Le monde rural semble, selon les observateurs américains, s’être prononcé pour Donald Trump. Cet appel au changement est-il le signe d’une désillusion des agriculteurs américains ? Si l’agriculture des États-Unis reste d’assez loin à la première place mondiale, les statistiques laissent apparaître une domination qui s’affaiblit et des mutations dans la structure même de la population agricole américaine.
Mastodonte de l’économie mondiale, les États-Unis constituent le premier exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires, devant l’Union européenne. En 2014, leurs exportations s’élevaient à plus de 182 milliards d’US dollars (1).
Pour avoir un tel poids dans les échanges internationaux, les États-Unis ont misé sur certains secteurs stratégiques. Ils produisent notamment plus de 35 % du maïs mondial (345,5Mt en 2015-2016), 34 % du soja (107Mt) et plus de 20 % des céréales (423,1Mt). Comme dans ces trois secteurs, l’agriculture américaine est la première productrice mondiale de viande bovine (11,33Mt), devant le Brésil, et de volailles (21,22 Mt) devant l’UE et le Brésil.
Entre 2004 et 2014, les États-Unis ont augmenté leurs exportations agricoles de 125 % (2). Et pourtant : si, en 2016, ils restent le premier exportateur mondial, d’autres États ont su progresser plus vite encore et dépasser les Américains dans des secteurs qu’ils dominaient historiquement. En 2012, le Brésil leur ravit la place de leader mondial de l’exportation de soja. Première exportatrice mondiale de blé jusqu’en 2013, l’agriculture américaine s’est vue rétrogradée, en 2016, au pied du podium, derrière l’UE, la Russie et le Canada.
La domination américaine perdure, mais la concurrence vient chatouiller son économie.
Des pratiques qui font débat
Dans un souci de productivité maximale, les États-Unis ont mis en place des pratiques agricoles spécifiques, inquiétantes pour une frange de la population américaine et européenne, et source de divergences dans les négociations des accords de libre-échange. 93 % des surfaces en maïs, 96 % des surfaces en soja et 96 % des surfaces en coton étaient OGM aux États-Unis en 2014 (2). Le territoire américain avait ainsi la plus grande surface mondiale de production OGM, avec 73,1 millions d’hectares, soit 40 % de la surface OGM totale mondiale.
Les pratiques dans l’élevage bovin sont également débattues. Selon Interbev (3), « deux tiers des bovins américains sont engraissés au sein de […] parcs d’engraissement […] contenant plus de 8 000 bovins » et 39 % de la production sont issus de parcs de plus de 32 000 bovins. Les animaux y seraient nourris « à base de maïs OGM » et d’« additifs alimentaires utilisés comme activateurs de croissance ».
Une population agricole en mutation
En 2012, les États-Unis comptaient 3,2M d’agriculteurs (4) – soit 3,1 % de moins qu’au recensement de 2007 – qui exerçaient leur activité sur 2,1 millions d’exploitations (-4,3 % par rapport à 2007). L’agriculture est « essentiellement familiale (87 % des exploitations en 2012) et pratiquée sur des petites et moyennes surfaces : 69 % des exploitations font moins de 72 ha » (2). La tendance est à l’agrandissement des exploitations. 14 % des exploitations américaines (300 000) généraient, en 2012, 85 % de la production agricole américaine totale.
La population agricole américaine est vieillissante. En 2012, l’âge moyen des agriculteurs s’élevait à 58,3 ans. Il était de 57,1 ans en 2007 et 54,3 ans en 1997.
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Les minorités sont de plus en plus représentées dans la population agricole (4). La part de producteurs issus de minorités, exerçant l’agriculture à titre principal, a augmenté de 20 % entre 2007 et 2012. 7,2 % des producteurs ayant l’agriculture comme activité principale étaient ainsi issus d’une minorité en 2012 : les Hispaniques d’abord (67 000), puis les Amérindiens (38 000), les Noirs (30 600) et enfin les Asiatiques (11 200).
Les États clés, dits « swing states », qui ont offert la victoire à Donald Trump à l’élection présidentielle sont des territoires particulièrement ruraux. La Caroline du Nord, notamment, possède la plus grande population agricole derrière le Texas. La population rurale semble bien avoir contribué à la victoire de Donald Trump – ou à la défaite de Hillary Clinton. Il appartient désormais au nouveau président des États-Unis de redynamiser l’agriculture américaine. Si Donald Trump avait affirmé publiquement que l’agriculture était une question de « sécurité nationale », il n’avait pourtant, dans son programme électoral, nulle part fait concrètement mention de l’agriculture.
(1) Déméter 2017
(2) Les politiques agricoles à travers le monde, États-Unis, Ministère de l’Agriculture, 2015
(3) Dossier « le système américain », Interbev, mai 2014
(4) USDA NASS, 2012 Census of agriculture
Immigration : Trump va-t-il envoyer son agriculture dans le mur ?
Donald Trump a largement communiqué sur son ambition de construire un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, afin de lutter contre l’entrée d’immigrés illégaux sur le territoire américain. Un choix qui pourrait porter préjudice à l’agriculture américaine, qui a massivement recours à la main-d’œuvre étrangère, et notamment mexicaine. Selon l’USDA, en 2012, les États-Unis comptaient 1,1 million de salariés agricoles. 70 % d’entre eux étaient d’origine étrangère et… 50 % de ce 1,1 million étaient des étrangers entrés illégalement sur le territoire américain. Ce taux monte même à 67 % dans les exploitations de fruits et noix et à 61 % dans les exploitations légumières.
L’industrie américaine de l’éthanol réagit positivement à l’élection de Trump
L’association américaine des biocarburants (RFA) a réagi positivement à l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Dans un communiqué paru le 9 novembre, la RFA rappelle que « le président élu a exprimé à plusieurs reprises son soutien à l’éthanol dans son ensemble et au programme Renewable Fuel Standard (RFS) plus spécifiquement ». Ce programme vise à augmenter les taux d’incorporation de biocarburants d’ici 2022. « Nous sommes certains que M. Trump continuera à soutenir la croissance de la production et l’utilisation d’éthanol », assure la RFA.
Élection de Trump : les producteurs de maïs craignent pour le traité trans-pacifique
Les producteurs de maïs américains craignent que l’élection de Donald Trump ne compromette la ratification du partenariat transpacifique (TPP). Dans un communiqué le 9 novembre, ils poussent de nouveau le Congrès à signer le TPP durant une « lame duck session » en décembre, c’est-à-dire une session du Congrès américain se déroulant après l’élection du nouveau congrès, mais avant que le mandat de ce nouveau Congrès ne commence réellement, en janvier. « La rhétorique de la campagne a fait revenir de plusieurs années en arrière l’agenda commercial des États-Unis », estiment les producteurs américains.