînes s’engagent « à diffuser et à mettre à la disposition du public, en particulier auprès du jeune public, des programmes sur l’alimentation et l’activité physique». Pour les chaînes « jeunesse », le volume horaire annuel global minimum des programmes sur l’alimentation et l’activité physique est fixé entre 25 et 35 heures. Toutes chaînes confondues, l’ensemble des diffusions représente « un volume total compris entre 340 et 470 heures » par an. Les chaînes s’engagent aussi à « promouvoir régulièrement dans le cadre de leurs programmes le site ministériel www.mangerbouger.fr »

– Les producteurs audiovisuels, en collaboration avec les chaînes pour la jeunesse, s’engagent à produire des spots visant le jeune public, et « mettant en valeur les bonnes pratiques alimentaires et d’hygiène de vie». Sur les chaînes « jeunesse », ces programmes courts devront être diffusés «au moins six fois par jour entre 7H00 et 19H00 ».

– Les annonceurs s’engagent à « une réévaluation des règles déontologiques sur le contenu des messages publicitaires en direction des enfants ». Cette réévaluation portera notamment sur l’attitude et le vocabulaire des personnages mis en scène et tiendra compte des «limites de l’humour vis-à-vis d’un public enfantin».

– Un rabais de 60% sera accordé par les régies publicitaires aux messages sanitaires de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES).

– L’industrie agroalimentaire s’engage à « financer des programmes courts d’éducation adaptés au jeune public pour favoriser les bons comportements de vie, d’alimentation, et d’activité physique ».

– Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) est chargé du « uivi de la mise en œuvre de cette charte ».