Abonné

Débouché Le colza oléique émerge

- - 4 min

Toute jeune filière, le colza oléique creuse son sillon. Des recommandations nutritionnelles sont à la base de ce nouveau débouché, relativement rémunérateur, même si la semence est plus chère.

Quasiment inexistant voici trois ans, le colza oléique devrait couvrir au moins 6 000 hectares à la récolte 2008, contre 3 000 ha en 2007. Cette nouvelle filière se développe dans le sillage des recommandations « santé ». C’est l’un des seuls moyens pour améliorer la composition en acides gras des huiles de friture. « Nous souhaitions réduire le taux d’acides gras trans sans augmenter le taux d’acides gras saturés, conformément aux recommandations de l’Afssa », a expliqué Catherine Choquet, de McDonald France, lors de la journée « Témoin qualité » organisée par la société le 30 mai à Poitiers. L’entreprise a posé son problème à Cargill… qui y a répondu avec le colza oléique. « Il faut une huile très résistante à la température », indique Fabienne Chapelain, de chez Cargill. Seul le colza oléique offre ce compromis. Depuis mai 2007, McDonald utilise donc dans ses restaurants une huile contenant 25 % de colza oléique, 10 % de colza classique et 65 % de tournesol oléique. « Nous avons constaté que descendre à ce niveau en colza oléique ne dénaturait pas le goût des frites », observe Fabienne Chapelain. Le pourcentage pourrait remonter si les disponibilités augmentent.

Cinq collecteurs

Cargill raffine les graines de colza oléique au Bénélux et travaille avec cinq collecteurs français pour la production : la coopérative de la Tricherie dans la Vienne, Epis Centre dans le Cher, la Scara dans l’Aube, Champagne Céréales dans la Marne et Eurépi dans le Bas-Rhin. Les agriculteurs doivent répondre à un cahier des charges strict : le colza doit être implanté sur une parcelle vierge de colza depuis quatre ans et distante d’au moins 50 mètres d’un colza traditionnel. Un faux semis est recommandé. Le colza oléique ne se distinguant pas physiquement du colza traditionnel, ce sont des moyens de s’assurer de la pureté de la récolte.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La coop de la Tricherie s’est lancée dans la production en 2005 avec 105 ha. En 2007, ses adhérents en cultivaient 700 ha. En 2008, les surfaces devraient passer à 1 200 ha. « Nous sommes dans une stratégie de différenciation,observe Jean-Michel Poupault, son directeur. Nous compensons des rendements moyens par les prix ». La coop collecte environ 2 200 hectares de colza par an et souhaite généraliser rapidement le colza oléique, afin de gérer plus facilement les contraintes géographiques du cahier des charges. A la Tricherie, l’heure n’est donc pas aux biocarburants, même si la coop guette le démarrage du projet de La Pallice, auquel elle participe aux côtés d’une quarantaine d’autres structures. Pour le moment, les adhérents sont plutôt contents de ce choix. Compléments de prix inclus, ils recevront 300 euros/t pour le colza oléique récolté en 2006, contre 260 euros/t pour le colza traditionnel. La coopérative a souhaité encourager le colza oléique, qui n’aurait dû bénéficier que d’un bonus de 30 euros/t. Pour le moment, Cargill verse une prime en valeur absolue, ce qui ne permet pas de tenir compte des rebonds du marché. Or, signale Gilles Morgeau, adhérent de la coop de la Tricherie et producteur de colza oléique, « 30 euros/t quand le colza est à 190 euros/t, ce n’est pas la même chose que lorsqu’il est à 240 euros/t ! ».