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Le blé français se dirige vers 5,8 Mt de stock de report

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Le conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer, le 13 janvier, a relevé de 600 000 t ses estimations de stock de blé tendre, qui se dirige vers 5,8 Mt fin 2015-16. Du jamais vu depuis la fameuse récolte de 1998. En plus d’une offre abondante s’ajoute une demande peu dynamique.

« Il faut remonter (au temps de) l’intervention » communautaire pour trouver autant de blé disponible, a déclaré le président Rémi Haquin soulignant qu’« en stock libre, on n’a jamais eu ça ». Les prévisions d’export vers l’UE sont corrigées en baisse de 440 000 t, à 7 Mt. Elles pâtissent d’une concurrence britannique « énorme » sur les utilisations fourragères, a expliqué la chef de l’unité grandes cultures Olivia Le Lamer, le Royaume-Uni affichant 3,5 Mt de blé excédentaire à l’exportation et des prix « très compétitifs ». Les débouchés s’amenuisent aussi vers l’amidonnerie et l’industrie du gluten, résultat d’une demande de taux de protéines élevés. Concernant l’export vers les pays tiers, les estimations sont rectifiées en baisse de 200 000 t, à 11,3 Mt, notamment sous la pression du blé argentin. Le retard des chargements est certes résorbé dans les ports, avec 4,5 Mt embarquées au 1er janvier 2016 (+2 % sur un an). « On exporte autant de blé, mais avec 3 Mt de plus » en collecte, a noté Rémi Haquin. « Les opérateurs auraient dû le prendre en compte » et s’activer « plus tôt » à l’international, d’après lui, notamment sur le marché égyptien où le blé français a démarré « un mois plus tard ».

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Aux difficultés liées à l’abondance de l’offre s’ajoute un manque d’élasticité de la demande mondiale. « La demande n’est pas extrêmement dynamique malgré une baisse des prix qui dure et s’accentue », a souligné Olivia Le Lamer.
La concurrence entre les grands pays exportateurs, déjà féroce, s’est encore accrue depuis le retour de l’Argentine dans le jeu mi-décembre, avec la levée des taxes à l’exportation sur le blé et le maïs. Sa compétitivité est « bel et bien restaurée » grâce aux mesures prises par le nouveau président Mauricio Macri, a expliqué la spécialiste. Pour la première fois depuis 2012, l’Argentine a ainsi raflé fin décembre un important appel d’offres de l’Egypte, premier acheteur mondial de blé, damant le pion aux exportateurs russes, français et ukrainiens. L’Argentine est aidée par le très faible prix du fret maritime, qui lui permet d’accéder aux marchés du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est.
Il y a « moins d’optimisme des opérateurs (français) sur la destination égyptienne », a signalé Olivia Le Lamer, d’autant que le pays envisage une tolérance zéro vis-à-vis de l’ergot (contre 0,05 % jusqu’ici), parle d’un délai de paiement de trois mois, et a laissé "en carafe" pendant plusieurs jours trois bateaux français chargés de blé, faute de lettres de crédit.
Y aura-t-il assez de place pour garder un tel stock de blé français ? « Ça tiendra », a promis Rémi Haquin, mais il faudra peut-être entreposer une partie de la nouvelle récolte de façon précaire. « On peut stocker temporairement en juillet, août, septembre sous des hangars, si le blé est moissonné dans de bonnes conditions », a-t-il considéré.

« On exporte autant de blé, mais avec 3 Mt de plus » en collecte, a noté Rémi Haquin.