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Lavande et lavandin, un succès à maîtriser

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Après des années fastes, les producteurs de lavande et lavandin doivent désormais gérer leur succès. Les deux plantes ont connu un bel essor durant la décennie écoulée, avec des prix rémunérateurs et des surfaces s'étendant bien au-delà de la zone historique. La baisse de l'or noir, des utilisateurs plus sourcilleux sur l'envolée des prix, mais aussi la crise sanitaire actuelle appellent la filière à reconsidérer ce modèle.

Les producteurs de lavande et de lavandin envisagent la décélération. Après une décennie d'essor, les deux filières doivent trouver le moyen de tirer leur épingle d'un jeu renouvelé par les demandes des utilisateurs finaux et la crise de la Covid. Sous le même bleu de carte postale, il s'agit bien de deux plantes différentes, dont les marchés ne subissent pas les mêmes pressions.

Le lavandin « est destiné à une utilisation industrielle », explique Alain Aubanel, président de PPAM (Plantes à parfum aromatiques et médicinales), syndicat regroupant producteurs, metteurs en marché et distillateurs. Les producteurs de lessive y ont recours dans leurs formulations, bénéficiant en celà, au passage, d'une image flatteuse : « Les entreprises clientes ont toujours voulu du naturel », sourit Alain Aubanel.

Utilisations industrielles pour le lavandin

« Facile à travailler », le lavandin est devenu une solution pour des producteurs soucieux de se diversifier et attirés par des tarifs à la vente soutenus par une demande croissante et des cours du pétrole élevés qui défavorisaient le recours aux ingrédients de synthèse. « Son intérêt en termes de rentabilité en a fait une alternative pour des exploitants en grandes cultures », note Jérôme Volle, producteur de lavande en Ardèche et vice-président de la FNSEA. Cette « capacité de revenu intéressante », selon lui, a été soutenue par des aléas climatiques à répétition qui ont entravé la production dans les zones historiques.

Dès lors, le lavandin a pu s'étendre de l'Occitanie jusqu'au Centre et l'Ile de France, mais aussi venir en soutien de producteurs malmenés, tels des viticulteurs du Tricastin, ou des éleveurs ovins en butte aux attaques du loup en Drôme, illustre Alain Aubanel.

Aussi, les surfaces n'ont cessé de croître passant de 17 000 hectares dans les années 2000 à 30 000 hectares actuellement (comprenant lavande et lavandin).

Correction de prix

Après une augmentation constante durant douze ans et une pointe en 2018-2019, les prix de l'huile de lavandin connaissent une « correction » : « Les prix demandés jusque là n'étaient peut-être pas “normaux" », avancent certains. Les cours du pétrole diminuent, les éléments de synthèse reprennent leur part dans les produits nettoyants : « L'huile de lavandin se négocie à peu près à 40 euros le kilo, contre 8 dollars à 10 dollars (7 euros à 12 euros) le kilo d'élément de synthèse », détaille Jérôme Volle. Même si les lessiviers achètent aussi l'image "naturelle" du produit, la pression se fait donc sentir.

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La crise sanitaire ralentit les échanges, et la production 2020 a été « exceptionnelle, en augmentation de 40 % : nous avons une année de récolte en avance », selon Alain Aubanel. Stocks abondants, « demande en baisse depuis dix mois », explique Jérôme Volle : les cours suivent , avec une baisse des prix « de 40 à 50 % », estime Alain Aubanel.

La lavande sous pression bulgare

La lavande est réservée à des usages plus « nobles » que le lavandin, cosmétologie et parfumerie. Les producteurs français font face à une vive concurrence apparue récemment en Bulgarie, laquelle « compte déjà 20 000 hectares», selon Jérôme Volle. « Elle a produit cette année 400 ou 500 tonnes d'huile essentielle, contre 250 tonnes en France », ajoute Alain Aubanel. Là encore, la différence de prix joue à plein : 40 euros la tonne pour l'une, 90 à 120 euros la tonne pour l'autre, « et la différence de qualité n'apparaît pas sur l'étiquette », regrette le président de PPAM. Par rapport aux principaux utilisateurs - Chine, pays asiatiques -, la France joue donc le haut de gamme.

Que ce soit lavande ou lavandin, le temps est venu de stabiliser les surfaces et d'exploiter pleinement les atouts du produit. Les débouchés semblent assurés : « On n'a jamais autant lessivé et lavé qu'aujourd'hui », sourit Alain Aubanel, et les lessiviers continueront à recourir aux huiles essentielles. Jérôme Volle l'assure : « Ces cultures bénéficient à plein de l'intérêt renouvelé pour les productions locales et la protection de l'environnement. » Et de souligner que ces filières sont structurantes pour les « zones historiques ». Traçabilité, bilan carbone, méthodes alternatives de culture, certification HVE à venir... malgré le coup d'arrêt dû à la pandémie, lavande et lavandin français ont des cartes à jouer.

MB

Une alternative aux productions en difficulté

"On n'a jamais autant lessivé qu'aujourd'hui"