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Viande bovine Le Brésil refuse de faire l’impasse sur le marché européen

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Evincé du marché européen de la viande bovine pour des raisons sanitaires en début d’année, le Brésil multiplie les initiatives pour reprendre sa place. Avant tout une question de prestige pour ce pays, tant il domine le marché mondial. Ces derniers mois, le géant sud-américain a fortement renforcé ses positions en Russie, en Malaisie et en Indonésie et négocie actuellement des marchés en Corée du Sud et au Japon profitant des difficultés rencontrées par le fournisseur traditionnel de ces pays qu’est l’Australie, affaiblie par la sécheresse .

Depuis février, seule une centaine d’exploitations brésiliennes sont autorisées à commercialiser de la viande en Europe, faute de généralisation d’un système de traçabilité des animaux suffisamment sophistiqué aux yeux du Vieux continent. Du coup, l’acheminement de viande du Brésil vers l’UE est en chute libre ces derniers mois, en recul de plus de 30 % par rapport à 2007. Ce chiffre n’affole pas l’Association brésilienne des industries exportatrices de viande (Abiec), étant donné que, selon elle, le déficit d’exportation a d’ores et déjà été absorbé par d’autres pays, notamment en Asie et au Moyen-Orient. Le secteur bénéficie, de surcroît, d’un incroyable dynamisme de la consommation intérieure au Brésil qui pourrait rapidement atteindre 40 kg par an et par habitant.

Loin de se satisfaire de la situation, les professionnels brésiliens veulent reprendre leurs positions : malgré les protections tarifaires, l’UE constitue une référence pour les autres marchés dans le monde, explique en substance l’Abiec, et les prix y sont très attractifs.

« D’autres garanties sanitaires »

« D’ici à la fin de l’année », l’ensemble des normes européennes seront respectées, a assuré le ministre brésilien de l’agriculture Reinhold Stephanes, devant quelques journalistes européens. Si le ministre brésilien comprend difficilement l’intérêt de la traçabilité individuelle des animaux réclamée par les Européens, « nous allons le faire », promet-il, tout en insistant sur les « autres garanties sanitaires » des élevages de son pays : en particulier la non-utilisation des farines carnées à l’origine de la vache folle en Europe ou aux Etats-Unis et des hormones de croissance.

De plus, étant donné l’évolution favorable de l’épidémie de fièvre aphteuse, M. Stephanes considère que l’Europe devrait aussi lever en 2009 l’embargo qui frappe les principales régions d’élevage bovin.

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D’ores et déjà, 1 kilogramme de viande sur trois exporté dans le monde, est d’origine brésilienne. Les principaux opérateurs du pays ne comptent pas s’arrêter là, d’autant qu’ils sont épargnés par la flambée du prix des aliments pour animaux qui frappe de plein fouet leurs concurrents européens et américains : le bétail brésilien bénéficie de vastes zones de pâturages où l’herbe est abondante durant toute l’année, sauf sécheresse exceptionnelle.

Création de géants mondiaux

« A l’heure actuelle, il n’y a en moyenne qu’un animal par hectare, dans les exploitations. Il est possible d’augmenter le nombre de bêtes jusqu’à 1,5 voire 2 animaux par hectare », affirme Reinhold Stephanes. Une intention d’ailleurs affichée par plusieurs éleveurs brésiliens de la région du Minas Gerais et du Mato Grosso do Sul. Le cheptel brésilien qui compte déjà 200 millions de têtes a donc encore de larges marges de progrès. Et les améliorations génétiques du bétail ont permis de faire passer de 48 à 24 mois l’âge d’abattage des animaux – principalement des zébus de la race Nelore.

La compétitivité du secteur brésilien a permis, ces dernières années, l’avènement à une vitesse fulgurante d’abattoirs géants tels que JBS Friboi, Marfrig, Bertin ou Minerva qui surclassent facilement l’ensemble de leurs concurrents sur la scène internationale. Depuis 2006, ces industriels ont racheté de nombreuses entreprises dans le monde, notamment aux Etats-Unis, en Australie, en Argentine ou même en Italie.

Installations dédiées à l’export

Ces sociétés se sont dotées, au Brésil, de sites de production dédiés à l’exportation. C’est le cas, notamment d’Independência qui détient, dans la région du Mato Grosso, un vaste abattoir (entre 1000 et 1200 têtes de bétail par jour) pour ses opérations vers la Russie, la Palestine ou encore l’Iran. « Les installations ne sont pas conçues pour être compétitives sur le marché intérieur brésilien où la concurrence est très rude », explique Filip Traen, l’un des négociants de l’entreprise, d’origine belge. En revanche, elles sont redoutables à l’export, tant elles sont capables de fournir de grandes quantités de viande qui correspondent en termes de qualité, de découpe et de marketing, aux demandes du marché. De la production de biodiesel à partir des graisses animales (entre 15 et 18 litres par animal) à la fabrication de farines animales (25 kg par animal) ou au cuir, l’ensemble des sous-produits sont mis en valeur pour optimiser la production.