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Alimentation animale L’avenir de la luzerne passera par le lait

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La production de luzerne peine à décoller. Et pourtant, la filière laitière est prête à payer le prix fort pour s’approvisionner en protéines. Une tendance qui devrait s’accentuer avec la progression de la demande mondiale en produits laitiers. Face à la flambée des prix de l’alimentation animale sur le marché international, les éleveurs sont de surcroît de plus en plus sensibles à l’idée d’autonomie alimentaire. La filière luzerne appelle donc les pouvoirs publics à mettre en place des politiques de soutien pour relancer la production.

«L’avenir (de la filière luzerne) dépendra de la filière laitière ». Voilà la position qui a été défendue le 19 décembre, lors de l’assemblée générale de Coop de France, par Russel Mildon, ancien directeur de la Direction générale à l’agriculture de la Commission européenne (DG Agri). Et en effet, comme l’a expliqué Anne Richard, directrice économie au Cniel (interprofession laitière), la filière laitière ne demande qu’à voir la production française de luzerne exploser. « Les producteurs de lait aimeraient s’affranchir du soja brésilien », a-t-elle assuré. Et pour cause, la rentabilité des exploitations laitières en 2012 a été plombée par la flambée du soja, et par conséquent, de l’alimentation animale. C’est donc pour se préserver de la volatilité du marché mondial que la filière cherche aujourd’hui à s’approvisionner en protéines directement sur le territoire français. Et la luzerne semble être le produit idéal pour y parvenir, notamment pour les garanties de qualité qu’elle apporte, contrairement au soja brésilien. « On a un vrai problème pour avoir des garanties sur l’absence d’OGM dans les protéines importées », a d’ailleurs rappelé Anne Richard. Un handicap pour les produits laitiers, notamment les fromages AOP qui respectent des cahiers des charges aux critères qualités très strictes.

Une demande croissante du secteur laitier

Cette demande de la filière laitière ne pourra que s’accentuer dans les années à venir, a tenu à souligner Anne Richard. Les prévisions du Cniel, mais aussi de la FAO, anticipent une forte hausse de la consommation mondiale. « La demande de produits laitiers va être extrêmement importante, en Extrême Orient, en Asie, en Afrique subsaharienne ; le déficit en produits laitiers va s’accentuer », a annoncé Anne Richard. Et si elle veut conquérir ces marchés, la production laitière n’aura d’autre choix que de s’intensifier. « En 2020 il n’y aura plus que 45 000 producteurs qui produiront 600 000 litres de lait en moyenne (par an) », a prédit la directrice Economie du Cniel. Actuellement, 69 000 éleveurs produisent en moyenne 350 000 litres de lait par an. Une telle intensification ne se fera pas sans une augmentation des protéines dans l’alimentation animale, et donc une progression de la demande de produits tels que la luzerne déshydratée.

La filière luzerne a besoin de soutien public

Un marché prometteur, donc, mais à condition que les producteurs de luzerne soient en mesure de l’approvisionner. Or, sur l’année 2012, « nous allons passer à côté de l’équivalent de 150 000 tonnes consommées de luzerne car nous ne sommes pas capables de les produire », a regretté Gérard Desvignes, directeur commercial de Desialis. Un manque à gagner d’autant plus important que les producteurs de lait sont « prêts à payer la luzerne déshydratée 240€/tonne », assure-t-il. Un prix bien supérieur au marché : la luzerne s’est échangée à 192€/tonne en moyenne sur 2012. Pour répondre à cette demande, et assurer ainsi l’indépendance alimentaire de la France, la filière luzerne en appelle donc au soutien des pouvoirs publics. Guillaume Garrot, ministre délégué à l’Agroalimentaire a, semble-t-il, entendu cette requête. Outre la mise en place d’un plan protéines en France censé supporter cette culture, le gouvernement se « bat pour incorporer la luzerne et le chanvre dans les surfaces d’intérêt écologique » de la future Pac, a annoncé le 19 décembre Guillaume Garrot, le ministre délégué à l’Agroalimentaire.

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