Abonné

Le Brexit aura des conséquences sur la Pac post-2020

- - 6 min

La sortie du Royaume-Uni de l’UE, dont Londres pourrait officialiser la demande plus rapidement que prévu, aura, selon une étude publiée par le Parlement européen, un impact sur la configuration de la Pac après 2020. Les conséquences du Brexit étaient à l’ordre du jour d’une réunion extraordinaire des présidents des organisations et coopératives agricoles de l’Union, le 15 juillet à Bruxelles.

« La négociation de nouveaux arrangements commerciaux (et financiers) entre l’Union et le Royaume-Uni à la suite du Brexit influencera l’élaboration de la Pac post-2020 », avertit Alan Swinbank, de l’Université britannique de Reading, dans une étude sur les « interactions entre la politique extérieure et l’UE et la politique agricole commune » publiée par le Parlement européen et destinée à sa commission de l’agriculture. Selon l’auteur, il s’agira de l’un des trois facteurs principaux qui auront un impact sur la future Pac, les deux autres étant « la nécessité de renforcer le verdissement » et « l’évolution géopolitique sur les flancs Sud et Est de l’Union » qui pourrait se traduire par « des demandes d’accès amélioré pour les produits agroalimentaires en provenance de ces régions ».

En revanche, les contraintes de l’OMC « ne seront probablement pas un facteur majeur ».

Un impact financier…

Selon l’étude publiée par le Parlement européen, le Brexit – thème d’une réunion extraordinaire des présidents des organisations et coopératives agricoles de l’UE le 15 juillet à Bruxelles – « pourrait avoir un impact sur la future Pac de trois façons ».

En premier lieu, le budget de l’Union sera plus « resserré » une fois que la contribution nette de Londres, soit quelque 6 milliards € en moyenne au cours des dernières années, aura disparu. À moins que « le Royaume-Uni puisse être persuadé de payer une indemnité conséquente d’une ampleur comparable pour s’assurer l’accès au marché unique, comme le font les membres non-UE de l’Espace économique européen » (Islande, Norvège et Liechtenstein).

Bien que cette contribution ne représente qu’une partie relativement faible du budget européen qui s’établit à 155 Mrd € pour 2016, « sa perte devra être prise en compte dans le budget post-2020, ce qui pourrait aboutir à une réduction des crédits pour la Pac », estime l’auteur.

… commercial et politique

Il y aura vraisemblablement un impact sur les courants commerciaux, avec des conséquences sur les prix de marché « dans des régions et pour des produits spécifiques », prévoit ensuite l’étude. Le secteur agroalimentaire irlandais, notamment, « a des liens étroits avec le marché britannique et regardera de près les négociations » entre Londres et Bruxelles.

Enfin, troisième impact potentiel du Brexit, la disparition de « l’influence du Royaume-Uni » sur l’évolution de la Pac.

Phil Hogan veut « travailler dans la direction montrée par les Britanniques »

Sur ce dernier point, Phil Hogan estime que « les ministres successifs du Royaume-Uni ont influencé l’évolution de la Pac d’une façon positive, en insistant sur une plus grande orientation vers le marché, sur la protection de l’environnement et sur une politique de développement rural plus large ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« Je suis satisfait que cette influence ait amélioré une politique, dont je serais le premier à admettre qu’elle est loin d’être parfaite et que j’ai entrepris d’améliorer, en travaillant dans la direction que les ministres britanniques ont souvent montrée », a déclaré le commissaire européen à l’agriculture le 8 juillet à Maidstone, en Angleterre, où se tenait le 87e Kent County Show, importante exposition agricole.

La demande officielle de Londres peut-être plus tôt que prévu

Le Royaume-Uni devait se doter le 13 juillet, plus tôt que prévu, d’une nouvelle première ministre en la personne de Theresa May, appelée à succéder à David Cameron. Ministre de l’intérieur jusqu’à maintenant, Theresa May, 59 ans, qui avait plaidé pour le statu quo lors du référendum du 23 juin, a indiqué que le vote des Britanniques serait respecté. « Brexit signifie Brexit » et « nous en ferons un succès », a-t-elle déclaré. « Je ne saurais être plus claire : il n’y aura pas de tentative pour rester au sein de l’UE », pour « revenir par la porte dérobée ». La Chambre des communes britannique débattra néanmoins le 5 septembre de la tenue d’un deuxième référendum sur l’appartenance du pays à l’Union. Cette décision a été prise à la suite d’une pétition qui a recueilli plus de 4 millions de signatures.

La clarification peut-être plus rapide qu’attendu de la situation politique du pays nourrit parmi de nombreux partenaires européens l’espoir que Londres pourrait officialiser sa demande de sortie plus tôt qu’anticipé et ainsi mettre fin à une période d’incertitude.

Julian King candidat proposé au poste de commissaire

Parallèlement, la Commission européenne a annoncé le 11 juillet qu’elle ferait connaître à la fin du mois le portefeuille qu’elle compte confier au futur commissaire britannique, Julian King, suggérant ainsi que le président de l’exécutif, Jean-Claude Juncker, accepte le candidat proposé par Londres pour remplacer Jonathan Hill qui était chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux, et avait démissionné après le vote sur le Brexit.

La désignation de Julian King, ambassadeur à Paris et ancien chef de cabinet des Britanniques Peter Mandelson (commerce) et Catherine Ashton (diplomatie) à la Commission en 2008-2009, requiert un accord entre le président de l’exécutif et le Conseil de l’UE après consultation du Parlement européen.

José Manuel Barroso et le Brexit

Par ailleurs, l’image de « Bruxelles » a été quelque peu ternie après que José Manuel Barroso ait décidé de rejoindre la banque d’affaires Goldman Sachs, qui avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour entrer dans la zone euro, une action à l’origine de la crise que subit le pays depuis 2008. « Évidemment, je connais bien l’UE et relativement bien aussi le contexte britannique », a déclaré au Financial Times celui qui a été président de la Commission européenne de novembre 2004 à octobre 2014. « Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider ».

La Commission a estimé le 11 juillet que ce pantouflage respecte les règles et traités de l’Union.