La mise en place de la réforme de la PAC dans le secteur bovin-viande poussera-t-elle les éleveurs à modifier leur choix de production ou à adapter leur conduite d’exploitation ? Il est trop tôt pour répondre, déclarent les techniciens de l’Institut de l’élevage au vu des échanges avec le monde professionnel dans les régions. Certes, l’avenir de l’engraissement cristallise les inquiétudes, mais c’est la mise en place des droits à paiement unique (DPU) qui devrait animer en 2005 la majeure partie des débats chez les éleveurs de bovins.
« Ce n’est pas forcément la stabilité mais on ne s’attend pas à un bouleversement de fond». Thierry Rapin, le directeur de la Fédération nationale bovine (FNB) reste serein à l’évocation de l’impact de la réforme de la PAC sur les exploitations bovines. « C’est en 2006 que les décisions (chez les éleveurs) vont se prendre. Les gens ne vont pas se lancer à corps perdus ou de manière instantanée dans des évolutions de système » explique t-il. Cependant, poursuit le directeur de la FNB, la conditionnalité des aides peut jouer « énormément » sur la conduite de l’exploitation : « pour être sûr de respecter l’ensemble des obligations et éviter les sanctions, certains éleveurs allaitants que j’ai rencontré se demandent s’ils n’auraient pas intérêt à spécialiser leurs exploitations ».
Des messages pour améliorer la rentabilité
Dans les régions, les techniciens de l’Institut de l’Elevage pressentent d’intenses débats dans les mois à venir. « La principale interrogation en Limousin, c’est l’avenir de l’engraissement », explique Sylvie Brouard, animatrice régionale – pour l’Institut de l’élevage – du réseau d’élevage bovin. Dans une région où l’élevage bovin domine, avec finalement peu d’alternatives, et qui a développé depuis plusieurs années des circuits de valorisation des viandes finies reconnues, la réforme de la PAC est en effet susceptible de déstabiliser les circuits économiques. Mais « il est encore un peu tôt pour dire ce que sera le comportement des éleveurs ; pour l’heure, les réunions avec les professionnels sont encore des rendez-vous d’information sur la réforme de la PAC». Sylvie Brouard juge par ailleurs qu’il sera indispensable de diffuser très rapidement des messages techniques destinés à améliorer la rentabilité économique de l’exploitation, même si, selon elle, les débats dans les campagnes en 2005 porteront plus sur la mise en place des droits à paiement unique (DPU) que sur l’adaptation de l’exploitation aux contraintes du marché. Mais au final, conclut-elle, « cette réforme de la PAC va renvoyer chaque éleveur, chaque agriculteur, à lui-même».
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Le facteur « temps de travail »
Dans le grand ouest, l’avenir de l’engraissement est dans bon nombre de têtes, mais là aussi « les interrogations des éleveurs sont encore souvent d’ordre réglementaire, du style : quel va être mon niveau de DPU ?» rapporte Patrick Sarzeaud, animateur du réseau bovin pour la zone Bretagne-Pays de Loire. Fait nouveau, les techniciens d’élevage doivent également faire face à une véritable demande d’information en matière de reconversion des élevages laitiers en ateliers viande. « On répond aux éleveurs qu’ils vont perdre du revenu en faisant cela, mais on s’aperçoit que ceux-ci intégrent dans leurs réflexions le temps de travail qu’exige ces deux types d’élevage» indique Patrick Sarzeaud. Ainsi, certains éleveurs n’excluent pas d’abandonner l’élevage laitier, contraignant en terme d’horaires notamment, au profit de l’élevage bovins-viande. Pour ce qui est de l’incidence de la PAC sur le fonctionnement de l’exploitation elle-même, peu d’enseignements peuvent d’ores-et-déjà être tirés. Patrick Sarzeaud rappelle d’ailleurs que la réforme de Luxembourg ne donne « aucun signaux conséquents» en faveur d’une intensification ou d’une désintensification de la production, faute de disposer d’informations suffisantes sur le contenu du 2e pilier de la PAC.
L’évolution du cheptel influencera les choix de production
Animateur du réseau bovin dans le bassin charolais Le bassin charolais couvre quatre grandes régions administratives : la Bourgogne, l’Auvergne, le Centre, et Rhône-Alpes, Jean Devun confirme que la question des DPU (leur montant, leur transfert…) animera la plupart des discussions des éleveurs en 2005. Il est donc un peu tôt pour évaluer l’impact de la réforme de la PAC sur les choix de production des exploitants. Jean Devun précise d’ailleurs que d’autres facteurs entreront en ligne de compte : « la zone charolaise connaît depuis 3-4 ans un plafonnement de son cheptel en vaches allaitantes, et même un début de recul des naissances en races à viande ; ça se ressent sur les marchés et il est certain que cela influencera les choix de production».