Début août, un laboratoire du CNRS à Solaize (69) a rendu l'autopsie réalisée sur les abeilles mortes dans les Pyrénées Orientales fin 2013-début 2014. La mort par intoxication est confirmée.
«P ratiquer une autopsie sur des abeilles pour déterminer l'origine de l'intoxication est une première », explique Marc-Edouard Colin, chercheur en pathovigilance et développement apicole à Supagro/Inra de Montpellier, le 28 août. C'est une telle analyse qu'ont financé les apiculteurs du Collectif apiculteurs des Pyrénées-Orientales après une saison apicole 2013-2014 catastrophique. « Dans les Pyrénées, on a compté près de 5 000 ruches perdues et plus de 3 000 rien qu'en Ariège », raconte Jean-Philippe Antoine, porte-parole du Collectif, le 28 août. Pour Marc-Edouard Colin, il n'y a aucun doute : la mort des abeilles est bien liée à une intoxication. Sur place, lui et deux autres experts ont pu constater la mort par intoxication. Il existe des symptômes sociaux, comportementaux, de reproduction. « Les abeilles ont fait des petits essaims à côté de la ruche en hiver. Normalement, c'est au printemps », illustre le chercheur spécialisé. Puis les experts ont réalisé 26 prélèvements de miel, d'abeilles et de pollen des ruches. Les analyses réalisées par un laboratoire du CNRS à Solaize (69) et financées par le Groupement de défense sanitaire apicole des Pyrénées Orientales (environ 10 000 euros), autrement dit par les apiculteurs, montrent que 80 % des prélèvements contiennent une ou plusieurs molécules insecticides, synergies(1) ou fongicides.
Antiparasitaire mis en causeJusque-là, les analyses étaient réalisées sur les molécules actives qui sont parfois communes aux grandes cultures et à l'élevage, contrairement aux synergies. L'analyse de présence de synergies est nouveau et a permis de trouver l'origine de l'intoxication. « Les abeilles ont été intoxiquées par des produits de désinsectisation des bâtiments d'élevage ou par des produits antiparasitaires appliqués sur les animaux d'élevage », révèle Marc-Edouard Colin. Les résultats sont « étonnants » car l'intoxication a eu lieu en milieu d'élevage. Pour nourrir leurs abeilles, les apiculteurs pyrénéens suivent la floraison et montent en altitude. C'est au moment de la transhumance que les abeilles ont dû être intoxiquées.
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(1) Les insecticides sont des associations de molécules. La molécule active contre l'insecte peut être accompagnée d'une synergie, une molécule dont la fonction est de multiplier l'efficacité de la molécule active.