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Blé dur Le blé dur nord américain menacé par le réchauffement climatique

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Soulignant une prépondérance des céréales dites secondaires, comme le maïs, ou d’oléagineux, comme le soja, dans les assolements en Amérique du nord, Michel Ferret, directeur des marchés à FranceAgriMer, a montré qu’une forte régression des surfaces cultivées en blé, tendre ou dur, s’opérait dans cette partie du monde. Une situation qui résulte de facteurs géopolitiques, économiques et climatiques.

«La production mondiale de maïs dépasse désormais largement celle du blé avec un écart de 180 millions de tonnes en faveur du maïs », soulignait Michel Ferret, directeur des marchés à FranceAgriMer, lors des rencontres du syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (Sifpaf) et de son équivalent semoulier (CFSI), le 31 janvier à Paris. Un constat inquiétant pour les producteurs de blé anglo-saxons qui ont récemment lancé un appel à la recherche pour créer un blé OGM, a indiqué Michel Ferret. En effet, parmi les limites à l’expansion des surfaces de blé dans le monde, il y a un souci de stagnation des rendements, notamment vis-à-vis du maïs. D’après le Conseil international des céréales (CIC), l’écart de production mondial entre le maïs et le blé devrait se creuser davantage d’ici 2017 avec une production de maïs estimée à 980 millions de tonnes et de 730 millions pour le blé, soit un écart de 250 millions de tonnes. Pour Michel Ferret, la mise à l’amende du blé aux Etats-Unis est notamment le fait du découplage des aides aux productions acté par le Farm Bill en 1995-1996. À partir de ce moment les producteurs ont établi leurs assolements en répondant aux signaux de marché, « et l’on observe depuis une constante régression des surfaces en blé ». Plus précisément, la production mondiale de blé dur stagne depuis plus de dix ans.
« Depuis 2005, le Mexique est devenu un producteur significatif de blé dur présent à l’export, et le pays est venu chatouiller l’Union européenne sur ses débouchés vers le Maghreb à partir de 2007-2008 », a indiqué Michel Ferret. Le Kazakhstan aurait aussi un potentiel de développement de sa production et de ses exportations de blé dur, selon lui. Mais, outre les nouvelles concurrences, ce qui fait baisser les surfaces cultivées en blé dur aux Etats-Unis, ce sont les fluctuations de prime par rapport au blé tendre. Si le prix du blé dur est toujours supérieur à celui du blé tendre, la différence est assez variable, ce qui ne sécurise pas les producteurs vis-à-vis de leurs marges. Par ailleurs, les cours du maïs ou du soja ont tendance à être durablement plus hauts que ceux du blé dur. De plus, des substitutions avec le blé de printemps américain seraient réalisées par les acheteurs de blé dur, notamment au Maghreb, selon Michel Ferret. Ce qui ne tire pas la demande en blé dur et permet aux acheteurs d’esquiver les hausses de prix. En revanche, l’Union européenne espérait voir sa production de blé dur augmenter avec l’élargissement aux pays de l’est, mais cela n’a pas été le cas, a expliqué Michel Ferret.

Des marchés plus attractifs que celui du blé dur

Les assolements en blé dur en Amérique du nord subissent de plus en plus la concurrence d’autres cultures comme celles du maïs, du soja ou du canola. Ainsi, parmi les inquiétudes émises par Michel Ferret au sujet du marché du blé dur apparaissait le fait que la Chine, qui accapare déjà les deux tiers du marché mondial du soja, puisse s’intéresser au canola, principal oléagineux produit au Canada. « Cela risque de modifier les assolements au Canada, premier producteur mondial de blé dur, au profit des oléagineux même si le blé dur n’est pas cultivé dans les mêmes régions que le canola », s’est inquiété Michel Ferret. Cependant, il indiquait que, malgré des fondamentaux tendus aujourd’hui sur les marchés agricoles, maintenant les prix sur de hauts niveaux, des études indiquaient qu’à 6% de croissance en Chine, les matières premières pourraient baisser brutalement de 50%. Par ailleurs, aux Etats-Unis, dans le Nord-Ouest du pays, région traditionnelle de la production de blé dur, le progrès génétique permet désormais d’y cultiver du soja et du maïs, a indiqué le spécialiste. Cette tendance est aussi soutenue par le réchauffement climatique qui permet de cultiver toujours plus au nord le maïs et le soja au détriment, par endroit, du blé dur. Enfin, indiquant que le marché de la farine était éminemment géopolitique, avec des explosions d’importations en Irak et en Afghanistan depuis le début des guerres, Michel Ferret estime que si la désorganisation des pays du Sud de la Méditerranée se poursuivait, les exportations de produits transformés pourraient s’y développer. L’Union européenne aura alors peut-être son épingle à tirer pour l’exportation de produits transformés à base de blé dur vers le sud de la Méditerranée, selon Michel Ferret. Il a cependant indiqué que tendanciellement les échanges mondiaux de produits transformés à base de blé dur étaient pour le moment en régression.

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