Abonné

LÉGUMES TRANSFORMÉS Le chinois Chalkis aux manettes de Conserves de Provence

- - 5 min

Comme nous l’avions annoncé , Le Cabanon cède, pour 7 millions d’euros, 55% de ses activités industrielles et commerciales, réunies dans la société Conserves de Provence, au groupe chinois Chalkis. L’opération était «cruciale» pour la coopérative française qui a achevé 2003 sur un déficit estimé entre 3 et 4 millions d’euros.

«Un porte-avion» : c’est en ces termes qu’un observateur a commenté la prise de contrôle en France de la société Conserves de Provence par le groupe chinois Chalkis annoncée le 9 avril à Paris. Encadrée par une importante délégation chinoise, la conférence de presse était organisée au lendemain de la finalisation de l’accord, dont les discussions se sont étalées sur «un délai assez long», a précisé Joël Bernard. Le président de la coopérative Le Cabanon et désormais vice-président de Conserves de Provence, a fait valoir les nombreux «aspects très positifs» de cette opération. Dans un métier de la tomate transformée de plus en plus mondialisé, une telle alliance est apparue très intéressante, a-t-il fait valoir, confiant dans les «possibilités réelles de développement» offerte par ce rapprochement. En fait, l’opération s’avérait «cruciale» pour l’entreprise française, confie-t-on. Le Cabanon souffrait depuis plusieurs années d’une concurrence accrue sur le marché mondial, de la baisse des aides européennes et de difficultés internes. Alors que la coopérative avait traité 180 000 tonnes de tomates fraîches en 1999, ce volume a chuté à 85 000 tonnes l’an passé. Compte tenu de ses difficultés, elle n’a pu trouver les financements nécessaires à remettre à niveau son outil industriel vieillissant et à améliorer sa compétitivité. Aidée par une conjoncture plus favorable, elle avait achevé l’exercice 2002 à l’équilibre, indique-t-on, mais elle devrait pour 2003 annoncer un déficit de 3 à 4 millions d’euros.

TRAVAIL D’EXPLICATION

D’autres candidats s’étaient montrés intéressés mais aucun n’a proposé d’offre globale, nous a indiqué Joël Bernard. Pour 7 millions d’euros, Chalkis acquiert donc 55% de Conserves de Provence, première entreprise de transformation de tomate en France, née début janvier 2004 de la filialisation des activités industrielles et commerciales du Cabanon (68,5 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an passé). Interrogé sur l’accueil réservé par les adhérents de la coopérative à cette solution, Joël Bernard convient qu’un «gros travail d’explication» a été mené. Il rappelle que l’écart de prix de revient atteint 30% entre les productions européennes et chinoises de tomates transformées, un constat qui, il y a plusieurs années déjà, a amené Le Cabanon à s’approvisionner en concentrés auprès de Chalkis. Enfin, le vice-pré-sident a pu arguer auprès des coopérateurs du contrat de fourniture, qui leur est garanti pour dix ans, de 60 000 tonnes de tomates fraîches, « au moins », insiste un cadre de l’entreprise. En fait, le groupe chinois ne cache pas son ambition de devenir à terme le numéro trois mondial de la transformation de tomates. A partir de son tremplin français, il compte poursuivre son développement en Europe dans la seconde transformation, mais entend aussi, assure son président Liu Yi, «faire entrer la culture française dans les familles chinoises» en proposant les produits de Conserves de Provence sur son marché intérieur. La Chine est «un immense marché» pour la société française, affirme-t-il. En attendant que ce marché tienne toutes ses promesses, le nouvel actionnaire vise pour sa filiale française un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros en 2005 et de 150 millions deux ans plus tard.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

AMBITIONS MONDIALES

En 2004, les 60 000 tonnes de tomates françaises apportées par les adhérents du Cabanon représenteront un tiers de l’activité de Conserves de Provence, tandis que les deux autres tiers seront réalisés à partir des concentrés en provenance de Chine, (2 000 tonnes prévues soit l’équivalent de 120 000 tonnes de tomates fraîches). L’usine gardoise, spécialisée dans la première transformation, qui était proposée à la vente, sera finalement fermée, et ses 25 salariés reclassés, s’ils le souhaitent, sur le site de Camaret. Pour ce qui est du management de Conserves de Provence, l’on précise que Liu Yi en assurera la présidence, tandis que Guy Latour, jusque là directeur général de Cabanon SA, sera directeur général délégué de la structure. Les autres échelons de l’encadrement (financier, commercial) seront épaulés d’adjoints chinois. Si la stratégie du nouvel actionnaire et ses objectifs d’investissement semblent entourés d’un certain flou, il faut convenir qu’au-delà des déclarations d’intention, Chalkis a des arguments à faire valoir. La société, cotée en bourse, a été créée en 1999 au sein du conglomérat Xinjiang Production and Construction, qui emploie une main-d’œuvre de 2,3 millions de personnes et exploite 1,5 million d’hectares de terres agricoles, cultivées de tomates et de coton notamment. Entre 2001 et 2003, Chalkis a vu son chiffre d’af-faires bondir de 7,5 millions d’euros à 69 millions, et ses bénéfices de 730 000 euros à 8,5 millions. Non contente de détenir des bureaux de représentation à Moscou, Kiev et Almaata, et désormais une filiale en France, elle vise à se rapprocher de «deux ou trois autres entreprises en Europe, une aux Etats-Unis, et une en Australie». A l’horizon 2007, Chalkis compte avoir signé «six à sept» rachats d’entreprises étrangères.