Dans un avis soumis et adopté en plénière le 10 novembre, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) propose de relocaliser l’industrie du lin et du chanvre grâce aux utilisations à valeur ajoutée, avec les fibres « techniques » (pour bio-matériaux) et en développant le marché intérieur par la formation des artisans du bâtiment. Dans une étape ultérieure, la filière textile pourrait être redéployée.
Le Cese propose de doper les utilisations du lin et du chanvre à valeur ajoutée pour fournir une alternative à la transformation chinoise, et ainsi sécuriser et accroître le débouché de la production. « Les débouchés les plus prometteurs sont ceux de l’habitat et des matériaux composites de renfort » pour le nautisme (bateaux de plaisance et planches de surf), a indiqué le 10 novembre Catherine Chabaud, navigatrice, journaliste et rapporteur de l’avis proposé (et voté par 174 voix pour et une abstention). Ce sont en effet ceux qui permettent de développer les débouchés à valeur ajoutée et de proximité, par opposition au débouché que représente l’exportation de fibre de lin brute à la Chine.
D’abord la formation des artisans et architectes
Pour cela, l’avis de Catherine Chabaud dresse une liste de dix recommandations. Il propose en priorité d’encourager l’utilisation du lin et du chanvre par la formation des artisans et architectes en bâtiment. Le lin et le chanvre peuvent en effet être transformés en matériaux d’isolation (panneaux de lin et béton de chanvre).
Il recommande aussi d’adapter la réglementation : pour que « la spécificité des bétons et isolants biosourcés soit mieux prise en compte » dans les nouvelles normes « tant structurelles, thermiques et acoustiques ».
Le textile représente encore 90 % du débouché pour le lin
L’avis adopté propose aussi un fonds de péréquation qui serait alimenté en fonction du niveau des cours, pour stabiliser la production au stade agricole. Le risque n’est pas tant de voir les surfaces de lin et de chanvre remplacer les surfaces de cultures alimentaires (le chanvre ne représente que 0,03 % de la SAU française et le lin 0,2 %) que celui d’une déstabilisation du marché si les surfaces grimpent trop vite.
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Il suggère que les consommations intermédiaires et finales « puissent bénéficier » d’outils fiscaux et réglementaires qui permettent aux entreprises mettant en œuvre des produits biosourcés de répondre aux appels d’offres.
Reconstruire une filière du textile
Enfin, l’avis envisage le redéploiement d’une filière textile, parce que le textile représente 90 % du débouché, les fibres techniques ne représentant que 10 %. Et aussi parce que les coûts chinois s’élèvent. Le rapport « appelle à la réalisation d’une étude de faisabilité sur un redéploiement des activités de seconde transformation (filage, tissage), en particulier en France, en raison de la place du pays dans la production primaire ».
Catherine Chabaud a rappelé à ce propos qu’au début du XXe siècle, la Bretagne et le Val de Loire étaient couverts de lin et de chanvre.
Tous les développements potentiels des débouchés pourraient permettre aux surfaces de lin et de chanvre d’augmenter, mais sans à-coups, comme ont tenu à le rappeler les responsables des filières lin et chanvre présents à l’audition.
La séance plénière de ce 10 novembre, consacrée au lin et au chanvre, était la dernière de la mandature – cinq ans – du Cese. Le prochain président du Cese sera élu le 1er décembre.