Abonné

Production bovine Le broutard français doit s’adapter au marché italien

- - 4 min

« Seule une meilleure adéquation de l’offre française aux besoins des engraisseurs italiens peut enrayer le recul de l’activité d’engraissement », annonce clairement l’Institut de l’élevage dans dossier Economie de l’élevage de juin. L’Italie est dépendante à 43% des importations de viande et la viande bovine représente 50% des tonnages de viandes vendues dans le pays. La péninsule est un marché clef pour la France et ce d’autant plus qu’il est rémunérateur. Pour l’Institut de l’élevage, il semble « inéluctable » que l’activité d’engraissement se rétracte dans les années à venir. Le remplacement de l’exportation de broutard par de la viande n’est que peu probable car le marché italien de la viande est très concurrentiel, d’où la suggestion de l’Institut de « renforcer la filière franco-italienne » sur le vif.

«Les engraisseurs italiens pointent quelques faiblesses des broutards français en matière de saisonnalité, de gabarits qui deviennent trop gros pour le marché italien et de performances de croissance en phase d’engraissement affectées par une trop forte complémentation », constate l’Institut de l’élevage, dans son dossier Economie de l’élevage de juin. Dans ce sens, l’Institut de l’élevage prône l’amélioration de l’adéquation de l’offre française à la demande italienne. Le titre de l’étude est explicite : Le marché de la viande bovine en Italie : un débouché clef menacé. Effectivement, l’engraissement de broutard français en Italie est en perte de vitesse (Agra-presse du 11 octobre 2010). Pression foncière, directive nitrate, développement du biogaz, baisse des primes pour l’engraissement amènent « inéluctablement » à une chute de l’activité italienne d’engraissement dans les années à venir. « C’est cela que doit surtout redouter la filière française d’exportation de bovins maigres, bien plus que la concurrence de broutards étrangers », note l’Institut de l’élevage.

Des solutions pour coller à la demande italienne
Face à cette érosion de l’engraissement en Italie, et pour mieux coller à la demande italienne, l’étude propose de travailler sur l’« étalement des vêlages pour produire des broutards toute l’année », une « moindre complémentation des broutards dans les élevages français [...] pour ne pas dégrader les performances de croissance dans les ateliers italiens ». « Mettre fin à l’augmentation des gabarits des races à viande » et associer les « interlocuteurs italiens aux réflexions sur les critères de sélection génétique pour les races particulièrement concernés par le débouché transalpin » (charolaise, limousine, blonde d’Aquitaine…) font également partie des propositions de l’Institut de l’élevage. Au-delà de ces observations, l’Institut de l’élevage remarque également que « le marché n’est pas toujours très transparent et envoie des signaux contradictoires qui ne permettent pas la meilleure réactivité des différents acteurs »

Un marché italien de la viande hyper concurrentiel
Par ailleurs, la concurrence est rude sur le marché de la viande italienne, un des marchés les plus rémunérateurs de l’Union européenne. « Les viandes irlandaises et allemandes arrivent moins chères que les françaises et sont en outre livrées avec des distributeurs italiens (muscles sous vide catégoriel, unités de vente consommateurs industrielles ou UVCI…). [...] Les viandes polonaises et d’Amérique du Sud, certes positionnées sur des créneaux différents, ont un avantage prix indéniable qui leur a permis de se faire une place importante sur le marché italien », relève l’Institut de l’élevage. De plus, selon l’étude, « face aux évolutions de la demande et à l’éloignement de la crise ESB [appelée aussi « vache folle », ndlr], les distributeurs font évoluer leur stratégie d’approvisionnement et de segmentation du rayon viande. La large place laissée jusqu’alors au cœur de gamme, essentiellement occupée par les taurillons nés en France et engraissés en Italie, se réduit progressivement au profit du développement des segments premier prix et haut de gamme. » Pour les éleveurs français, exporter du vif est plus intéressant que d’exporter directement de la viande. En effet, « la viande française n’est plus compétitive sur le plan du prix alors que c’est un critère de choix déterminant » aujourd’hui. La concurrence est rude, en Italie, entre la viande française importée et la viande issue du broutard français et engraissé sur place.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.