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Le blé français pèsera peu à l’international

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FranceAgriMer a chiffré le 14 septembre les exportations 2016-2017 de blé tendre à 4,7 Mt vers les pays tiers (contre 12,6 Mt l’an dernier), conséquence d’une mauvaise récolte. L’établissement public souligne la difficulté de répondre aux exigences des principaux débouchés à l’international, avec un blé français trop faible en poids spécifique (PS).

Ce faible volume de blé français à l’international apparaît « totalement atypique », a indiqué Olivia Le Lamer, chef de l’unité grandes cultures, en pointant le manque de disponibilités et de qualité. La production nationale est estimée à seulement 28,5 Mt de blé tendre (contre 40,9 Mt l’an dernier), un « cas isolé » face au record mondial, également en maïs. Il sera « particulièrement difficile de répondre aux cahiers des charges » à l’export, « le poids spécifique (PS) étant un des critères majeurs » pour nos principaux débouchés, a-t-elle déclaré. La récolte française s’avère très déficiente sur ce point : 25 % du blé tendre dépasse 76 kg/hl, contre 50 % au-dessus de 78 kg/hl en moyenne quinquennale, d’après une enquête de FranceAgriMer. « Les destinations Maghreb, Proche et Moyen-Orient seront les premières impactées » par la baisse des exportations françaises de blé tendre, a considéré Olivia Le Lamer.

Forte segmentation du marché

La campagne 2016-17 s’oriente vers « une très forte segmentation du marché du blé tendre » à l’échelle du globe, a-t-elle indiqué. En cause, la « rareté relative » des qualités supérieures avec « des lots très dégradés », selon le compte rendu du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer. Aux Etats-Unis, le taux de protéines apparaît en baisse à 10,7 % (contre 11,4 % l’an dernier) pour le SRW (blé roux d’hiver), qui s’apparente au blé français. Même faiblesse au Canada. Dans la zone Baltique, la part du blé meunier est évaluée entre 50 et 70 % (contre 80 % l’an dernier). En Russie, le phénomène de germination soulève « une inquiétude croissante ». Côté Australie, les conditions humides font craindre « de possibles dégradations qualitatives ». En France, d’autres problèmes sont signalés, notamment autour d’un poids spécifique trop faible. « On a le gisement pour satisfaire le marché intérieur », a lancé le DG d’Arvalis Jacques Mathieu, pariant sur un scénario dans lequel la filière aura « la même compétence en logistique, organisation et savoir-faire » qu’en 2014 face à une moisson de faible qualité.

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La mauvaise récolte s’accompagne d’une faiblesse des cours. 2016-17 conduit à « un quatrième excédent de blé consécutif » dans le monde, a expliqué Olivia Le Lamer. « D’où une forte pression sur les prix. » Les difficultés des producteurs français sont d’autant plus grandes. 75 % des exploitations spécialisées en céréales et oléo-protéagineux auront un résultat économique négatif en 2016, d’après les simulations d’Arvalis. L’institut technique met en garde contre la tentation d’effectuer certaines impasses culturales. Sa recommandation est notamment de « diversifier les pratiques comme par exemple de semer un bouquet de variétés sur un créneau de dates suffisamment étalées, d’après un communiqué. Cela permet de mieux éviter les excès du climat et d’avoir un système robuste sur le long terme ». Un bon ajustement des doses de semis est conseillé. Les impasses sur amendements et fumure de fond, sauf cas particulier, restent « possibles sans impact immédiat sur le court terme », poursuit Arvalis. « En revanche, il n’est pas du tout conseillé de lever le pied sur certains (postes d’) intrants à impact pluriannuel comme le désherbage. »

« On a le gisement pour satisfaire le marché intérieur », d’après Arvalis

Un PS de 73 kg/hl en moyenne

L’enquête de FranceAgriMer sur la qualité du blé tendre à l’entrée des silos montre un poids spécifique (PS) moyen de 73 kg/hl contre 77,8 kg/hl sur la période 2011-15. 38 % se trouvent au-dessous de 72 kg/hl, valeur moyenne pour toutes les régions du quart Nord-Est. Le taux de protéines, à 12,6 % en moyenne, atteint un niveau record. Il apparaît néanmoins très hétérogène, sur le plan national et même au sein des régions. Des valeurs « plus habituelles » sont notées dans le Sud. Concernant la qualité boulangère, « le comportement est moyen, voire faible », selon les commentaires d’Arvalis.