La filière du foie gras a maintenu dans le rouge les résultats du groupe coopératif du Sud-Ouest en 2019/2020, touché cette fois-ci par la crise de la Covid-19 et ses conséquences sur la consommation. Un nouveau choc extérieur qui renforce la volonté de Maïsadour de poursuivre la restructuration du pôle gastronomie MVVH et ses marques Delpeyrat, Sarrade et Delmas. En revanche, les productions végétales ont plutôt bien marché, aidées par une bonne récolte et des ventes records de semences pour les grandes cultures.
Pour qualifier l’exercice 2019/2020, la direction du groupe coopératif Maïsadour utilise les adjectifs « difficile et contrasté ». Le chiffre d’affaires global du groupe a atteint 1,358 milliard d’euros, stable par rapport à 2018/2019, avec un EBE qui se redresse légèrement à 31 millions d’euros (contre 25,3 millions d’euros en 2018/2018, et 57 millions d’euros en 2017/2018). Mais le résultat est « significativement négatif », indique le directeur général Philippe Carré, sans donner le chiffre exact. En 2018/2019, le groupe affichait une perte nette de 25 millions d’euros.
Les douze mois qui se sont écoulés jusqu’au 30 juin 2020 ont été fortement marqués par une succession de chocs extérieurs particulièrement dommageables pour la branche gastronomie, essentiellement constituée par la filière du canard gras (la filiale MVVH a réalisé 368 millions d’euros de chiffre d’affaires avec ses marques Delpeyrat, Sarrade et Delmas). « Toutes nos activités s’améliorent, sauf le canard, et nos résultats seraient positifs sans le canard qui nous tire vers le bas », avoue Philippe Carré. La saison festive 2019 a été touchée par les grèves, les Gilets jaunes et la loi Egalim qui ont perturbé les ventes, avant que la Covid-19 et le confinement ne gâchent les fêtes de Pâques, autre temps fort de consommation du foie gras. « Depuis cinq ans, nous n’avons plus d’année normale pour le foie gras, dont toute la filière a commencé à être touchée avec les deux épizooties de grippe aviaire en 2016 et 2017 », rappelle Philippe Carré.
Le groupe a pris plusieurs mesures pour s’adapter au nouveau contexte. En juillet, il a lancé un plan concernant le pôle gastronomie, appelé Rebond 2023. Il s’agit d’adapter l’outil industriel à des volumes en baisse structurelle, et que la coopérative n’envisage pas à la hausse dans les prochaines années. Plusieurs sites ont déjà été fermés lors de l’exercice 2018/2019 (Dax et Tarn-et-Garonne), vendus (Thouars) ou reconfigurés (Mugron). Plus récemment, début 2020, le site de Gourdon (Lot) a été cédé et l’abattoir de Saint-Sever (Landes) a été fermé. Rebond 2023 prévoit de supprimer 136 postes (dont 59 départs contraints). En parallèle, « plusieurs millions d’euros d’investissement sont programmés d’ici 2023 pour l’automatisation du site de Saint-Pierre-du-Mont, notamment les fins de lignes », précise Philippe Carré. Maïsadour souffre plus que ses concurrents du contexte économique et sanitaire, étant le plus important opérateur de la filière foie gras en nombre de sites.
Toujours en recherche de partenaires financiers
Le plan de restructuration prévoit aussi de se rapprocher de partenaires. « On cherche toujours des partenaires financiers pour les salaisons, une activité qui exige un besoin important de fonds de roulement à cause des stocks immobilisés, et pour l’aquaculture », indique Philippe Carré. Le directeur général espère pouvoir revenir à « un niveau honorable d’EBE » pour le pôle gastronomie en 2023. MVVH n’a pas trop souffert de la fermeture des restaurants avec 11 % de son chiffre d’affaires réalisés vers les grossistes et la RHF, contre 76 % en GMS.
