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Lavazza continue de grandir à l’ombre des géants

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Café > Le groupe familial Lavazza vient de publier de bons résultats 2017 avec des ventes qui atteignent pour la première fois les 2 milliards d’euros, mais aussi une rentabilité orientée à la hausse et une disponibilité financière de 500 millions d’euros qui lui permet de continuer ses opérations de croissance externe. Les acquisitions vont viser ses marchés clés et les nouvelles régions en croissance, parmi lesquels la France où elle compte mettre la main sur des torréfacteurs régionaux ou nationaux. Mais Lavazza, qui tient à son indépendance, doit toutefois faire face à des géants dans un monde du café en pleine concentration.

Giuseppe Lavazza, vice-président du groupe familial turinois, a profité de l’ouverture du tournoi de Roland Garros, un événement dont sa maison est sponsor jusqu’en 2019, pour présenter les résultats de l’entreprise en 2017. Et ils sont plutôt flatteurs. « L’année dernière, nous avons passé pour la première fois la barre symbolique des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires », a détaillé le dirigeant. « Nos ventes sont en hausse de 6,3 % comparées à 2016, ce qui représente trois fois la croissance du marché mondial du café », souligne Guiseppe Lavazza. La rentabilité est au rendez-vous avec un Ebitda qui atteint 220,8 millions d’euros, en progression de 12,5 % par rapport à 2016. En revanche, le bénéfice est en recul à 44,7 millions d’euros, qui « n’est pas comparable au résultat 2016, qui a bénéficié d’éléments positifs non-récurrents totalisant environ 37 millions d’euros » signale Lavazza.

L’année dernière, le groupe est resté fidèle à sa politique de croissance externe, en réalisant l’acquisition du canadien Kicking Horse Coffee, leader dans son pays du café biologique, qualifié par Lavazza de « perle locale qui a consolidé le positionnement haut de gamme de la marque et accéléré sa croissance en Amérique du Nord ». Et en octobre, le groupe s’est renforcé en Italie avec l’acquisition de Nims, distributeur et vendeur de café en capsules et de machines à café.

En France, après la prise de contrôle de Carte noire en 2016, une acquisition stratégique pour l’entreprise, Lavazza a poursuivi ses achats avec la montée au capital d’Espresso Service Proximité en septembre. Cette société était déjà contrôlée à 26 % par Lavazza qui a racheté les 74 % restants à Deotto Finance et au groupe IVS. Créée pour commercialiser les systèmes d’expresso Lavazza (capsules et machines) en France pour le circuit OCS (Office Coffee Service), ESP vient surtout renforcer l’activité orientée vers la consommation hors domicile, portée par Lavazza France SAS (l’activité grande distribution est portée par Carte Noire SAS qui a réalisé 340 millions d’euros de ventes en 2017).

L’acquisition d’ESP, accélérateur de croissance en France

« En France, notre activité hors domicile atteint désormais 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 75 millions d’euros avec les cafés hôtels et restaurants et 45 millions avec la distribution automatique et l’OCS », détaille Serge Merlet, directeur général de Lavazza France. Grâce à l’acquisition d’ESP, l’entreprise affirme être désormais leader en France en nombre de points de vente hors domicile, qui sont de 113 000, et présente sur tous les circuits : cafés, hôtels, restaurants, boulangeries, bureaux et distribution automatique. En avril, Lavazza France a lancé une nouvelle machine pour les bureaux (Firma) avec un nouveau système de capsules et un nouveau contrat avec le client. En juillet, Carte noire arrivera en distribution automatique, en complément de la marque Lavazza, avec une gamme dédiée pour ce circuit.

La politique d’acquisition va se poursuivre de façon déterminée par le groupe. « Lavazza France vise en priorité les torréfacteurs indépendants de niveau régional ou national », explique Serge Merlet. « S’il s’agit d’une entreprise qui a une belle image et une belle expérience, alors nous sommes preneurs », poursuit-il. Lavazza a déjà acquis au cours des années précédentes cinq torréfacteurs indépendants. La cible est assez large, selon Lavazza, puisque l’Hexagone compte environ 600 torréfacteurs, souvent des entreprises familiales.

