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Céréales Le blé dur en perte de vitesse dans le Sud-Est

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Région traditionnelle de production du blé dur, le Sud-Est voit ses récoltes décroître année après année. Les surfaces remontent vers le Nord. Les professionnels cherchent à s’organiser pour éviter une érosion plus importante.

En 2004, la France cultivait 350 000 ha de blé dur. En 2007, les surfaces ont grimpé à 456 000 hectares. La culture progresse à vue d’œil, surtout depuis que le découplage total des aides a incité une partie de l’Italie à renoncer à cette production. La demande est dynamique, à l’intérieur de l’Europe mais aussi à l’extérieur : le Maghreb, notamment l’Algérie, reste une région très importatrice. « Les marchés ne sont plus tenus par l’Etat, a indiqué Jean-François Gleizes, président de Passion céréales, lors d’un voyage de presse organisé le 19 juin. Les industriels sont mêmes prêts à contractualiser mensuellement des livraisons, ce qui est totalement nouveau ». Les prix sont au rendez-vous : pour la récolte 2007, la coopérative GPS (Groupe Provence services) va par exemple payer en prix moissons 140 euros la tonne de blé dur. Y aurait-il un problème ? Oui : la production se déplace. Traditionnellement implantée dans le Sud, elle remonte vers le Nord pour se réduire dans le Sud-Est.

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Les surfaces remontent vers le Nord

D’après les statistiques de l’ONIGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures), les surfaces ont très fortement progressé dans le Centre, passant dans la zone d’Orléans de 39 900 ha en 2002 à 96 600 ha en 2006. Dans la région de Poitiers, la culture occupe 42 300 ha contre 10 900 en 2002, et près de Nantes, les surfaces ont doublé, montant à 30 000 ha. Dans le Sud-Est, les hectares stagnent ou baissent légèrement… Et surtout, les tonnages sont en perte de vitesse : 236 814 tonnes produites autour de Marseille en 2002, contre 155 000 tonnes en 2006. « C’est un problème d’érosion des rendements, explique Philippe Braun, spécialiste régional du blé dur. Le changement climatique est en cause. Nous avons perdu 100 mm de pluie en 20 ans ». Les professionnels de la filière sont inquiets, parce que cette baisse des rendements associée au découplage des aides limite l’intérêt du blé dur. « Avant 2003, la prime spécifique blé dur atteignait 250 euros par hectare dans les zones traditionnelles, explique Serge Vernet, président de GPS. Aujourd’hui, elle est de 40 euros/ha mais comme l’enveloppe globale est plafonnée, nous ne touchons que 30 euros/ha ». Depuis trois ans, environ, le blé dur du Sud-Est a également perdu la prime qualité que lui conférait le marché. La perspective d’une révision de la Pac qui apporterait avec elle le découplage total ou la régionalisation fait craindre le pire aux professionnels. La situation leur paraît d’autant plus regrettable que les débouchés export ne sont qu’à quelques encablures et que la région dispose d’outils industriels, tels la semoulerie de Panzani située à Marseille. Pour porter son message, la filière a décidé de créer un comité de pilotage régional à vocation politique. Affaire à suivre.