La France aimerait relancer des discussions sur l'avenir du secteur laitier une fois les quotas de production abandonnés, en particulier pour protéger la production dans les zones défavorisées en temps de crise. Mais au sein du Conseil agricole les positions restent toujours aussi éloignées. Le commissaire européen, Phil Hogan, se dit prêt à rendre l'observatoire européen du lait plus efficace mais ne semble pas disposé à aller plus loin.
LA présidence italienne a soumis, lors de la réunion du 15 décembre des ministres de l'agriculture des Vingt-huit. aux États membres un questionnaire qui a permis, selon son ministre de l'agriculture Maurizio Martina, « de concentrer l'attention des institutions sur l'avenir du secteur laitier une fois que les quotas de production seront abandonnés et notamment sur les instruments de gestion du marché ». Mais sur ce dossier, les positions n'évoluent pas et les Conseil reste très divisé entre ceux qui souhaiteraient plus d'outils de régulation et ceux qui estiment que le système en place est déjà largement suffisant.
Recherche d'une majoritéUn débat que la France a contribué à relancer. « Pas de conclusion aujourd'hui, c'est le moins qu'on puisse dire », a commenté le ministre français, Stéphane Le Foll à la sortie de la réunion, annonçant qu'il avait transmis à l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne et l'Italie un document de travail sur la question. Il espère que sur cette base, une réflexion pourra être menée avec ces pays et aboutir à l'occasion du Salon de l'agriculture à Paris ou de la Semaine verte à Berlin à une position commune. Il a jugé le nouveau commissaire européen, Phil Hogan, « beaucoup moins sensible que son prédécesseur » à la régulation des marchés. Et se dit conscient que si une démarche devait être lancée, elle devrait venir des États membres.
Paris souhaite travailler sur une meilleure information (plus rapide et pertinente) de la part de l'observatoire européen du marché laitier : données prospectives, coûts de production, tendance du marché mondial, lien avec le marché de la viande. Ce suivi plus fin permettrait de définir différents niveaux d'alerte auxquels seraient associées des réponses pour soutenir les exploitations ou les systèmes d'exploitation, et les zones de production les plus affectées bien qu'économiquement viables en période normale. « Il est essentiel qu'une attention particulière aux régions de montagne soit portée dans le cadre des réflexions sur l'évolution du secteur laitier, étant donné la particularité de ces zones », précise le document français.
Superprévèlement remis sur le tapisSi la France peut compter sur le soutien de l'Espagne, de la Finlande ou de la Belgique, de nombreux États membres (Pays-Bas, Danemark, Allemagne, Suède, Irlande,…) ont estimé que les outils en place étaient suffisants. Ces délégations, et d'autres comme l'Autriche et la Roumanie, ont rappelé qu'elles auraient aimé une révision du taux de correction de matière grasse du lait afin de limiter le superprélèvement en 2015.
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«L A mise en place de l'observatoire européen des marchés des produits laitiers était une première étape, mais, sans outils qui permettent de gérer les crises, cet observatoire ne pourra pas remplir son rôle de lanceur d'alertes», s'inquiètent les Jeunes agriculteurs, dans un communiqué sur l'après-quotas laitiers, le 18 décembre. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, a lancé une «réflexion» sur l'après-quota laitier en Conseil des ministres à Bruxelles, le 15 décembre. Il souhaite définir des mécanismes d'alerte précoce, ainsi que différents niveaux de crise sur la base de critères inclus dans l'observatoire européen, rappellent les JA.
L'inquiétude ne porte pas sur le soutien acquis de la présidence italienne, mais sur celui de Phil Hogan, commissaire à l'Agriculture. «Il semble beaucoup moins sensible que son prédécesseur (Dacian Ciolos, NDLR) à la régulation des marchés», soutiennent les Jeunes agriculteurs.
En conclusion, Phil Hogan a seulement souligné que l'UE ne se trouvait pas en situation de crise « mais dans une phase de réaction à une période où les prix étaient très élevés ». Il a néanmoins regretté que certains pays aient augmenté leur production sans aucun contrôle ces derniers mois. Le commissaire a quand même indiqué qu'il comptait affiner le travail de l'observatoire européen du marché laitier et notamment étudier la possibilité de prendre en compte les marges de producteurs.
Sur la question du super-prélèvement, il a réaffirmé que les règles changeraient le 1er avril 2015, pas avant : « S'ils veulent limiter le montant du super-prélèvement qui leur sera demandé, les États membres peuvent dès maintenant prendre des mesures pour réduire la collecte laitière ». La Pologne a demandé à Bruxelles de pouvoir étaler le paiement de ce prélèvement par les éleveurs sur cinq ans à taux zéro. Une mesure que Phil Hogan veut bien étudier mais il faudra qu'elle soit compatible avec les règles sur les aides d'États.