Fin novembre, le gendarme italien de la concurrence a lancé une procédure contre une marque française affichant le Nutri-Score sur ses emballages pour de possibles « pratiques commerciales déloyales ».
Au pays du jambon de Parme, de l’huile d’olive et du parmesan, le Nutri-Score ne passe pas. Après les attaques politiques, lancées depuis le plus haut sommet de l’Etat par le Premier ministre Mario Draghi en personne, la fronde contre le logo d’affichage nutritionnel français se poursuit en Italie. L’autorité italienne de la concurrence a lancé, le 22 novembre, une procédure contre la marque française Dukan pour de potentielles « pratiques commerciales déloyales ». Elle reproche à la marque d’aliments de régime développée par le médecin Pierre Dukan d’afficher le Nutri-Score sur ses produits commercialisés en Italie. Selon elle, le Nutri-Score donnerait « une information susceptible de tromper le consommateur ». Elle lui reproche, entre autres, de ne pas prendre en compte la portion consommée, la fréquence de la consommation et les besoins nutritionnels des individus dans le calcul de sa note (de A à E).
Le Nutri-Score et Yuka dans le même panier
Plus surprenant, le gendarme italien de la concurrence souligne que le logo « suggère et implique également l’existence d’une relation directe entre l’alimentation et la santé ». Cela « pourrait amener le consommateur moyen à croire que le produit – simplement parce qu’il est marqué avec des couleurs vertes ou les premières lettres de l’alphabet – est le meilleur pour votre santé », estime-t-il. En clair, ce système de notation pourrait amener les consommateurs à privilégier les produits les mieux classés pour leurs achats, ce qui est précisément le but d’un logo nutritionnel. Mais, selon l’autorité, cela s’apparenterait à des « pratiques commerciales déloyales ».
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L’autorité de la concurrence s’est saisie du dossier après des signalements effectués par une association de consommateurs et le principal syndicat agricole du pays, ConfAgricoltura, dont le président Massimo Giansanti ne cesse de conspuer le Nutri-Score. Elle a annoncé, par ailleurs, ouvrir une enquête sur l’application française Yuka qui évalue les conséquences de la composition des produits alimentaires sur la santé dans le but d’aider le consommateur à faire des choix dans les rayons des supermarchés. Elle lui reproche son évaluation « basée en grande partie sur le Nutri-Score » et de recommander des produits alternatifs aux produits classés « médiocre » d’une façon qui « n’est pas claire ».
Le Nutrinform italien, outil concurrent
Alors que l’Union européenne doit statuer, à la fin de l’année 2022, sur un système d’affichage nutritionnel simplifié, harmonisé et obligatoire dans toute l’Europe, l’Italie s’oppose au choix du Nutri-Score, tout comme la République tchèque, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Roumanie et Chypre. Le pays a adopté son propre système de notation facultatif, le Nutrinform. Contrairement au Nutri-Score, ce dernier prend en compte la portion de produit consommée et les besoins énergétiques des individus. Il est présenté sous la forme de petites batteries, plus ou moins remplies en fonction des apports nutritionnels du produit sur lequel il est affiché. Validé par la Commission européenne au même titre que le Nutri-Score, le Nutrinform est un concurrent direct du système d’affichage français pour remporter les faveurs de l’Union européenne et se voir généralisé à tout le continent.