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Le CGAAER s’inquiète pour son ministère

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Huit inspecteurs et ingénieurs généraux du CGAAER se sont penchés sur l’intérêt de la société civile pour les thèmes traités par leur ministère, s’inquiétant de la « déréliction » de l’agriculture dans les actualités et les priorités des politiques publiques. Ils vont jusqu’à s’interroger sur l’intitulé de leur ministère qui ne permet « pas toujours d’identifier une priorité publique globale renforcée ou l’émergence d’un nouvel axe prioritaire de l’action de l’État ». Contrairement au ministère de « la Transition écologique ».

Le CGAAER semble inquiet pour son ministère, celui de l’Agriculture. C’est le sentiment qui ressort de la lecture d’un récent rapport intitulé « Acteurs de la société civile : que pensent-ils de l’action du ministère de l’agriculture et de l’alimentation ». Dans ce rapport, produit à leur propre initiative, paru le 12 décembre, huit inspecteurs et ingénieurs généraux s’inquiètent de l’aura du 78 rue de Varenne.

Pourquoi ? Les auteurs expliquent dans leur rapport, remis au ministère cet été, qu’ils ressentaient depuis plusieurs mois, une impression de « déréliction » de l’agriculture dans les actualités française et européenne. Un sentiment confirmé, lorsque au printemps dernier, deux documents européens majeurs, la Déclaration de Rome (60 ans du traité de Rome) et le livre blanc de la Commission sur l’avenir de l’Europe ne mentionnèrent pas la Pac comme « élément fondateur ou enjeux d’avenir pour l’UE ». Le CGAAER a donc mené l’enquête : l’agriculture est-elle un thème délaissé par leurs concitoyens ?

Le CGAAER a décidé de confronter ses impressions avec la réalité. Pour ce faire, les auteurs ont questionné des représentants dits « généralistes » de la société civile (think-tanks généralistes, centrales syndicales et patronales généralistes, Cese) pour connaître l’intérêt qu’ils portaient actuellement aux thématiques couvertes par le ministère de l’Agriculture (agriculture, pêche, forêt, enseignement agricole…). Avaient-ils travaillé ces dernières années sur ces sujets ?

Thématiques « orphelines », représentants peu représentatifs

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ministère de la Transition écologique
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Résultat de l’enquête : ces thèmes sont globalement « peu traités » par ces acteurs, rapporte le CGAAER. Certaines thématiques sont même carrément considérées comme « orphelines ou déclinantes », y compris… le bien-être animal. Résultat inquiétant mais peut-être pas très représentatif. Le faible intérêt pour le bien-être animal a dû mettre la puce à l’oreille du CGAAER, qui s’interroge du coup sur l’influence et la représentativité desdits représentants de la société civile (CGT, Medef, Terra Nova, institut Montaigne…). Les huit inspecteurs et ingénieurs du CGAAER promettent d’interroger à l’avenir d’autres « faiseurs d’opinion », faisant probablement référence aux ONG welfaristes ou abolitionnistes.

Ces résultats ne parvenant peut-être pas à calmer leur inquiétude, les auteurs ont poussé leur réflexion jusqu’à la sémantique : y a-t-il quelque chose qui cloche dans l’intitulé de notre ministère ? Pour le savoir, ils ont lorgné sur celui de leur « concurrent », le ministère de la Transition écologique : « contrairement à ce que l’on peut remarquer depuis une quinzaine d’années dans les intitulés successifs du ministère en charge de l’environnement, (les intitulés du ministère en charge de l’agriculture) ne permettent pas toujours d’identifier une priorité publique globale renforcée ou l’émergence d’un nouvel axe prioritaire de l’action de l’État », s’inquiètent les auteurs.

Pour creuser encore cette question, le CGAAER est même allé jusqu’à comparer l’intitulé de son ministère avec celui de ses voisins européens (voir graphique). Et de constater que « certaines orientations, fruit soit de l’histoire, soit de la prise en compte de priorités nationales accordées, soit encore du reflet de débats sociétaux ». On se demande à la lecture de ce rapport si le CGAAER ne craint pas sérieusement que l’Agriculture ne passe dans les mains de l’Environnement, comme c’est déjà le cas au Danemark, au Royaume-Uni et à Malte.

Les intitulés du ministère en charge de l’agriculture ne permettent pas toujours d’identifier une priorité publique globale renforcée