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Réforme de la Pac Le commissaire à l’environnement s’approprie le débat de l’après-2013

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Janez Potocnik, le commissaire européen à l’environnement, a dressé, le 17 mars, les contours de sa vision de la réforme de la politique agricole commune pour l’après 2013. « Profondément verdie », la Pac de demain devrait, selon lui, se muer en une « politique agricole et environnementale commune » (PAEC). De leur côté, plusieurs ONG, parmi lesquelles les Amis de la terre, Via Campesina et l’IFOAM (agriculture biologique), réclament plutôt une « politique agricole et alimentaire commune » (PAAC).

S’exprimant devant le 3e Forum pour le futur de l’agriculture, le 17 mars, à Bruxelles, organisé par Syngenta et l’Organisation européenne des propriétaires terriens (ELO), Janez Potocnik, le commissaire européen à l’environnement, a décrit très précisément l’évolution selon lui souhaitable de la Politique agricole commune (Pac) en une « Politique agricole et environnementale commune » (PAEC) après 2013. Cette politique devra, à l’avenir, garantir la préservation d’une agriculture à « haute valeur environnementale », apte à fournir de nombreux services et biens publics. Cela passe, à ses yeux, par la fin des références historiques pour le calcul des aides directes au profit d’une prime forfaitaire.
De plus, une « part accrue » devrait être allouée à la politique de développement rural, notamment aux mesures agri-environnementales. Janez Potocnik souhaite également que les soutiens européens soient accordés de façon variable selon les régions, les types d’utilisation des sols et les caractéristiques des terres. « Les exploitations qui disposent d’un nombre élevé de prairies permanentes » pourraient bénéficier d’aides plus élevées, a-t-il suggéré. De même, de nouvelles obligations – par exemple maintenir des zones naturelles destinées à préserver la biodiversité et pratiquer la rotation des cultures – pourraient être introduites dans le mécanisme de conditionnalité des aides.

Environnement et accès aux technologies
De leur côté, les organisateurs de ce forum ont « demandé aux dirigeants européens d’agir et de s’attaquer de façon urgente aux défis pour l’avenir que sont la sécurité alimentaire et le changement climatique, deux grandes menaces géopolitiques à l’heure actuelle ». Ils estiment que l’Union européenne doit « définir clairement sa position (sur le changement climatique) et travailler de concert tout au long de l’année 2010 afin de mobiliser les autres pays avant le prochain sommet qui aura lieu au Mexique à la fin de l’année » et « reconnaître et promouvoir l’importance du rôle que l’agriculture peut jouer dans la lutte contre le changement climatique ». Ces organisations soulignent également que « nous serons vraisemblablement plus de 9 milliards en 2050. La hausse de la consommation alimentaire est accélérée non seulement par la croissance démographique, particulièrement en Afrique, mais aussi par le changement des habitudes alimentaires, principalement en Asie ». Elles regrettent enfin « les questions non résolues » concernant le commerce, l’accès à la technologie et les politiques de subvention. Ces problèmes en suspens « continuent d’exercer une pression certaine sur les agriculteurs », déplorent Syngenta et ELO.

« Réforme complète du système actuel »
Par ailleurs, le 17 mars, en marge d’une audition sur la politique agricole commune après 2013, organisée par la commission de l’agriculture du Parlement européen, onze organisations non gouvernementales, parmi lesquelles Via Campesina, Greenpeace, les Amis de la terre, la fédération des mouvements de l’agriculture biologique (IFOAM) et Eurogroup for Animals (protection du bien-être animal), ont publié une « déclaration alimentaire européenne » commune.
Elles appellent à une « réforme complète du système actuel » et proposent une nouvelle « Politique agricole et alimentaire commune ». « Pendant les 48 dernières années, la Pac a conduit à un système alimentaire industrialisé, très dépendant de l’énergie fossile, épuisant les ressources naturelles, et contribuant de manière importante aux émissions de carbone et à la perte globale de biodiversité », déplorent-elles. Et d’ajouter : « La Pac a aussi conduit à des régimes alimentaires néfastes pour la santé et continue de nuire aux systèmes alimentaires des pays en développement ».
A présent, « l’Union européenne doit reconnaître et soutenir le rôle crucial de l’agriculture paysanne dans l’approvisionnement de la population », défendent-elles. « Notre façons de cultiver, distribuer, préparer et manger devrait rendre honneur à la diversité culturelle de l’Europe, tout en fournissant l’alimentation de manière équitable et durable », indique la déclaration.

Consolider la place des agriculteurs
Pour leur part, les organisations professionnelles et coopératives agricoles (Copa et Cogeca) ont insisté, devant la commission de l’agriculture du Parlement européen, sur le fait qu’« il est plus important que jamais de garantir que l’Union européenne puisse maintenir et développer son potentiel de production ». « Etant donné le niveau critique qu’ont atteint les revenus des agriculteurs, à savoir moins de 50 % du salaire moyen des autres secteurs, des actions radicales sont indispensables pour être en mesure de relever » les défis du changement climatique, de l’extrême volatilité des prix et de la demande alimentaire mondiale croissante, font valoir le Copa et la Cogeca qui demandent « la fourniture d’un filet de sécurité aux agriculteurs en période de crise aigüe » pour compenser les pertes de revenu et une « consolidation de la position des agriculteurs de l’UE au sein de la chaîne alimentaire ».

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