Un colloque sur les enjeux géopolitiques du blé, co-organisé le 18 juin par l'AGPB, a souligné combien la France dispose d'un atout stratégique en tant que puissance exportatrice. Matthias Fekl, secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur, a visiblement bien reçu le message : « Toutes mes délégations, lors de déplacements à l'étranger, vous sont ouvertes », a-t-il lancé aux représentants de la filière.
« Le blé fait grandir la taille de la France sur une planisphère », a considéré Sébastien Abis, chercheur à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), en présentant son nouvel ouvrage (1). Et de s'interroger : « Pourquoi politiquement, médiatiquement, les ventes de Rafale » sont mises en avant, alors qu'« on ne parle pas des ventes de blé » ? 8 à 10 milliards d'euros d'excédent de la balance commerciale sont générés par le blé, soit 76 Rafale, a rappelé Philippe Pinta, président de l'AGPB. Il s'agit d'une production largement excédentaire : 55 % sont exportés. Avec comme destination principale le Maghreb, qui capte l'équivalent d'1 ha de blé français sur 5.
Dans la conclusion de son livre, Sébastien Abis estime que « la France doit prendre ses responsabilités et construire sa puissance globale en misant peut-être davantage sur cette céréale. » « Car la demande mondiale en blé augmente, et parfois plus vite que sa production. Par ailleurs, les accidents météorologiques et les évènements géopolitiques peuvent fréquemment déstabiliser récoltes et flux commerciaux. La sismicité naturelle de la planète blé pourrait s'amplifier et causer de sérieux troubles à la sécurité de certains pays ou régions. »
Un message transmis auprès du gouvernement. Matthias Fekl, secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur, l'a visiblement bien reçu : « Je suis à votre disposition », a-t-il lancé aux représentants de la filière. « Toutes mes délégations, lors de déplacements à l'étranger, vous sont ouvertes. »
Le colloque a souligné les « responsabilités » de la France en géopolitique du blé, selon l'AGPB. « La responsabilité de la France dans l'approvisionnement futur des pays du sud de la Méditerranée, du Proche et du Moyen-Orient, régions du monde à forte croissance démographique, à capacités agricoles limitées et à évolutions politiques complexes a été mise en évidence », avance un communiqué. L'AGPB évoque une « responsabilité morale et diplomatique » vis-à-vis de ces pays, une « responsabilité politique et économique » vis-à-vis des Français.
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Avantage diplomatique
Jean-François Loiseau, président du groupe coopératif Axéréal, a lui estimé que « la France a un devoir de produire », à la fois pour les clients nationaux et pour « l'export, qui doit devenir le fer de lance de (son) économie agricole ». Problème, le secteur « manque d'accès à l'innovation, aux biotechnologies » : « Depuis quelques années, on bute sur ces aspects ». « Il faut redevenir les meilleurs, par l'innovation, la taille », a-t-il insisté, appelant à « ne pas avoir peur de créer des entreprises fortes, capables d'aller à l'international ».
Pour l'enseignant chercheur Pierre Blanc (Bordeaux Sciences Agro), « la France est une puissance » et « les céréales peuvent être un attribut de cette puissance ». À son actif : un territoire favorable mais aussi des hommes, qui constituent « un des mondes agricoles les plus organisés ». La capacité d'exportation française présente à ses yeux un atout sur le plan diplomatique. « Si la vente de Rafale au Qatar n'a pas été bien vue en Iran, celle de blé a l'avantage de ne pas être marquée du sceau militaire, a-t-il déclaré. La France possède un vrai atout diplomatique avec sa capacité d'exportation. »
(1) « Géopolitique du blé, un produit vital pour la sécurité mondiale », Ed. Armand Colin, parution en juillet