Abonné

Elevage équin Le cheval, un animal trop cher à produire et trop cher à acheter

- - 7 min

Les premiers résultats du réseau économique de la filière équine viennent de tomber. Présentés le 19 janvier, les chiffres sont peu brillants, mais révèlent cependant la réalité du terrain. L’élevage équin est peu rentable et propose une offre en décalage avec la demande.

La filière équine s’est lancée depuis trois ans dans la mise en place de référentiels économiques dont les chiffres commencent à sortir aujourd’hui. Présentés lors de la 4e journée du réseau économique de la filière équine le 19 janvier, ils mettent en avant un cheval cher à produire et difficile à valoriser à son juste prix. Coût de production, prix de revient, excédent brut d’exploitation (EBE)… ces données sont récentes dans l’élevage équin, à l’inverse d’autres secteurs comme la filière bovine. Les résultats ne sont pas grisants et reflètent, malgré un échantillonnage non représentatif – éleveurs dans le « haut du panier » – la réalité du terrain. En somme, peu d’élevages spécialisés de chevaux de trait, sport et loisir dégagent un EBE permettant à l’éleveur de tirer un revenu. Ainsi, l’EBE moyen de tels élevages varie de -1 200€ (trait) à +13 900€ (sport) sur les années 2008 et 2009. Dans une même catégorie, les EBE sont très variables d’une année à l’autre (13 900€ en 2008 et 1 200€ en 2009 pour le loisir) et très dispersés (-39 000€ à +73 000€ en 2008 pour la catégorie sport).

Un revenu bas et aléatoire d’année en année

Pour Bernard Morhain, chef de service actions régionales Est de l’Institut de l’élevage, la solution passe par la diversification. Et effectivement dès qu’une activité de prise en pension d’animaux, de centre équestre, d’élevage (bovin lait, bovin viande) ou de grandes cultures apparaît, le revenu par unité de main d’œuvre s’améliore (6 000€ à 34 800€). La prise en pension de chevaux accompagnée d’un travail de l’animal reste, comme le relèvent les professionnels, d’une rentabilité médiocre. Le travail fournit est coûteux en temps et nécessite des installations adéquates (manège, carrière, matériels). Bernard Morhain fait remarquer à juste titre qu’un bilan travail sur chaque exploitation serait intéressant puisqu’il est connu que sur ce genre de structure, la main d’œuvre bénévole est pléthorique. En ce qui concerne les charges de structures, elles passent de près de 400€/ha en élevage allaitant et chevaux de trait à 950€/ha en élevage de chevaux de sport spécialisés (530€/ha en chevaux de trait, 780€/ha en chevaux de sport). Il est donc indispensable de « dégager des marges brutes importantes par unité de gros bovin (UGB) », selon Bernard Morhain. Or, en prenant pour exemple les élevages de chevaux de sport, « moins de la moitié des structures dégagent une marge brute suffisante et un tiers des exploitations ne couvrent pas leurs charges de production », explique-t-il. Ce constat se retrouve dans toutes les exploitations. Aussi, comment améliorer ces résultats ?

Quel prix pour un cheval ?

Augmenter sa marge et diminuer ses charges de structures est la réponse de Bernard Morhain. Il suggère, entre autres, de réduire le nombre d’animaux improductifs sur l’exploitation (juments infertiles, chevaux non vendus, chevaux en retraite). Mais cela reste difficile puisque les propriétaires s’attachent à leurs vieux animaux et espèrent toujours « mieux » vendre leurs jeunes avec le temps. « On produit un cheval comme une œuvre d’art et on veut le vendre comme une œuvre d’art. De plus, on y a mis tellement de son temps et de sa passion que, pour l’éleveur, un cheval est inestimable », résume pertinemment Bernard Morhain. Arrive donc sur la table une autre difficulté rencontrée dans la filière : quel est le bon prix d’un cheval ? « Pour certains, il faut se baser sur le prix de revient et pour d’autres, le prix dépend de l’acheteur », relève Christèle Couzy, chef de projet à l’Institut de l’élevage, qui s’est attaqué au sujet. « Vous vous êtes lancés dans quelque chose non seulement d’impossible mais aussi de sacrilège », lui déclare-t-on souvent sur le terrain, rapporte-t-elle. Le prix d’un cheval « touche à l’irrationnel », à l’inverse du prix des bovins, plus cadré, malgré quelques dissensions entre éleveurs et abatteurs.

Une offre en décalage avec la demande

Le décalage entre l’offre et la demande est une autre difficulté que rencontrent les éleveurs dans la valorisation de leurs produits et donc dans la rentabilité de leur production. Si, comme l’annonce Xavier Dornier, du département économie de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) le nombre de pratiquants de l’équitation augmente toujours (+6% de licenciés en 2010, +8% en 2008 et 2009), leur niveau équestre reste bas (autonomie en extérieur), et se confronter à un jeune cheval les dépasse. L’« équitation autonome » est la principale utilisation d’un cheval (49%), vient ensuite la compétition amateur (24%) puis professionnelle (7%) d’après une enquête réalisée en Rhône-Alpes et présentée par Olivier Croze, délégué régional pour l’IFCE. Les acheteurs recherchent plutôt un cheval avec expérience et sélectionnent sur le caractère (40% du choix), le modèle (30%), l’éducation, l’âge, la race et le prix de l’animal. Un intermédiaire manque donc entre l’éleveur, son jeune cheval et l’acheteur, afin d’obtenir une valorisation optimale de l’animal. Mais cela rajoute des coûts et déjà la plupart des chevaux sont vendus à un prix inférieur à leur prix de revient. Jérome Pavie, chef de projet à l’Institut de l’élevage, et Bernard Morhain annoncent des prix de revient de l’ordre de 11 490€ pour un cheval de 4 ans, 7 700€ pour un trois ans, 5 810€ pour un deux ans et 3 930€ pour un poulain. Par comparaison, le prix moyen d’achat d’un cheval est de 4 770€ (de 200€ à 45 000€), d’après l’enquête effectuée en Rhône-Alpes.

Sécuriser l’achat par de nouveaux circuits de vente

Autre difficulté mise en avant par cette étude : le principal frein à l’achat d’un cheval est… son prix. Et côté vendeur, celui-ci attend toujours un meilleur prix pour son animal, qui n’arrivera pas forcément. Par contre, les coûts de production, eux, augmenteront avec les jours supplémentaires passés sur l’exploitation. De plus, les acheteurs ont besoin d’une sécurisation à l’achat : 40% veulent un « achat encadré », 40% souhaitent des « garanties », seuls 10% font un achat « insouciant ». Les circuits de commercialisations sont donc à organiser en fonction de la demande de l’acheteur. Nombreux sont ceux aujourd’hui à utiliser Internet (21%), des intermédiaires (25%) avec rémunération ou à acheter directement au vendeur (22%). Les ventes aux enchères et les foires anciennement utilisées sont des circuits devenus clairement obsolètes, mais à revaloriser selon Christèle Couzy. A l’observation de ces résultats, la solution de Bernard Morhain est de mixer élevage allaitant et élevage équin pour diminuer les coûts de production (valorisation de l’herbe, mécanisation du nettoyage des boxes..) et de valoriser les chevaux à faible potentiel dans un centre équestre attenant. Les produits à fort potentiels seront valorisés à part (cavaliers professionnels…).

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.