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Grenelle de l’environnement A Laval, l’agriculture chahutée

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Dialogue de sourd sur les OGM, consensus sur la réduction des pesticides, extrême prudence sur les biocarburants… Les débats organisés à Laval le 10 octobre, à l’occasion d’une des 17 réunions régionales du Grenelle de l’environnement, ont montré beaucoup de similitudes avec les recommandations des groupes de travail nationaux. Quelques dossiers environnementaux locaux sont également sortis du lot. Récit.

Laval, le 10 octobre. Il est 14 h 30 et la salle polyvalente se remplit rapidement. Davantage habituée à vibrer au rythme des concerts et des spectacles – Yannick Noah et Jean-Marie Bigard s’y produisent prochainement –, la grande salle accueille aujourd’hui une des dix-sept réunions régionales du Grenelle de l’environnement. Mille, deux mille personnes ? Les avis divergent, mais l’évènement est visiblement un succès. Les gradins sont combles et le gratin politique local et régional est au rendez-vous. De fait, ce n’est pas tous les jours qu’un évènement politique de portée nationale se tient dans la capitale de la Mayenne. Et les municipales approchent…

Comme un clin d’œil au débat qui va commencer dans quelques minutes, les notes d’ Il était une fois dans l’Ouest sont diffusées en fond sonore. Les amateurs de western seront cependant déçus. Si quelques sifflets et « coups de gueule » émailleront les interventions, les débats ne tourneront pas au réglement de compte. Au pire, au dialogue de sourds. Ce sera le cas pour le dossier du nucléaire ou des OGM. Plusieurs dossiers régionaux sortiront également du lot, à l’image du soutien apporté au projet d’autoroute maritime reliant Nantes au port de Bilbao, ou à la dénonciation d’un projet de ligne électrique à très haute tension reliée à la future centrale nucléaire EPR.

Expérimenter les OGM en milieu confiné

Le matin même, six groupes de travail régionaux s’étaient réunis pour débattre des recommandations formulées le 27 septembre dernier au niveau national. Et les trois heures prévues l’après-midi pour la restitution des travaux et le débat se révèlèrent rapidement trop courtes. C’est vers 19 heures, avec une heure de retard sur le programme initial, que s’acheva la journée. L’après-midi fut rythmée par la présentation des synthèses des groupes de travail du matin (énergie-climat, biodiversité, santé, modes de production, gouvernance, compétitivité-emploi), suivie d’échanges avec la salle. Des prise de parole qui se résumeront d’ailleurs souvent à des prises de position. A ce petit jeu, l’agriculture et la forêt furent particulièrement chahutées, notamment sur le dossier OGM. Le groupe de travail sur la biodiversité (n°2) jugea ainsi qu’il était « trop tôt » pour généraliser les OGM et se déclara favorable à une recherche publique en milieu confiné. Une position sur laquelle le groupe sur l’agriculture (n°4) ne se prononça pas, faute d’avoir eu le temps d’aborder le dossier le matin même. Dans la salle, les réactions furent souvent vives, certains représentants d’associations écologistes n’hésitant pas à parler d’OGM « pesticidaires » et à appeler à l’organisation d’un référendum sur la question. Un porte-parole des Jeunes agriculteurs tenta bien de convaincre l’auditoire de l’efficacité des barrières de pollinisation, mais il ne fit que provoquer la bronca des opposants aux plantes transgéniques. Il récolta néanmoins des applaudissements en déclarant espérer une coexistence entre les cultures biologiques et les OGM. L’intervention d’un professionnel des semences suscita le même type de réactions.

« Faire avancer toutes les agricultures »

La réduction de l’usage des produits phytosanitaires fut davantage consensuelle. Sur l’objectif général tout au moins. Mais aucun consensus n’émergea sur la méthode. Sur le dossier, le groupe de travail n°4 a appelé à faire attention à la diversité et à la spécificité des productions agricoles. « Il faut travailler sur les itinéraires techniques », insiste la rapporteure et « à productivité constante ». Un thème central pour les professionnels agrcioles. « Nous avons une volonté de réduire les intrants tout en maintenant les rendements », insistait ainsi quelques minutes plus tôt le président du réseau régional de l’agriculture raisonnée. « Il faut davantage de recherches sur les solutions alternatives (aux produits phytosanitaires actuels, ndlr) », ajoutait-il. L’interdiction de la vente des produits phytosanitaires dans les supermarchés est également proposée par groupe santé-environnement (n°3). Le président du groupe de travail sur la biodiversité (n°2) n’est pas pour sa part très optimiste quant à la capacité de la région à atteindre en 2015 un bon état écologique de ses eaux, comme l’exigent les textes européens. « Au mieux, on sera à 50% » si des moyens importants y sont consacrés, estime-t-il.

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« Toutes agricultures »

Soucieux de promouvoir le consensus, le groupe de travail n°4 appelle à « faire avancer toutes les agricultures sans promouvoir pour autant un type d’agriculture », et remettre l’agronomie au centre des débats. « Il faut construire des systèmes de production plus durables », insiste la rapporteure du groupe, en jouant sur plusieurs leviers : la recherche variétale, la rotation des cultures, la protection des sols ou la mise en place de lycées agricoles exemplaires. Dans une énumération proche d’un catalogue à la Prévert, le groupe n°4 vante le rôle tampon des bandes enherbées, l’intérêt des bonnes pratiques agricoles et d’un réseau biodiversité (« trame verte »), la défense des haies, l’agroforesterie, les prairies permanentes ou la formation des agriculteurs.

Aucun commentaire n’a été fait par le groupe n°4 sur plusieurs dossiers importants (certification et l’autonomie énergétique des exploitations, OGM), le temps ayant apparemment manqué dans la matinée pour les aborder. C’est le groupe sur la biodiversité (n°2) qui abordera la question de la répartition des aides agricoles. « Il y a consensus pour augmenter le 2e pilier de la PAC mais il paraît irréaliste de l’accroître sans réduire le 1 er pilier » a résumé le porte-parole de ce groupe. Et d’ajouter : « Si 80 % des aides restent au 1 er pilier, le Grenelle restera un catalogue de bonnes intentions » .

Présente dans la salle, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a pour sa part appelé l’agriculture à faire « plus et mieux » en matière environnementale et formula trois propositions : lutter contre l’urbanisation en créant des zones agricoles prioritaires (« ZAP »), reconnaître la contribution de l’agriculture à l’effet de serre et favoriser les utilisations non-alimentaires des produits agricoles, citant les carburants verts, les biomatériaux, la chimie végétale et le bois-énergie. Le débat se poursuivra encore une heure.

« Au final, le bilan de cette réunion régionale est globalement positif, » commente Joël Limouzin, président de la FRSEA Pays de la Loire, au lendemain de l’évènement. « L’après-midi, ça sentait le pugilat et le défouloir collectif mais la fin de journée a permis de bien reposer le débat », conclut-il.