Le pôle volaille (215 millions d’euros de chiffre d’affaires), quant à lui, a connu « des ventes dynamiques, sans pour autant avoir pu satisfaire la demande, ne pouvant pas vendre ce qui n’a pas été mis en place en élevage », note le groupe. « La cuisine à la maison a été favorable à nos ventes, en légère hausse depuis ces dernières années », constate Philippe Carré. L’offre de la filiale du groupe, Fermiers du Sud-Ouest, est très orientée vers les labels, les produits locaux ou sous IGP, ce qui correspond à une tendance de consommation qui se renforce depuis ces derniers mois. Ses ventes se font à 44 % vers les GMS et 26 % vers le circuit traditionnel. Maïsadour produit aussi depuis quelques mois le poulet sous la marque C’est qui le patron.
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La distribution par les boutiques en propre ou en franchises (7 % des ventes du pôle gastronomie), est un motif de satisfaction à travers le concept de magasins de producteurs, qui plaît au public en quête de produits locaux et authentiques. « Les boutiques En Direct De Nos Producteurs ont affiché une croissance de chiffre d’affaires de 5 % par rapport à l’exercice précédent », note Maïsadour, et le concept a évolué en intégrant un volet restauration sur place (rôtisserie). « Ce nouveau concept alliant épicerie et rôtisserie va être déployé en franchises avec trois ouvertures très prochainement », annonce Philippe Carré. En revanche, le réseau des boutiques Comtesse Du Barry a souffert lors des événements de fin 2019 avec deux boutiques saccagées. Le réseau d’une soixantaine de magasins, pour moitié franchisé et pour un tiers en région parisienne, n’a pas atteint ses objectifs de croissance au cours de l’exercice et a perdu son DG Jérôme Fourest qui a quitté le groupe. Toutefois, les ouvertures se sont poursuivies et les ventes en ligne sont en forte croissance.
Répondre aux nouvelles attentes de consommateurs
Pour ce qui est de l’exercice en cours, Philippe Carré se garde bien de tout pronostic. La saison festive, un moment clé pour le pôle gastronomie, se présente de façon délicate : les distributeurs ont traîné les pieds pour commander autant que les années précédentes, conséquence des messages sanitaires visant à limiter les contacts familiaux. « On a envie de croire que les Français auront envie de se faire plaisir et dépenser ce qu’ils ont épargné », prévoit-il. Mais les tablées seront sans doute plus petites et les restaurants vont rester fermés au moins jusqu’à la mi-janvier.
À plus long terme, Maïsadour travaille aussi sur son offre pour mieux répondre aux attentes émergentes des consommateurs : une direction R & D et Innovation a été créée cette année au sein de Delpeyrat pour « développer des produits novateurs, en améliorant la qualité des produits existants, et en innovant sur les produits, process et emballages sur l’ensemble des marchés », note le groupe. Un foie gras sans conservateur a été ainsi lancé, et l’ensemble de la gamme de jambon de Bayonne destinée aux restaurateurs (Sarrade) est désormais sans conservateurs. Maïsadour a aussi pris des participations dans AMP-Saumon de France pour pouvoir « approvisionner ses sites de Castets (Landes) et de Cany Barville (Seine-Maritime) avec des saumons et des truites élevés en mer 100 % français. » Le groupe peut ainsi répondre à « une demande de plus en plus forte des consommateurs qui souhaitent consommer sain, frais, local et éco-responsable. » Une initiative qui s’inscrit dans « une démarche RSE plus structurée et ambitieuse a été initiée début 2020 » par MVVH afin de se positionner comme le « référent engagé et responsable » de ses marchés.
Si le pôle gastronomie est en difficulté, Maïsadour peut toutefois compter sur ses pôles productions végétales (270 millions d’euros de chiffre d’affaires) et semences grandes cultures (155 millions de chiffre d’affaires) qui ont « significativement amélioré » leurs résultats, avec un record de ventes et parts de marché sur les semences de maïs en Europe. Des activités qui ont permis de limiter les pertes subies à l’échelle du groupe.