Toujours prêts, au cas où une bonne affaire se présente

« La politique de croissance externe ne concerne pas seulement la France, mais aussi des marchés clés de Lavazza tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie, l’Italie et l’Europe de l’Est », explique Giuseppe Lavazza, qui ne s’empêche pas non plus de regarder vers des autres zones qualifiées par le dirigeant de « graines » que sont l’Asie et l’Amérique latine où Lavazza n’est pas présent.

« Il n’y a pas de projet en cours en termes d’acquisition », a tenu à souligner Giuseppe Lavazza, expliquant en même temps qu’« il faut toujours se tenir prêt au cas où une opportunité se présente comme ce fut le cas pour Carte noire en 2016 ».

Lavazza a en effet les moyens de mener des acquisitions avec un cash disponible de 500 millions d’euros, même si le dirigeant est conscient qu’il doit affronter des géants comme Nestlé, qui vient de nouer un partenariat pour commercialiser les produits Starbucks, ou JAB Holding, qui vient de mettre la main sur la chaîne de restaurants Prêt à manger. « C’est un signal qui nous fait comprendre que l’industrie mondiale du café va à la vitesse de la lumière et connaît une concentration accélérée », explique Giuseppe Lavazza. Dans ces conditions, Lavazza compte rester concentré sur le café, sans se disperser dans « la restauration qui est un autre métier ». En revanche, Lavazza est attaché à son rôle de partenaire des cafés, hôtels et restaurants.

Pour rivaliser, Lavazza ne s’interdit pas de contourner ses moyens limités en nouant des alliances avec des partenaires et de créer des co-entreprises, comme cela avait été fait pour l’acquisition d’ESP en France. L’entreprise pourrait aussi émettre un « bond » si la taille de l’acquisition le nécessitait. « Mais jamais nous n’irons en Bourse », a tranché Giuseppe Lavazza, farouchement attaché à l’indépendance et au caractère familial de son entreprise.

Le groupe Lavazza en 2017

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Chiffre d’affaires : 2 milliards d’euros (+6,3 %)

Ebitda : 200,8 millions d’euros (+12,5 %)

Marge d’Ebitda : 10 % (9,4 % en 2016)

Bénéfice net : 44,7 millions d’euros

Position financière nette : 457,7 millions d’euros (687,5 millions d’euros au 31 décembre 2016)

Répartition du chiffre d’affaires : 37 % en Italie, 6 % en France

3 000 salariés

La maison mère de JDE met la main sur Prêt à manger

Nouvelle diversification dans le secteur du café : Prêt à manger, la chaîne britannique de restaurants, va tomber entre les mains de l’allemand JAB Holding, maison mère de JDE. L’actuel propriétaire de la chaîne, Bridgepoint, a annoncé cette cession le 29 mai sans en communiquer le montant, qui selon des sources proches du dossier, serait de 1,5 milliard de livres sterling (1,7 milliard d’euros). La transaction devrait être conclue d’ici l’été. Prêt à manger possède 530 points de vente dans le monde et son chiffre d’affaires annuel atteint 879 millions de £ (1,005 Mrd€). Elle sert 300 000 clients chaque jour.

Avec cette acquisition, le monde du café connaît une nouvelle étape dans son développement, entre concentrations et diversifications. Nestlé a annoncé en mai l’acquisition de la licence des produits Starbucks en grande distribution, après une autre acquisition dans le café en 2017 (Blue Bottle Coffee). Le géant suisse se diversifie aussi dans d’autres secteurs alimentaires comme la nutrition (Terrafertil acquis en février et Atrium Innovation en décembre 2017), la foodtech (Freshly) ou encore le végétal (Sweet Earth).

Quant à JAB Holding, contrôlé par la famille allemande Reimann, elle se développe à la fois dans le monde du café (JDE, Keuring Green Mountain, Caribou Coffee, etc.) et dans celui de la restauration. Outre Prêt à manger, elle possède dans son portefeuille Panera Bread, Eistein Bros Bagels et Krispy Kreme Doughnuts.