Abonné

Le commerce européen des fruits et légumes alerte sur les dégâts provoqués par l’embargo russe

- - 4 min

Le commerce européen des fruits et légumes frais juge insuffisantes les mesures exceptionnelles de soutien qui ont été reconduites à partir du 1er juillet pour faire face à l’embargo russe. Celui-ci a, estime-t-il, affecté jusqu’à maintenant un volume d’exportation de 2,5 millions de tonnes pour un montant de plus de 2,2 milliards €.

Le Conseil de l’UE a formellement prolongé jusqu’au 31 janvier 2017 les sanctions économiques introduites en juillet 2014 contre la Russie en liaison avec la crise en Ukraine, tandis que Moscou a confirmé le 29 juin la prorogation jusqu’à la fin de l’année prochaine de son embargo sur les importations de produits agroalimentaires en provenance des pays occidentaux (1). Le 1er juillet, les mesures exceptionnelles prises pour soutenir le secteur européen des fruits et légumes face à ces restrictions ont été reconduites pour douze mois, mais dans des proportions moindres (2), ce que déplore le commerce des fruits et légumes frais de l’UE, regroupé au sein de Freshfel Europe, dans un communiqué daté du 4 juillet.

Des mesures de soutien utilisées à 42 %

L’embargo instauré par la Russie en août 2014 a affecté jusqu’à maintenant un volume d’exportation de fruits et légumes de 2,5 millions de tonnes pour un montant de plus de 2,2 milliards €, le commerce des pommes, poires et tomates ayant particulièrement souffert, selon Freshfel, qui appelle la Commission de Bruxelles à « maintenir le dialogue » avec Moscou, à « continuer à améliorer l’efficacité de ses mesures exceptionnelles » et à faciliter l’accès au marché d’autres pays tiers.

Le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, a toutefois noté le 30 juin à Hanovre, s’adressant à l’association des agriculteurs allemands (DBV), que, depuis le début de l’embargo, l’aide demandée à ce stade a atteint au total 291 Mio €, correspondant à 1,16 Mt de fruits et légumes, et que « seulement 42 % des quantités allouées ont été effectivement utilisées par les États membres ».

… et à l’origine de « nouvelles difficultés »

Le commerce européen constate, lui, que ce plan de soutien a eu « des effets limités ». « Certains avantages de la distribution gratuite, qui en est un élément, génèrent maintenant de nouvelles difficultés indirectes sur le marché », assure-t-il. Selon lui, les dons aux organisations caritatives, principale destination de la distribution des volumes en surplus, « affectent les opportunités commerciales des opérateurs ».

Freshfel souligne aussi que l’accès à de nouveaux marchés tiers s’est avéré être « un processus long, techniquement complexe et coûteux ». Les volumes concernés « sont restés faibles comparés aux échanges importants qui étaient opérés auparavant avec la Russie », ajoute l’association.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

(1) Voir n° 3553 du 04/07/16 et n° 3552 du 27/06/16

(2) Voir n° 3551 du 20/06/16

Un coût de 600 Mio € en deux ans pour le secteur agricole italien

Des milliers d’agriculteurs italiens ont manifesté le 30 juin à Vérone, en présence de leur ministre de tutelle Maurizio Martina, pour dénoncer le manque à gagner dû à l’embargo russe sur les produits agroalimentaires. Selon la Coldiretti, principal syndicat d’agriculteurs du pays, l’embargo russe, prolongé jusqu’à la fin de 2017 en rétorsion aux sanctions occidentales liées à la crise en Ukraine, a déjà coûté 600 millions € en deux ans au secteur agricole italien. « L’Europe, qui doit affronter maintenant les lourds effets politiques et économiques du Brexit, ne peut plus se permettre de poursuivre une guerre commerciale douloureuse avec la Russie », a insisté dans un communiqué le président de la Coldiretti, Roberto Moncalvo.

Les exportations agroalimentaires italiennes vers la Russie, qui avaient doublé dans les cinq années précédant l’embargo russe, ont subi un coup d’arrêt brutal : 39 000 tonnes de pommes, 30 000 t de kiwis et de raisin mais aussi 2 800 t de parmesan et 85 000 jambons de Parme ou de San Daniele ont subitement perdu preneur.

De plus, selon la Coldiretti, le « parmesan » de l’Oural et la charcuterie du Don ont remplacé le « Made in Italy » dans les supermarchés russes, et risquent de s’y maintenir quand les vrais produits italiens seront autorisés à faire leur retour.